Une vie si convenable

L'ouvrage:
2011. Grace et Andrew sont frères et soeurs. Ils ont hérité de la grande maison de leur grand-mère qu'ils partagent. Le jour où Andrew commence à avoir une relation sérieuse avec James, les choses se corsent, car James et Grace ne s'entendent pas vraiment.
D'autre part, la jeune femme écrit une thèse sur les mères célibataires au début du vingtième siècle. En outre, quelqu'un lui a demandé de lire un roman édité à compte d'auteur: elle doit donner son avis sur une éventuelle publication. Ce roman, dont l'action commence en 1929, trouve un écho dans la vie personnelle et les recherches de Grace.

Critique:
J'avais arrêté de lire Ruth Rendell, trouvant certains de ses romans trop plats. J'ai pris celui-là parce que j'aime bien le lecteur qui l'a enregistré, et que le résumé semblait intéressant. Je ne regrette pas ma lecture.

La structure est un peu déroutante, mais on la trouve dans d'autres romans, notamment dans «La poursuite du bonheur», de Douglas Kennedy. Les premiers chapitres dépeignent la situation de Grace, Andrew et James. Puis, vient le roman qu'on a demandé à Grace de lire. Enfin, on revient sur Grace. Le défaut de cette structure est qu'on peut être un peu déboussolé quand, après s'être habitué à des personnages, on passe soudain à d'autres. Cela a été mon cas. Cependant, à mesure de ma lecture, j'ai trouvé que cette structure apportait un plus au roman, car elle permettait de relier les deux histoires, de faire des passerelles entre les thèmes abordés.

Je savais que les mentalités étaient étriquées, dans les années 30, mais je ne pensais pas que c'était à ce point. Bien sûr, il faut voir le contexte: lieu, circonstances... L'auteur le fait d'ailleurs lorsqu'elle montre la manière dont réagit Elspeth aux révélations de Maud. Il n'y a pas uniquement une façon d'appréhender les choses.

Les personnages interpelleront le lecteur. Ils ont tous quelque chose à dire. Maud m'a un peu déroutée. Elle fait partie de ces gens à qui les épreuves n'ouvrent pas l'esprit, de ces gens qui s'adaptent difficilement. Il est vrai qu'elle a connu une certaine souffrance, ce qui explique qu'elle puisse avoir du ressentiment. Cependant, elle a eu beaucoup de chance grâce à une personne, et s'est montrée bien injuste envers cette personne. Il est assez fascinant et effrayant de voir ses réactions à mesure que le temps passe.

À travers John, Ruth Rendell aborde l'homosexualité. Force est de constater que les mentalités n'ont pas tellement changé entre les années 30 et les années 2010, étant donné ce qui arrive à Andrew et James. Les choses se passent différemment, on est moins policé au vingt-et-unième siècle, mais les résultats sont les mêmes: la haine inexplicable de ce qui ne nuit à personne. C'est en cela que le jeu de miroirs entre les deux époques est intéressant. Bien sûr, dans le cas de John, il y a un certain contexte qui fait qu'outre l'intolérance, il n'est pas tombé sur la bonne personne.
Quant à l'autre aspect du roman (les mères célibataires), on voit que les mentalités ont bien plus évolué. Cette situation est acceptée.

Un roman fluide, qui donne à réfléchir sur certains aspects de la société.

Éditeur: Éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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