Une épouse presque parfaite

L'ouvrage:
Voici la famille Solo-Miller. Henry et Wendy ont trois enfants: Paul, le plus brillant des trois... excepté qu'il n'a jamais montré qu'il était brillant; Dora, que tous appellent Polly; et Henry. Polly est mariée avec Henry (!!!) Demarest, et a deux enfants. Tous les dimanches, presque tous les Solo-Miller se retrouvent pour un déjeuner / brunch / petit-déjeuner (selon le membre de la famille qui qualifie ce repas) chez Henry Senior et Wendy. Les Solo-Miller s'entendent bien, et sont ravis de se retrouver...

Critique:
Étant amatrice des livres de Laurie Colwin et du jeu de Cassandra Campbell, imaginez ma joie quand j'ai vu paraître un roman de Laurie Colwin que je n'avais pas lu enregistré par Cassandra Campbell!!! Tout comme les autres que j'ai lus, ce roman m'a beaucoup plu! Laurie Colwin s'attache à montrer une famille d'apparence parfaite, puis, avec humour et finesse, à insinuer que cette bonne entente s'effrite. C'est certainement Polly la plus lucide quant à l'érosion de ces rapports. D'abord, elle ne voit que l'inexplicable éloignement de son mari, mais ensuite, elle comprend que sa mère contribue à son mal être. En effet, les choses sont complexes. Henry Demarest semble aimer sa femme, mais il s'en éloigne. Polly aime son mari, mais se sentir délaissée l'a poussée à prendre un amant... qu'elle aime également. La jeune femme se débat avec les sentiments contradictoires qui l'agitent, et à force de tout examiner, finit par admettre que les avis tranchés de sa mère et le manque de tact et de tolérance de cette dernière ne sont pas pour l'aider à être bien dans sa peau. Au début, Wendy m'a fait rire, puis son côté malsain m'est apparu. Lorsqu'elle dit que son mari n'aime pas le chien d'Henry Junior, alors que Polly sait que c'est faux, le lecteur sourit tout en se disant qu'il serait plus judicieux que Wendy admette qu'elle parle pour elle. Mais à mesure du roman, elle se révèle un concentré d'idées reçues et d'intolérance.

Moi qui peste lorsqu'une personne trompe son conjoint, j'ai compris le désarroi de Polly. Je pense que sa manière de faire n'est pas la bonne, mais c'est peut-être ce qui la pousse à se confier à Martha, à recontacter Mary, à tenir tête à sa mère... En effet, son amant (Lincoln) n'a jamais rencontré les Solo-Miller, mais il est le premier à lui dire que sa famille ne semble pas l'aimer pour ce qu'elle est. D'autre part, la jeune femme est persuadée que Lincoln ne pourrait pas vivre avec elle, qu'il chérit trop sa solitude. Pour moi, ce roman est comme le parcours initiatique de Polly: elle apprend à s'écouter, à se faire des amis, à se défendre, mais aussi, elle trouve le courage de parler avec son mari...

J'ai apprécié Martha. Elle se fait des noeuds au cerveau, et semble ne pas parvenir à prendre sa vie en main, mais en fait, c'est plus complexe...
Paul et Beate sont très agaçants... À l'instar de Wendy, ils ont certains préjugés, et refusent qu'on puisse envisager de penser autrement qu'eux.
Henry Junior et Andrea agaceront peut-être des lecteurs, mais pas moi. Leurs étrangetés m'ont fait rire. Ils ne forcent personne à leur ressembler, et ont des remarques à la fois amusantes et lucides.

Quelle que soit notre vie de famille, j'imagine que beaucoup d'entre nous trouveront ne serait-ce qu'un petit grain de similitude entre nous et les Solo-Miller. C'est pour cela que, tout en désapprouvant certains de leurs actes, on ne pourra s'empêcher de s'attacher à eux.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.

Cassandra Campbell ne m'a pas déçue. Son jeu est toujours adéquat et naturel.

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