Un oiseau blanc dans le blizzard

L'ouvrage:
Janvier 1986: Êve Connors, mère de famille disparaît. Puis, elle téléphone à son mari pour dire qu'elle ne reviendra jamais. Sa fille, Cat, raconte l'après.

Critique:
Ce roman ne fait pas partie de mes coups de coeur. Après avoir été enthousiasmée par trois autres écrits de Laura Kasischke, j'ai été déçue par «Un oiseau blanc dans le blizzard». Certes, on retrouve la façon de faire de l'auteur. Elle mêle passé et présent, au gré du récit et des souvenirs de la narratrice. Elle plante un décor, distille une ambiance. Cependant, j'ai trouvé les personnages inconsistants. Qu'aucun ne soit sympathique n'est pas un problème: ceux de «Rêves de garçons» ne l'étaient pas. Par contre, aucun n'a ce charisme, cette présence qui font que je ne suis pas trop dépaysée si aucun personnage ne me plaît.

Quant à l'ambiance, elle ne m'a pas autant fascinée que dans les autres romans d'elle que j'ai lus. Qu'elle soit détestable n'est pas un problème, étant donné qu'elle l'est dans au moins deux autres romans, et qu'ils m'ont plu. Pour moi, elle est exempte de cet envoûtement que j'ai trouvé par ailleurs chez cette romancière.
Il y a beaucoup d'images morbides, ce qui ne m'a pas gênée dans «Rêves de garçons». Ici, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. On comprend très bien pourquoi elle le fait, mais c'est exagéré.

La romancière installe certains éléments: les choses étaient ainsi, nous dit-elle. Entre ces faits, elle donne de petits indices qui peuvent être interprétés de multiples manières. Puis elle opère un glissement. Tout cela suit l'évolution de la narratrice. Là encore, on retrouve la patte de Laura Kasischke. Néanmoins, j'ai trouvé tout cela beaucoup trop lent.

Les choses étant vues par Cat, il est logique que le lecteur ait un point de vue restreint. On se doute qu'il faut garder un regard extérieur lorsque l'adolescente explique qu'à son travail, son père est perçu autrement que chez lui. D'autre part, Cat énonce certains clichés. Celui qui m'a le plus marquée et fait rire est sûrement celui sur la mère de Phil. Elle est aveugle, alors, forcément, elle ne sait pas faire ceci ou cela. Il doit être étrange de l'embrasser, le père de Phil a fait quelque chose de grand en l'épousant, etc. Cat n'est pas stupide, mais sa tête fourmille de clichés et de préjugés qui... l'aveuglent. Elle s'en rend d'ailleurs compte. La cécité de la mère de Phil fait partie de tous ces éléments que le lecteur devra, petit à petit, placer dans le puzzle qu'est le récit de Cat. C'est en cela que les romans de Laura Kasischke sont riches: elle donne des éléments qui sont à comprendre à plusieurs niveaux. C'est ce qui rattrape un peu ce roman à mes yeux. Il est également une critique féroce d'une certaine société, d'une façon de vivre, d'une manière étriquée de penser: Laura Kasischke ne cesse de la mettre en avant en en montrant l'absurdité par de multiples exemples bien choisis.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud pour le GIAA
Cette lectrice est la seule, parmi les lecteurs que j'ai entendus, qui prononce correctement le nom de l'écrivain. En outre, elle fait partie des rares lecteurs qui prennent bien le temps de lire le nom de l'éditeur: «Bourgois» ne contient pas de «e». Certains lecteurs prononcent «bourgeois».

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