Une mère

L'ouvrage:
Ce soir-là, Amalia est contente: ses trois enfants et son frère seront là pour fêter le nouvel an. La famille s'accroche souvent. Par exemple, Silvia ne supporte pas la poussière, le désordre, les maladresses d'Amalia... et ne se prive pas de faire des remarques. Olga (la compagne d'Emma) ne s'intègre pas vraiment à la famille. Eduardo (le frère d'Amalia) fait souvent des blagues lourdes. Et il y a Fernando qui nous conte le récit. La soirée risque d'être tumultueuse, mais certains espèrent encore qu'elle sera paisible.

Critique:
J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce livre, mais je l'ai beaucoup aimé. Il faut dire que cette famille est assez complexe. Comme l'explique Fernando, certains membres recouvrent la moindre larme d'une bonne dose de rire, mais à force, cela peut mener à des difficultés de communication. La championne est sûrement Amalia. Sa façon de se comporter est horripilante, et j'ai très bien compris l'agacement de Silvia. Amalia se donne souvent en spectacle. Mêlant dérision, amour pour sa famille et maladresse, elle m'a déconcertée. Par exemple, lorsqu'il y a trop de lumière, elle a du mal à voir. De ce fait, il lui arrive de faire tomber des choses, surtout en bougeant les mains. Dans le roman, cela se passe lors de moments délicats. Cela fait qu'involontairement (ou non...) elle apporte un peu de rire (ou davantage d'énervement) à une situation tendue. Parfois, ses discours sont clownesques. Par exemple, sa tirade sur le placard où elle fait des tours et des détours est à la fois hilarante et exaspérante. En outre, elle engendre un malentendu dans l'esprit d'Olga (qui connaît encore mal Amalia), et qui, voulant apporter son aide, fait bien rire le lecteur et certains membres de la tablée. C'est la même chose lorsqu'Amalia affirme qu'elle plaint les noirs que leurs cheveux crépus doivent empêcher de dormir, puisqu'ils sont rêches. On hésite toujours entre le rire et la perplexité avec cette femme qui semble faire excessivement confiance au premier venu, met son amie Ingrid (qui a l'air complètement cinglée) à toutes les sauces, et ne sait plus quoi inventer pour rendre sa coincée de fille folle.
Cependant, Amalia, c'est une mère avant tout. Elle pense d'abord et toujours au bien-être de ses enfants. Son numéro, entre rire et désespoir, a pour seul but de rendre ceux-ci heureux. Elle accepte leurs imperfections, leurs faiblesses, et cherche toujours à les apaiser.

Quant à eux, ils cachent leurs blessures sous l'aigreur, le rire, ou l'apathie. Leur mère tente (parfois très maladroitement) de leur faire reprendre le chemin de la vie afin qu'ils l'accueillent au lieu de la subir, qu'ils profitent des joies qu'elle peut apporter au lieu de se replier en attendant le prochain malheur.

Ce soir de décembre, tous se diront de dures vérités, mais feront aussi des pas les uns vers les autres. Eduardo tombe le masque, Silvia accepte qu'on s'attaque à sa carapace, Fernando ouvre la porte aux émotions. On passe en un instant du rire aux larmes et inversement. Jonglant habilement avec les sentiments à fleur de peau de ses personnages, Alejandro Palomas semble se perdre pour mieux nous épater par la suite.

Le seul reproche que je ferai concerne Olga. Je ne vois pas trop ce qu'Emma lui trouve. On dirait que cette dernière préfère être mal accompagnée que seule. Même si on la comprend, dans une certaine mesure, ça passe mal en ce qui me concerne. On me dira qu'Olga est peut-être gênée devant la loufoque Amalia et la psychorigide Silvia, ce qui fait qu'elle ne se comporte pas très naturellement lorsqu'elle est en leur compagnie...

Éditeur: le Cherche-midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Une mère » sur Amazon