Villa avec piscine

L'ouvrage:
Ralph Meyer est mort d'une grave maladie. Peu après, Marc, son médecin de famille, se voit convoqué par l'ordre des médecins.

Critique:
Comme dans «Le dîner»,|http://www.lalivrophile.net/le-diner-d-herman-koch] Herman Koch nous jette en pleine figure des réalités dont nous sommes bien forcés de reconnaître qu'elles existent. Outre l'intrigue, Marc (le personnage principal) partage ses pensées avec le lecteur. La plupart du temps, elles sont cyniques, blasées, voire cruelles. S'il a certains préjugés, presque tout ce qu'il pense quant aux réactions de la société est bien réel. Notre société est telle qu'il la décrit d'une plume acérée, au scalpel, sans aucune compassion pour le lecteur. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux sont les animaux envers qui tous les hommes, même Marc (voir l'épisode du chat), se conduisent mal.
Si cela me choque, quand je réfléchis, je dois admettre que je me fais souvent ce genre de réflexions quant à mes semblables. Mes pensées sont peut-être plus policées, mais cela fait-il une réelle différence?
Quant à ce que Marc pense en tant que médecin... certains passages sont si réalistes et si grinçants et à la fois si hilarants que je n'ai pu m'empêcher d'en rire. Je pense notamment à la patiente très grosse qui aime beaucoup cuisiner, ou à ce que Marc dit à propos d'un foie chargé.

Son récit est traversé de souvenirs de ses cours de biologie médicale. Les dires de son professeur sont sources de réflexions pour lui.

Je n'apprécie pas trop la structure du livre. Au début, on nous raconte ce que j'ai écrit dans mon résumé, puis il y a un retour en arrière, et on découvre tout ce qui est arrivé avant. Je pense que l'auteur aurait pu se passer de cette structure, et écrire un récit totalement chronologique. Je sais bien que ce début (qui est le début de la fin) puis le retour en arrière sont là pour appâter le lecteur. Pour moi, Herman Koch n'avait pas besoin de cela. En outre, cette construction artificielle m'insupporte de plus en plus, quand elle n'est pas nécessaire.

Quant à la teneur de l'intrigue, elle m'a plu. J'ai trouvé le tout très bien mené. D'abord, Herman Koch parvient à merveille à distiller une ambiance tendue, même lorsqu'il évoque de petites choses. Cela vient sûrement de ce que le lecteur connaît les réelles intentions de Marc, se doute que Ralph n'est pas clair, et a du mal à accorder sa confiance aux autres personnages. En effet, ne vous attendez pas à apprécier les personnages, sauf peut-être Caroline, ainsi que Julia et Lisa qui semblent, de par leur état d'enfant, épargnées par la saleté adulte... jusqu'à un certain point.

Là encore, le romancier pose certaines questions qui, si on tente d'y répondre, peuvent entraîner sur des sables mouvants. Vengeance, justice, transgression des lois, conscience... Je m'attendais à ce qu'on découvre une certaine chose, et cela donne encore plus de poids à ces fameuses questions. Outre cette découverte, la personnalité de l'un des personnages entre aussi en ligne de compte. L'auteur a su créer un tel réseau de faits, de circonstances, etc, qu'il est inévitable que le lecteur penche d'un certain côté.

Si «Le dîner» m'avait choquée, si je n'étais pas d'accord avec les personnages, j'ai trouvé que tout était plus nuancé ici. On ne peut pas être vraiment d'accord avec ce qui a été fait, mais on peut davantage l'expliquer, ou du moins autrement que par le petit égoïsme de deux ou trois personnes capricieuses, comme c'était (à mon avis), le cas dans «Le dîner». C'est pour cela que j'ai préféré «Villa avec piscine».

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Au départ, j'ai eu un peu peur de ne pas apprécier cette lectrice, car sa voix est très grave, ce qui ne me plaît pas trop chez les femmes. Cependant, sa lecture fluide, son jeu discret, son absence de monotonie m'ont convaincue. Je la réentendrai avec plaisir.

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