Un papillon, un scarabée, une rose

L'ouvrage:
Elaine n'est pas stable mentalement. Alors que sa fille, Francie, a huit ans, Elaine est victime d'une crise plus violente que les autres, et fracasse sa main à coups de marteau. Alors qu'elle est emmenée en hôpital psychiatrique, des dispositions sont prises pour que Francie quitte Portland, et aille vivre à Los Angeles, chez sa tante (Minnie, la soeur de sa mère) et son oncle (Stan).

Critique:
J'avais un peu peur que ce roman m'ennuie parce que la quatrième de couverture précise que Francie vit une jeunesse habitée par la peur de la folie. J'avais donc peur que l'héroïne passe son temps à se perdre en conjectures. Certes, elle réfléchit beaucoup sur elle-même en rapport avec l'état de sa mère, mais elle ne fait pas que tourner en rond dans sa tête. D'ailleurs, elle ne fait pas tant cela. Elle cherche des solutions à ce qu'elle pense être des problèmes. Par exemple, la solution du verrou. Lorsqu'elle confie au lecteur pourquoi elle agit ainsi, il est évident que celui-ci se pose des questions. Cependant, il arrive à tout le monde d'avoir d'étranges pensées. On me dira que ce qui a poussé Francie à adopter la solution du verrou est davantage qu'une étrange pensée. Certes, mais si cette idée l'avait réellement obsédée, si elle avait été une espèce de psychopathe, elle aurait trouvé le moyen de la mettre en pratique, car elle l'aurait souhaité. Ce qui montre que Francie n'est pas folle, c'est qu'elle a eu peur de faire cela, mais ne l'a jamais voulu. De toute façon, au bout de très peu de temps, la mise en pratique de cette idée n'était plus possible. Je ne sais pas ce que souhaitait vraiment dire Aimee Bender, mais j'imagine que Francie, avec ce verrou, voulait surtout se protéger d'elle-même, comme lorsqu'elle mettait les objets tranchants hors de portée de sa mère. Elle voulait se protéger de ce qu'elle pensait que sa mère lui avait légué.

Francie entrelace le récit de ses derniers jours à Portland, de ses premiers jours chez sa tante et son oncle, et de son présent. Elle revient sur certains faits qui, semble-t-il, ont conditionné sa perception d'elle-même et du monde alentour. Cela peut faire penser qu'elle est étrangement obsessionnelle. Cela ne m'a pas vraiment dérangée, car on peut interpréter certaines choses d'une manière déterminante, surtout si elles sont arrivées alors qu'on vivait un grand bouleversement.

La tente aux souvenirs est un autre symbole auquel se raccroche Francie. Pour moi, c'est surtout sa complicité avec Vicky qui l'aide à mettre de l'ordre dans sa tête, à faire la part des choses.

Je n'ai pas toujours approuvé ce que fait la narratrice. Par exemple, qu'elle se mette en colère après sa tante pour l'histoire du verre d'eau n'est pas légitime. En effet, peu de monde boirait dans le même verre qu'une autre personne, et ce ne serait pas par peur «d'attraper sa folie», mais plutôt une question d'hygiène. Certes, Francie est jeune à l'époque de cette histoire, ce qui pourrait expliquer qu'elle croie vraiment à sa théorie, mais ce n'est pas crédible.
Je n'ai pas non plus approuvé ce que Francie finit par faire concernant la lampe. Certes, c'est peut-être un moyen de se débarrasser de l'espèce de mythe qu'elle a créé autour du papillon (je n'ai vu le jeu de mots qu'à la relecture, et comme il n'était pas intentionnel, je le laisse...;-) ), mais dans ce cas, autant laisser l'objet à sa propriétaire.
Malgré cela, j'ai apprécié que Francie semble s'être trouvée, et paraisse en paix à la fin. Elle garde, cependant, une minuscule part d'ombre et de mystère...

Remarque annexe:
J'ai trouvé le récit du voyage en train murakamien. Ce qu'il s'y passe (surtout l'intervention de la femme et celle du «faux» contrôleur) pourrait arriver dans un roman d'Haruki Murakami.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Comme souvent, j'ai tenté ce roman, même si j'avais peur de m'ennuyer, parce qu'il était enregistré par Martine Moinat dont la lecture me plaît. Elle n'a pas démérité. De plus, moi qui râle après les lecteurs (professionnels ou non) qui prononcent mal certains mots, ici, je tiens à souligner que la lectrice a correctement prononcé «klaxon», mot que certains ont tendance, depuis très peu de temps, à dénaturer en Le prononçant «klaxone».

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