We could be beautiful

L'ouvrage:
Catherine West mène une vie dorée, et travaille, alors qu'elle n'en a pas besoin. Seulement, a quarante-trois ans, elle n'a pas rencontré le véritable amour, ce qui la désespère. C'est alors que sa route croise celle de William Stockton. Élégant, beau, raffiné, attentionné, il la séduit. Mais les choses ne sont pas si simples.

Critique:
Au départ, je m'attendais au genre de romans où l'homme, une fois sa proie ferrée, se transforme en monstre qui frappe, qui manipule, etc. Ce livre est plus subtil. À mon avis, Swan Huntley a pris un pari risqué. Elle raconte une histoire sérieuse, grave, parfois sordide, d'un style alerte, avec des répliques et des personnages caustiques. J'ai très souvent souri, voire ri, pendant ma lecture, et au début, je me demandais comment cela pourrait cadrer avec ce que le résumé laisse entrevoir de l'intrigue. Swan Huntley s'en sort parfaitement. On pourrait lui reprocher de traîner, car certaines choses sont révélées bien après que le lecteur les a devinées, mais il ne faut pas ramener ce roman à une intrigue simpliste. Si les découvertes sont intéressantes, la psychologie des personnages est ce qui domine.

Catherine se voile la face dès le départ. J'ai tout de suite vu les petits compromis qu'elle faisait, qui n'avaient l'air de rien à ses yeux, et qui pourtant l'étaient. Bien sûr, une relation est jalonnée de compromis, mais ceux que Catherine faisait étaient accompagnés d'une totale absence de discussion. Ce qu'elle n'aimait pas, ce qu'elle désapprouvait, elle le taisait. Ce genre de choses se retrouve très souvent, et pas seulement dans une relation amoureuse. Cela invite le lecteur à réfléchir...

D'autre part, l'héroïne peut être agaçante: elle ne profite pas de sa vie. Elle se focalise sur ce qu'elle n'a pas. (Pour ne rien arranger, elle ne cesse de gaspiller de la nourriture sans presque y penser.) Ce qui la rend sympathique, c'est d'abord l'idée qu'à sa place, on agirait peut-être comme elle. Ensuite, elle a des instants de lucidité quant à elle-même et au fait qu'elle est stressée. Entre son expérience amoureuse avec William et d'autres choses qu'elle est forcée de regarder en face, le roman montre comment elle gagne en maturité. Il est très facile de s'identifier à elle.

J'ai dit plus haut qu'il y avait beaucoup d'humour. Outre les remarques que Catherine adresse au lecteur, certaines situations sont cocasses. Par exemple, la scène du restaurant, au chapitre 43. La colère de Caroline satisfait le lecteur quant à l'intrigue, mais d'un autre côté, cela lui fait dire des choses qui feront rire quelqu'un d'extérieur.
Morty, l'homme engagé pour organiser le mariage de Catherine et William, est également amusant. Son apparition est souvent signe de divertissement. Swan Huntley prend la peine de le montrer, par la suite, dans un contexte plus grave, afin qu'il ne soit pas résumé à cela. C'est une bonne chose: il a ses blessures, mais tente de faire son travail (aussi artificiel soit-il aux yeux de personnes comme moi) au mieux, et prend les bons côtés lorsqu'ils se présentent.
Tout au long du roman, l'auteur mélange habilement sérieux et causticité. Cela et ses personnages attachants font que ce roman se démarque par rapport à d'autres qui content le même type d'histoire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.
J'aime beaucoup Cassandra Campbell. Ici, je l'ai trouvée particulièrement talentueuse. Il n'était pas facile de jouer Susan, Morty, Caroline, etc. Il ne faut ni surjouer ni être trop sobre. Elle a très bien fait tout cela.