Un tout petit monde

L'ouvrage:
Ils sont professeurs d'université, ils donnent des conférences, assistent à des colloques, guignent des chaires, ils ont des aventures...

Critique:
Ayant beaucoup aimé «Changement de décor» et «Jeu de société», j'ai été très déçue par «Un tout petit monde». Bien sûr, les abus et les travers des universitaires sont bien évoqués. Par exemple, on va à des colloques pour y tromper son conjoint, on plagie des collègues (en utilisant une oeuvre non-encore publiée), on donne des conférences où on énonce pompeusement et doctement certaines choses en les disant de manière compliquée afin de tenter de se donner de l'importance... Tout cela est fort juste, mais l'auteur veut tellement nous le rentrer dans le crâne qu'il en fait trop. Il n'y a pas un personnage pour racheter l'autre. Si certains semblent sérieux, comme Persse McGarrigle, ce côté sympathique est détruit par autre chose qui les rend ridicules ou détestables. Dans le cas de Persse, sa folle passion assortie d'une quête modernisée m'a extrêmement agacée! Elle le décrédibilise totalement. D'accord, l'amour est aveugle, mais alors là, il est plutôt stupide! Stupidité renforcée par le fait que, comme le lui fait remarquer Lily, il ne connaît pas vraiment celle qu'il dit aimer.
Surtout qu'Angelica, à force d'être absente, paraît assez terne au lecteur. Le peu qu'on finit par apprendre me l'a fait trouver prétentieuse et condescendante. Elle veut s'en sortir, mais ne sait pas ce qu'est l'humilité.

D'une manière générale, les personnages ne sont pas crédibles. À force de vouloir montrer leurs travers, Lodge en fait des caricatures dont les sentiments paraissent feints.
La palme revient sûrement à Philip, qui, en plus d'éprouver un coup de foudre (chose que je déteste, car je trouve cela invraisemblable), se conduit, là encore, comme un benêt. D'autre part, c'est l'un des pires professeurs qui soit, et on songe à lui attribuer une chaire. Même lui ne croit pas à cette promotion...!

Robin Demsey pourrait paraître sympathique, mais il est réduit à son obsession pour Philip, et c'est assez exaspérant. En outre, il confie cela à un logiciel, ce qui accentue son ridicule, et pourra, à la rigueur, lui attirer la pitié du lecteur.

Si Désirée était sympathique dans «Changement de décor», elle m'a ennuyée au début du roman. Elle souffre des affres de l'écrivain en manque d'inspiration et de confiance, et cela la rend désagréable et caricaturale. Elle se donne trop de règles à respecter, s'enferme dans une complaisance sucrée... bref, elle ne sait que geindre. Ensuite, cela s'arrange, et on retrouve la Désirée de «Changement de décor».

Hilary et Morris restent égaux à eux-mêmes. Cela m'a quelque peu réconfortée. Dans cette galerie de personnages tous plus ou moins fous ou décérébrés, j'avais un point d'ancrage. Même si certains côtés de ces deux protagonistes me déplaisent, au moins, ils sont vraisemblables, et ne changent pas d'un roman à l'autre.
Il est vrai que Philip ne change pas vraiment... mais son cas empire, et ce n'est même plus drôle.

Un autre reproche majeur que je ferai est la lenteur du roman. L'intrigue est sans cesse interrompue pour de longues descriptions. D'autre part, l'auteur se disperse en créant trop de personnages. Bien sûr, il veut montrer, en les faisant se rencontrer, que le monde universitaire est petit (comme l'indique le titre), mais là encore, il en fait trop.

Il y a tout de même certaines situations franchement amusantes. Par exemple, la «bataille» entre Robin et Josh. C'est pitoyable, ridicule... c'est volontairement raconté sur un ton quasi-épique, afin d'accentuer la bêtise de cette bagarre.
Ce qui arrive lorsque Morris est enlevé est aussi très drôle. Lodge détourne une situation d'ordinaire angoissante, et en fait une farce.

Je ne recommande pas vraiment ce roman que j'ai terminé surtout parce que je me voyais mal publier une chronique de «Changement de décor» et de «Jeu de société» sans en publier une d'«Un tout petit monde».

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Pour ceux qu'une version audio intéresse, il en existe une enregistrée pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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