Une autre histoire

L'ouvrage:
Londres. Abraham (dit Abe) McKenzie a sauté du Quatrième étage de l'immeuble (une église reconvertie) où il habitait. Il est dans le coma. Sa soeur, Mag, qui ne l'a pas vu depuis de nombreuses années, et qui est avocate à Las Vegas, se rend à son chevet. Elle y rencontre Jodi, la petite amie d'Abe.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Sarah Naughton utilise pourtant certaines ficelles qui, en général, me déplaisent. Par exemple, au début, il y a un chapitre évoquant quelque chose qui arrive bien plus tard dans le roman. Ici, il est assez habilement construit pour ne pas être un prologue qui ne sert à rien. Bien sûr, au bout d'un moment, on imagine qu'il se rapporte à tel élément, mais normalement, on ne le replace que très peu de temps avant l'événement dont il parle.

L'autre ficelle, ce sont des chapitres dont on ne sait pas de quel point de vue ils sont racontés (Celui d'une petite fille, mais qui est-ce?), et dont on devine rapidement qu'ils sont arrivés avant l'action centrale du roman. Concernant ces chapitres, j'ai su gré à l'autrice de ne pas trop traîner avant de nous dire qui ils concernent. Elle ne fait pas attendre le lecteur jusqu'à peu de pages avant la fin, et cela ne détruit absolument pas le suspense concernant l'action centrale.

J'ai apprécié la construction de l'énigme. Mag veut forcément savoir ce qui a poussé son frère au suicide, elle cherche, fouille, et fait fatalement des découvertes. J'ai trouvé tout cela bien amené. J'ai également pensé que la romancière s'en sortait bien entre faux indices et demi-vérités. Pour moi, tout est crédible et cohérent, et quand je me lançais sur des fausses pistes, je gardais en tête qu'elles pouvaient être fausses, parce que Sarah Naughton ne les pointait pas exagérément du doigt. Ce n'étaient que des hypothèses à ne pas rejeter tout de suite.

L'écrivain aborde avec justesse le thème de l'enfance meurtrie et ce qui en découle. Je n'ai pas trop apprécié ce qu'est devenu l'un des personnages, mais je l'ai compris. En outre, ce protagoniste finit par se remettre en question.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Lizzie. Ne connaissant pas bien le comédiennes, j'ai déduit la distribution. S'il y a une erreur, je suis désolée, et je la corrigerai si on me la signale. Clémentine Domptail lit les chapitres racontés par Mag, Lila Tamasit interprète ceux du point de vue de Mira, Caroline Tillette lit ceux relatés par Jodi et ceux du point de vue de la petite fille, Jean-Christophe Lebert interprète ceux du point de vue de Rob, et Xavier Bord lit celui narré par Abe.

Je me souviens avoir été sévère avec Clémentine Domptail concernant sa lecture de «Ça peut pas rater», puis avoir préféré sa prestation dans «Au fond de l'eau». Ici, j'ai beaucoup apprécié son jeu. Elle exprime les sentiments de Mag sans exagérer. En outre, elle fait partie des très rares personnes qui prononcent correctement le mot «moeurs».

Je ne connaissais pas du tout Caroline Tillette. J'ai apprécié sa lecture. Elle aussi a joué sans surjouer. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

J'avais un a priori négatif concernant la lecture de Lila Tamasit, car j'ai écouté un extrait d'un livre qu'elle a enregistré, et je l'ai trouvée trop sobre. Dans «Une autre histoire», elle a balayé mes craintes. Soit j'ai mal choisi mon extrait, soit c'était un accident de parcours... en tout cas, je retrouverai également cette comédienne avec plaisir sur d'autres livres. Tant mieux pour moi, car elle a enregistré au moins deux pavés qui me tentent.

J'ai été ravie de retrouver Jean-Christophe Lebert dont j'apprécie le jeu depuis plusieurs années. Ici, il n'a pas démérité.

Je ne connaissais pas du tout Xavier Bord. Il ne lit qu'un chapitre, donc j'avais peu de matière à entendre. À première écoute, son jeu est naturel. J'espère pouvoir l'entendre sur un livre entier.

Je pense que l'éditeur aurait dû recruter une lectrice supplémentaire pour enregistrer les chapitres du point de vue de la petite fille. Si je dis pourquoi je pense cela, je risque de donner trop d'indices sur un pan de l'histoire. Je dirai donc que l'éditeur a été confronté au problème inverse (si je puis le tourner ainsi) dans «Les jours de ton absence», et que là, il a judicieusement choisi de ne pas faire intervenir un autre lecteur. Cela aurait donné le même type d'indices que ceux donnés par le fait qu'il n'y ait pas une lectrice qui lirait uniquement les chapitres dédiés à la petite fille dans «Une autre histoire».

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