Un chien du diable

L'ouvrage:
Rouen, 1594.
Le comte Ambroise de Roquebrune a été assassiné. On a retrouvé son cadavre dans une église, La gorge tranchée, la bouche pleine d'hosties. Henri IV tient à élucider cette énigme, car il craint que s'y cache un complot visant à le toucher. C'est Gilles Bayonne que l'on chargera de l'enquête. Il est soldat du roi, mais surtout, il accomplira sa mission (celle-là, et une autre, secrète), car son frère, Renaud, qui faisait partie de la chancellerie, est accusé de trahison.

Critique:
Voilà le troisième auteur de romans policiers historiques qui sait me convaincre. Fabienne Ferrère sait, elle aussi, planter le décor et immerger le lecteur en un lieu et à une époque donnés. Par exemple, elle montre bien comment les nobles agissaient, comment ils usaient du peuple, comment ils exerçaient leur puissance. Cela n'a pas vraiment changé, aujourd'hui... c'est plus discret, voilà tout.
Détail amusant (si on veut): j'avais oublié que la vermine faisait rage à cette époque, sûrement à cause du manque d'hygiène. l'auteur rappelle cela: on dort dans des auberges où on est dévoré par des punaises, on a des poux...

L'intrigue policière est quelque peu classique, mais Fabienne Ferrère ne laisse pas son lecteur tomber dans l'ennui. Le premier chapitre m'a semblé un peu lent, mais ce reproche est davantage du pinaillage qu'autre chose. Ses ficelles ne sont pas trop grosses, et elle manœuvre habilement pour que le lecteur ne sache pas vraiment qui soupçonner. À l'inverse d'auteurs indélicats, elle propose de menus indices, sans affirmer que telle personne est coupable pour changer de proie cinq pages plus loin. Elle entraînera bien sûr le lecteur sur de fausses pistes, mais sa façon de faire est subtile, et je suis contente de m'y être laissée prendre.
Quant à savoir qui est coupable, toutes les hypothèses étaient cohérentes et crédibles. L'auteur n'a pas bâclé son énigme. On me dira qu'il était un peu facile de faire en sorte que le coupable soit telle personne. Peut-être. Cela fait effectivement partie des pistes classiques. Cependant, c'est racheté par la subtilité de la romancière, mais aussi par le fait que n'importe quel lecteur préfèrera que cette personne soit coupable plutôt que celles soupçonnées auparavant! En effet, le lecteur n'aura pas vraiment envie que la victime soit vengée...
J'ai apprécié la toute fin: pour moi, il aurait manqué quelque chose si cela ne s'était pas terminé ainsi.

Les personnages sont creusés, surtout Gilles et Pique-Lune. On entrevoit leur passé, et on se rend vite compte que tous deux sont de la race des survivants. Les coups les aguerrissent au lieu de les briser.
Gilles est un fin limier. J'ai admiré, entre autres, la ruse que je n'ai pas vue venir, et par laquelle il confond l'aubergiste qui jure que Fontanier a menacé Roquebrune. Il a également la répartie prompte, l'esprit ouvert, et le sang chaud. J'ai aimé la façon dont il rend justice à la fillette qui «vola» une oubli. Dans ce cas, il a agi ainsi pour plusieurs raisons, dont certaines n'étaient pas forcément honorables, mais dont la plus probante était qu'il ne supporte pas de voir des enfants mourir de faim. Sa sensibilité à ce sujet est montrée plusieurs fois.
J'ai aimé que Gilles s'interroge concernant son frère. Tout comme lui, j'ai douté, mais au fond, j'ai pensé, tout au long du roman, que Renaud était innocent. À vous de découvrir si j'avais raison...

Quant à Pique-Lune, il a gardé la malice de l'enfance. C'est un personnage très attachant. J'ai hâte de le connaître mieux...

Éditeur: Denoël.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuelle Lemée pour le service Lecture Sonore de l'Unadev

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