Un gentleman à Moscou

L'ouvrage:
Moscou, 21 juin 1922. Le comte Alexandre Ilitch Rostov est assigné à résidence dans le luxueux hôtel Metropol. C'est un aristocrate, mais le régime en place lui laisse la vie sauve grâce à un poème révolutionnaire qu'il a écrit en 1913. C'est trente ans de sa vie que nous raconte Amor Towles.

Critique:
Ce roman m'a tout de suite intriguée. Je me suis demandé comment l'auteur avait pu créer des événements dignes d'être racontés concernant un homme assigné à résidence. Certes, cela peut sembler ennuyeux, mais cela ne veut pas dire que le comte ne côtoie personne, puisqu'il est dans un hôtel. C'est justement ce qui arrive: il se fait même des amis aussi disparates qu'une enfant de neuf ans, une couturière, le chef cuisinier, le maître d'hôtel, une actrice... Sa vie est très loin d'être ennuyeuse, j'ai même souri lorsque l'auteur narre des moments où le comte, lui, s'ennuie. Je ne pourrai le blâmer d'avoir renoncé à lire «Les essais» (c'était la cause de son ennui), même si ce livre faisait partie des favoris de son père, et même si plus tard, Alexandre sera confronté à quelqu'un qui redonnera à ce livre une place plus prestigieuse que celle de caler le bureau.

Le personnage principal est très sympathique. Dès le départ, son amitié avec Nina m'a plu parce qu'elle montrait qu'il n'avait aucun préjugé. Il n'a jamais pensé: «Moi, j'ai plus de trente ans. Qu'est-ce que j'irais faire avec cette gamine? Qu'est-ce qui peut m'intéresser chez elle?» Il a pris avec joie la main tendue, et s'est embarqué dans les aventures que la jeune risque-tout souhaitait entreprendre. Cela et d'autres événements montrent qu'il s'adapte aux diverses situations qui se présentent à lui, tente toujours d'agir au mieux pour ceux à qui il tient... C'est l'attitude de Nina qui m'a déplu. Je ne parle pas de la dernière fois que le comte et elle se voient, mais d'une ou deux fois où elle le snobe (même si elle lui parle). Heureusement, les autres amis d'Alexandre ne sont pas comme elle.
Je ne sais pas pourquoi, mais j'imaginais que le personnage principal serait peut-être rapidement aigri, capricieux, etc. En fait, il n'en est rien. Bien sûr, des pans de son ancienne vie lui manquent, mais il fait appel à ses souvenirs pour tenter d'apaiser ce manque, et ne se lamente jamais sur son sort.

Alexandre Rostov se fait assez facilement à son existence de reclus forcé. À travers ce qu'il vit, on a un aperçu de la manière dont est dirigé le pays entre les années 20 et 50. C'est très bien inséré par l'auteur, par exemple avec ce qui arrive à Michka, l'ami du héros. Cet aspect de l'histoire aurait aussi pu m'ennuyer, car je n'aime pas les livres décrivant trop les enjeux politiques de tel pays. Cependant, ici, le romancier a fait en sorte que cela aille parfaitement avec le reste du récit.

Malgré certains événements dramatiques, Amor Towles n'oublie pas de parsemer son récit de situations cocasses. Par exemple, l'histoire de la façon dont Alexandre et ses deux complices sont parvenus à se régaler de bouillabaisse. Il y a d'autres situations à la fois amusantes et attendrissantes, mais en parler me ferait dévoiler une chose qu'il vaut mieux découvrir en lisant le roman.

Je pense avoir compris pourquoi le comte agit comme il le fait à la fin. Il n'avait pas vraiment le choix. Cependant, j'aurais souhaité davantage d'explications.

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J'imagine qu'il a organisé si minutieusement sa fuite parce qu'il souhaitait que Sofia puisse avoir une vie hors du Metropol, et que la jeune fille ne pouvait vivre sans lui. J'imagine aussi que l'adolescente et lui vont s'exiler en Amérique, et que si cela finit par se savoir, on ne les poursuivra pas parce qu'ils bénéficient de la protection de Richard Vanderwhile. Mais j'aurais préféré que tout cela soit expliqué.
De plus, j'aurais aimé qu'il y ait un ou deux chapitres supplémentaires disant comment se passent les choses pour eux deux. À la toute fin, ils ne sont même pas réunis: Alexandre est retourné dans la propriété de sa famille (on se demande d'ailleurs comment il le peut, car on pourrait penser qu'elle a été réquisitionnée), et Anna l'y rejoint. En tout cas, c'est ce que j'ai compris.

Je me demande si Amor Towles a inventé Alexandre Rostov ou si celui-ci a existé. En cherchant sur internet, je suis tombée sur le commentaire d'une personne qui s'était posé la même question, mais je n'ai pas pu lire son intervention en entier à cause, ai-je pensé, de mon lecteur d'écran...

J'ai fait un pari en lisant ce roman, et je suis ravie de l'avoir gagné, car le livre m'a passionnée.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thibault de Montalembert.
Comme d'habitude, j'ai été ravie de retrouver ce comédien dont j'apprécie beaucoup le jeu. Il est parfaitement entré dans le livre, tant au niveau de la narration qu'à celui des échanges entre les personnages. Il a interprété la galerie de protagonistes sans effets de voix parasites, en adoptant toujours l'intonation adéquate et la dose de jeu nécessaire.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en deux ou trois pistes.

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