Une partie du tout

L'ouvrage:
Jasper Dean est en prison. Il imagine de tuer le temps en commençant à écrire son autobiographie. Celle-ci expliquerait pourquoi il déteste son père, Martin. L'histoire de Jasper est étroitement liée à celle de Martin.

Critique:
Voici un livre ayant la taille d'un roman-fleuve ou d'une saga, mélangeant tragédie loufoque, aventures improbables, répliques et situations insolites. L'oxymore «tragédie loufoque» peut paraître étrange. Cependant, je n'ai pas trouvé d'autres mots pour qualifier cela. Steve Toltz conte des événements souvent tragiques, mais sa façon de le faire fait qu'on ne pourra s'empêcher d'y trouver une certaine ironie mordante, voire amusante. Par exemple, l'affaire du livre écrit par Harry illustre bien cet oxymore. D'autres situations pourraient également servir d'exemples.
Cette impression est renforcée par la cocasserie de certains personnages, comme Stanley, l'éditeur.
Vers la fin, le dilemme de Caroline ne pourrait pas être plus tragique. Malgré la compassion que je ressentais pour l'un des personnages, je ne pouvais m'empêcher de trouver ce pan de l'histoire drôle à force d'être pathétique.

D'autre part, l'auteur n'hésite pas à introduire des éléments presque improbables dans son récit, lui donnant un parfum de conte. Par exemple, Anouk est un personnage haut en couleur. Elle finit par s'assagir quelque peu, mais au départ, elle est dans l'excès. On pourrait la voir comme une bonne fée excentrique.
L'étrange rituel auquel se livre la petite amie de Jasper est quelque chose qu'on trouverait dans un conte. Là encore, je pourrais donner une foule d'exemples.

Jasper explique, au début, qu'il déteste son père. Néanmoins, on se rend vite compte que tout est nuancé. Son père est, pour lui, à la fois bénéfique et maléfique. Quant à moi, martin fait partie des personnages que j'apprécie le plus. À la fois blasé mais attendant quelque chose de la vie, torturé et fourmillant d'idées loufoques, reniant et aimant son frère (ce paramètre changera au long du roman), père par intermittence, s'appuyant sur son fils tout autant qu'il lui apprend la vie, ce personnage complexe et contradictoire ne peut pas uniquement se résumer à «un salaud», comme le dit longtemps Jasper.

Aucun personnage de ce roman ne laissera indifférent, quoiqu''il inspire au lecteur. Le romancier est parvenu à créer des protagonistes très forts. En ce qui me concerne, je me serais quand même passée de Caroline que (mis à part au tout début), je trouve très niaise et fade. J'ai d'ailleurs du mal à comprendre pourquoi certains l'aiment à ce point.

Steve Toltz ne cesse de montrer, à travers ce roman, que dans la vie, chacun est responsable de ses actes, et toit en assumer les conséquences, mais qu'il peut également y avoir des paramètres imprévus auxquels on se heurte.

Par ailleurs, j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur. Son livre est rempli de phrases que j'aurais voulu noter.
Pour moi, «Une partie du tout» est une belle découverte.

Éditeur: 10-18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, Bertrand Baumann a su adopter un ton adéquat. Ce roman n'est pas forcément simple à lire à haute voix, car il faut trouver le ton juste notamment pour les moments tragico-loufoques. Je regrette seulement (comme à mon habitude) qu'il ait prononcé certains noms propres à l'anglophone. Cela m'a quelque peu gâché la lecture. Pourquoi faire le «r» anglais pour Harry et Terry, ainsi que le «h» de Harry? Pourquoi prononcer Laïonel et Carolaïne (au début, le lecteur prononce Caroline, puis il se met à dire Carolaïne), alors que ces prénoms ont une prononciation qui paraît plus naturelle en français lorsque le texte est en français? Quant à Martin, ça passe encore, mais pourquoi aurait-ce été une hérésie que de le prononcer à la française? Certains lecteurs bénévoles suisses m'ont expliqué que pour eux, il était plus logique de prononcer les noms étrangers dans leur langue d'origine. Pourtant, je continue à trouver cela peu naturel, voire affecté, tant dans un livre que dans une conversation de tous les jours.

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