Vue cavalière

L'ouvrage:
Joe Halston a soixante-dix ans. Il est installé dans une vie routinière, mais qu'il apprécie, avec sa femme, Ruth. Il envie un peu son médecin qui est plus âgé que lui, et semble plus en forme.

Un jour, il retrouve trois carnets où il tint son journal, lors d'un voyage que Ruth et lui firent au Danemark, il y a vingt ans. Le but du voyage était de visiter le village où avait grandi la mère de Joe. Ruth, mise au courant de cette trouvaille, lui demande de lire les carnets à voix haute. Ensemble, ils redécouvrent un pan de leur passé.

Critique:
Voilà ce que j'appelle un livre tranquille. Je dis cela parce que ce qui ressort le plus, pour moi, c'est l'amour tranquille de Joe et Ruth. Ils ont vécu un drame, ont découvert celui d'une autre famille, ont été au bord du gouffre, mais leur amour calme et sincère a toujours triomphé. Là encore, alors qu'ils explorent un pan du passé qui les blessa à divers degrés, alors que certaines discussions appuient là où ça fait mal, c'est leur attachement l'un pour l'autre qui triomphera. Ils parviennent à mettre des mots sur des plaies jamais vraiment cicatrisées, et à évoluer. C'est en cela que je ne comprends pas trop la quatrième de couverture qui dit qu'en relisant son journal, Joe se rend compte qu'il a tout raté. Il a une vie assez calme et routinière, mais il en semble heureux. La lecture de son journal ne lui apporte pas des regrets, elle le force à explorer, avec Ruth, des événements dont ils n'ont pas forcément su parler quand ils sont arrivés. Ils font une mini-analyse à deux. Je trouve ça positif, même si, à des moments, ils s'accrochent sur certaines choses. D'ailleurs, ces disputes sont nécessaires à leur mise à plat, à leur avancée.

La façon dont chacun exprime son amour est touchante, même si c'est parfois contradictoire. Ils se heurtent parfois, mais le souci principal de chacun est de préserver l'autre. Joe, par amour, préfèrera cacher certaines choses à sa femme, pour ne pas la blesser. Quant à elle, par amour, elle voudra toujours tout mettre à plat, tout expliquer, pour qu'il n'y ait aucun malentendu. Chacun, voulant faire plaisir à l'autre, ne retire pas forcément satisfaction de la façon dont l'autre veut le préserver. Cela prend, parfois, des allures comiques. C'est le cas au moment où Ruth veut faire un câlin à Joe pour le consoler d'une peine revécue. Cela part d'un bon sentiment, mais comme le pauvre souffre de rhumatismes, cela le blesse physiquement.

L'humour n'intervient pas seulement dans cette scène. Le premier chapitre, par exemple, raconte des choses pas très gaies, mais sur un ton assez drôle. Idem pour le chapitre 10. Joe dit des choses assez vraies (même s'il exagère, comme le lui fait remarquer Ruth), et à cause de son exagération, et de son air un peu bougon, on ne peut s'empêcher d'en rire.

À un moment, Cesare, un ami du couple vient les voir à l'improviste, et se montre désappointé de voir leur vie simple et routinière, alors que lui est plutôt extravagant. Il est triste de ce qu'ils sont devenus. Joe semble le regretter quelque peu, mais il est également très attaché à cette vie. La preuve, il ne tente pas de recréer le lien avec son ami.

C'est un livre sympathique, au détour duquel se cachent de vraies souffrances qu'on surmonte en prenant les petits bonheurs de la vie. Et malgré ces blessures, malgré le fait que Joe dise ne pas avoir tout surmonté, c'est un roman résolument optimiste.

Éditeur: Phébus.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Zurlinden pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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