L'ouvrage:
Après les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis ont mis au point un plan réduisant les risques que cela arrive à nouveau. L'héroïne, Adriane Strohl, dix-sept ans, évolue donc dans un monde où, entre autres, peu de choses sont enseignées. Après qu'elle a posé trop de questions dans un discours qu'elle devait prononcer à l'occasion de l'obtention d'un prix, elle est envoyée en exil en 1959.

Critique:
Depuis plusieurs années (pas loin de vingt), je souhaite lire Joyce Carol Oates tout en me méfiant d'elle. Certains résumés de ses romans m'attiraient, mais à entendre vanter sa pertinence, je craignais qu'elle ne soit comme Philip Roth et Nancy Huston: beaucoup les encensent, et je ne les supporte pas. Je me suis lancée dans ce roman parce que le résumé me tentait, mais aussi parce qu'il est enregistré par Andi Arndt, dont j'apprécie beaucoup le jeu, et qui, malheureusement pour moi, lit peu de romans qui me tentent. Ce roman m'a plu, j'essaierai donc d'autres écrits de cette autrice.

Lorsqu'Adriane commence à décrire la société dans laquelle elle vit, on se rend vite compte qu'on est dans une sorte de totalitarisme. D'autres ont décrit ce genre, et certains ont fini par m'ennuyer. Ici, cela n'a pas été le cas. Le thème et la façon de l'aborder a beau avoir été plusieurs fois exploité, Joyce Carol Oates a su faire en sorte que sa description, tout en rappelant des choses connues, soit originale.

L'héroïne m'a tout de suite été sympathique. Au départ, son but n'est absolument pas d'être subversive. Elle veut seulement satisfaire sa curiosité naturelle. Elle sait comment faire pour ne pas être remarquée, mais n'y parvient pas toujours. Elle sait que creuser certaines choses est risqué, mais elle n'imagine pas que les questions qu'elle se pose peuvent être vues comme subversives. Lorsqu'elle se retrouve dans une université en 1959, elle garde cette candeur.
Il y a une scène à la fois grave et drôle: celle de la machine à écrire...

J'ai apprécié que Joyce Carol Oates ne nous montre pas le monde de 1959 comme parfait par rapport à celui où évoluait Adriane avant. Elle s'attache à montrer les mauvais côtés du monde post 11 septembre, mais aussi certaines aspérités de celui des années 60. Par exemple, elle évoque un chercheur qui travaille à l'université où va son héroïne. Ce professeur veut prouver les effets positifs des choses comme les électrochocs, la lobotomie, etc. Pendant longtemps, on a usé et abusé de ces méthodes, et à mon avis, ceux qui les utilisaient savaient qu'elles ne causaient que dommages.

L'intrigue suit son cours sans temps morts, sans incohérences. Cependant, à la fin, certaines questions restent. En fait, soit c'est moi qui n'ai pas tout compris, soit l'autrice reste nébuleuse sur certains éléments à dessein. Par exemple, que signifie la rencontre d'Adriane et de celui que j'appellerai docteur Cosgrove? J'en ai bien une idée, mais j'aurais voulu que tout soit expliqué en détails. Qu'est-il arrivé à Wolfman? Là encore, je pense savoir, mais si cela est possible, pourquoi Cosgrove, lui, est-il toujours vivant?... Adriane finira-t-elle par se souvenir? D'ailleurs, que se passera-t-il au moment où son exil prendra fin? Donc, comme pour d'autres romans, j'aurais souhaité des chapitres supplémentaires. Là, il y a un goût d'inachevé. Il n'empêche que ce livre m'a beaucoup plu, et que je le recommande.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Harper Audio.

J'ai été contente de retrouver Andi Arndt et son jeu «cool, calm, and clear», tel que défini sur son site et dans sa signature. Là encore, elle ne m'a pas déçue, et a parfaitement illustré cette définition