Une relation dangereuse

L'ouvrage:
Sally et Tony sont correspondants à l'étranger, elle pour le Boston Poste, lui pour le Chronicle. Ils se rencontrent en Somalie, et finissent par se marier. Lorsque Jack, leur enfant, naît, Sally se rend compte qu'elle doit faire face seule à la gestion du nourrisson, et à une dépression post-natale. Mais elle n'est pas au bout de ses peines.

Critique:
Je suis toujours surprise de voir que Douglas Kennedy conte des événements ordinaires, voire ressassés, et qu'il parvient sans difficultés apparentes, à les renouveler. Ses livres, sous la plume de n'importe quel autre, seraient, j'en suis convaincue, d'une mièvrerie et d'un ennui sans nom. Ici, la magie de l'auteur opère.

Avec justesse, voire brio, il nous brosse le portrait d'une femme admirable, à l'instar de plusieurs de ses héroïnes. Admirable ne veut pas dire que Sally n'a aucune faille, Au contraire. Mais c'est justement son humanité qui la rend si crédible, et si sympathique au lecteur.
Je pense que j'aurais été moins forte que Sally à sa place. Et pourtant, ce qui lui arrive serait susceptible d'arriver à n'importe qui. Ça arrive, d'ailleurs, tous les jours, malheureusement. Certains pourraient dire que Douglas Kennedy exagère. Or, croyez-moi, il n'en fait pas trop.
On comprend qu'elle pique des colères, qu'elle cède au désespoir, qu'elle craque. Surtout qu'elle est, le plus souvent, face à des gens froids à force de soi-disant professionnalisme, et d'une personne qui ne fait rien pour l'aider. Elle se sort seule de beaucoup de situations. Au moment de sa dépression, je reste convaincue que quand elle recommence à manger, c'est parce qu'elle trouve la volonté en elle, mais pas parce que les infirmières, et surtout la docteur Wodell, l'aident. D'ailleurs, la méthode du docteur Wodell pour «soigner» l'anorexie, est, à mon avis, complètement inefficace. Certes, les patientes recommencent à manger, mais les causes du mal ne sont pas soignées.

Outre ce personnage, l'auteur explore à merveille les sentiments, les conséquences d'événements, la psychologie de ses personnages. Même les «méchants» ont certaines motivations que le lecteur comprend, même si, bien sûr, il ne les porte pas dans son coeur.
L'auteur insère un personnage à la fois amusant et attachant qui fait office de divertissement et de détente pour le lecteur. Il s'agit de Nigel Clap, l'avoué de Sally. (Entre parenthèses, les héroïnes de Douglas Kennedy tombent souvent sur de bons avocats, qui plus est, sympathiques.) Outre la tendresse amusée que le lecteur éprouvera pour Nigel Clap, ce personnage est, une fois de plus, l'illustration parfaite du fait qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n'est pas un orateur, et d'ailleurs, il ne plaide pas, mais il connaît son métier, et est vif et efficace.
Il est peut-être là pour accentuer le contraste avec Tony qui est beau, fait preuve d'une grande assurance, et embobine facilement les gens.

Le livre est très long, mais je ne me suis pas du tout ennuyée. Je n'ai trouvé aucune longueur. J'avais tout de même prévu certaines choses. Dès la première rencontre de Sally avec un personnage (dont je tairai le nom), j'ai su que ce personnage jouerait un grand rôle bénéfique plus tard.
Je savais aussi, lorsque Sally téléphonait chez elle, et ne trouvait personne, que quelque chose se tramait. Mais ce sont des découvertes mineures, qui ne gâchent en rien la lecture.

À travers le personnage de Sally, l'auteur aborde plusieurs thèmes important, dont celui de l'auto-culpabilisation. J'ai trouvé cela très bien analysé: Sally sait qu'elle n'a rien à se reprocher, la raison le lui dit, des gens qui l'aiment le lui démontrent de manière pertinente, mais voilà, elle ne se résout pas à se pardonner, tant pour son père que pour son fils.

J'ai également bien aimé le contraste entre ce que Sally lit, et ce qu'elle éprouve à la naissance de son enfant. Ce qu'elle éprouve est plus réaliste, et cela lui est d'ailleurs confirmé. Je n'ai pas lu de livres sur le sujet, mais apparemment, ils dépeignent la vie avec un enfant nouveau-né comme un parterre de roses... Ne prépareraient-ils pas mieux les futurs parents en étant réalistes? Sally ne se serait pas sentie monstrueuse si ces livres n'étaient pas si idylliques.

J'ai trouvé un peu caricatural les catégorisations: les anglais sont comme ça, les américains sont comme ça... J'espère quand même que la personnalité d'un individu ne tient pas seulement à son pays, même si je sais que la culture d'un pays façonnera un peu ses habitants. Mais là, je trouve que c'est un peu poussé.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Gratecos pour l'association Valentin Haüy.
J'ai trouvé dommage que la lectrice prononce certains noms de manière affectée, en tentant un accent anglophone, comme Djoulia pour Julia, ou Maéveuh pour Maève...

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