Vous descendez ? L'ouvrage:
Un soir de nouvel an, ils ont tous les quatre le même désir: en finir avec la vie. C'est ainsi qu'ils se rencontrent.
Il y a Martin, le présentateur télé qui a tout fait pour ruiner sa vie. Il a trompé sa femme, ce que je trouve déjà assez immonde, mais en plus, avec une mineure. Cela lui a valu de faire de la prison, de perdre son emploi (il travaille maintenant pour une chaîne qui n'a presque pas de spectateurs), et de perdre sa femme, bien sûr.
Il y a ensuite Maureen. Cela fait 19 ans qu'elle vit avec un poids quotidien sur les épaules. Son fils est handicapé. Si j'ai bien compris, il a des difficultés respiratoires, il est handicapé moteur, il ne peut pas parler, et il ne donne aucun signe qui montrerait qu'il comprend ce qui se passe autour de lui.
Il y a aussi Jess, une adolescente inculte et un peu déséquilibrée. Sa soeur, Jennifer, est partie de la maison à sa majorité, et on la soupçonne de s'être suicidée. Jess et ses parents ne se comprennent pas. Celle-ci se retranche dans le sarcasme, les répliques impertinentes voire méchantes. La raison principale de son envie de se suicider serait un chagrin d'amour...
Enfin, il y a JJ. Il avait un groupe de musique, une petite amie, il était heureux... Et soudain, tout lui a été retiré. Son groupe s'est disloqué, et Lizzy l'a quitté. Il est devenu livreur de pizzas... Il ne se remet pas de ces coups durs...

Ces gens se rencontrent sur le toit d'un immeuble de vingt étages, au moment où ils sont décidés à sauter. Ils discutent, ils se racontent les uns aux autres. Finalement, ils ne sautent pas.
Ils décident de se retrouver au même endroit, le 14 février, et de voir s'ils ont toujours envie d'en finir. Mais ils se recroiseront bien plus tôt.

Critique:
Un début comme ça promettait des écueils, des clichés. L'auteur les évite très bien. Par exemple, il aurait été tiré par les cheveux que tout s'arrangeât pour tout le monde à la fin. Le lecteur voudrait que cela aille mieux, mais il sait bien qu'on ne règle pas ses problèmes sur un claquement de doigts. Il y a des discussions, des affrontements, certaines choses s'arrangent, mais cela ne se termine pas par "chacun va bien dans le meilleur des mondes". Heureusement! Cela aurait fait un roman raté.
Autre cliché évité: certains personnages auraient pu tomber amoureux les uns des autres. Martin y fait d'ailleurs allusion. Etant donné les milieux et le vécu de chacun, cela aurait été fort improbable. Il y a pourtant des moments de complicité entre certains personnages, ce qui fait sourire, et attendrit le lecteur.

Nick Hornby nous montre des personnages complexes qui peuvent être attachants par certains côtés, et exaspérants par d'autres. Il n'y a que JJ que je trouve assez sympathique de bout en bout. Martin a passé sa vie à mal se conduire, il continue allègrement. Lorsque le groupe part en vacances, il change d'hôtel et les snobe. Il affirme même qu'il n'en n'apprécie aucun d'entre eux. Pourtant, JJ et Maureen sont sympathiques. Ils ne sont pas du même milieu, alors Martin n'essaie pas de les comprendre.
Il pleure parce qu'il n'a pas le droit de voir ses filles, mais son ex-femme, Cindy, précise bien qu'elle ne veut pas qu'il les voit chez elle, seulement.
A la fin, il croit se racheter, mais je le trouve pathétique. Il sait qu'il a été détestable toute sa vie, et il cherche un moyen de rattraper cela à ses propres yeux. Ce qu'il fait est honorable, mais il ne le fait pas par altruisme. Donc, je ne peux pas dire qu'il évolue beaucoup.

La vie de Maureen est un lent supplice. Lorsqu'elle parle, on voit à quel point elle est retranchée du monde. Ses raisonnements font parfois sourire, et ils donnent parfois envie de la secouer, tant ils sont naïfs. Elle a des côtés très touchants. A la fin, ce qui lui arrive n'est pas grand-chose, mais c'est tout de même une petite note d'espoir. Et puis, pendant le roman, elle a eu droit à des vacances!

Jess est une peste inculte, qui parle à tort et à travers, boit, se drogue, provoque, pique des crises d'hystérie, a des réactions puériles. La plupart du temps, on la déteste. Et bien sûr, on découvre que tout n'est pas si simple. Ses parents ne semblent pas l'aimer, ou du moins, ils le lui montrent mal, surtout depuis le départ de sa soeur. Son père la laisse faire tout ce qu'elle veut, cède à tous ses caprices, juste parce qu'il ne sait pas comment la prendre, et parce qu'il ne veut pas qu'elle fasse comme Jennifer. Bien entendu, Jess en joue. Sa mère vit dans le souvenir de Jennifer, et ressasse une histoire de boucles d'oreilles qu'elle accuse Jess d'avoir volées. On comprend que Jess essaie de se faire remarquer par n'importe quel moyen. Cela n'excuse pas certains de ses actes, mais cela les explique.
A la fin, on ne sait pas trop si ça va s'arranger pour elle. Il se passe des choses qui tendraient à prouver que oui, mais n'est-ce pas trop tard?...

Quant à JJ, je n'ai pas grand-chose à dire. Il a perdu ce qui était sa raison de vivre, et ne pense pas pouvoir continuer sans. Ses motifs sont peut-être plus sérieux que ceux des autres. Ceux de Maureen sont sérieux, mais on ne peut pas s'empêcher de penser qu'elle pourrait s'octroyer des vacances, de temps en temps. Elle pourrait engager une aide, par exemple, au lieu de jouer les martyres.

Je trouve ce livre très intéressant. Dès qu'un épisode se termine, on pense avec curiosité: "Et après? Qu'est-ce qui va se passer???". On veut toujours savoir la suite, tout en ne s'y attendant pas. Les péripéties se succèdent, le livre ne traîne pas, et on ne prévoit pas ce qu'on va lire.

En outre, ce roman touche à tous les registres: sentiments extrêmes, désespoir, humour, milieux sociaux différents... Bref, je le conseille. On passe un bon moment, et on réfléchit à pas mal de choses.

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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