Un café maison

L'ouvrage:
Alors qu'il se trouvait seul chez lui, Yoshitaka Mashiba est empoisonné par l'absorption d'une tasse de café. Parmi les policiers chargés de l'affaire, il en est une qui soupçonne sa femme, Ayané. Pourtant, l'alibi de la jeune femme est inattaquable.

Critique:
Dans ce roman, Keigo Higashino a fait le même pari que dans «Le dévouement du suspect X», c'est-à-dire révéler une information importante au lecteur, puis montrer comment les policiers la découvrent. Si le roman sus-cité n'était pas gâché par cette révélation, je n'en dirais pas autant ici. Ne pas savoir une certaine chose aurait pimenté le roman de davantage de suspense. D'une manière générale, ce roman est bâti sur le même principe que celui sus-cité, mais il est plus lent, plus compliqué, et il y a moins de rebondissements.

L'auteur complique beaucoup les choses. Bien sûr, son but est de mettre au jour un processus machiavélique d'ingéniosité, mais les policiers passent tellement de temps à le démonter, et semblent tellement tourner en rond entre l'eau du robinet, l'eau en bouteille, et l'eau filtrée que j'ai trouvé que c'était beaucoup trop long. L'idée aurait gagné à être exploitée sur un plus petit nombre de pages. l'auteur a voulu créer certains rebondissements, notamment lorsqu'Ayané évoque l'eau en bouteille, mais il n'a fait qu'ajouter des complications sans intérêt. Tout ce qu'il explique est justifié, mais il en fait trop.
D'autre part, les lenteurs ne viennent pas seulement de cette histoire d'eau. Les pensées d'Hiromi, par exemple, m'ont souvent ennuyée. le but est de lui donner de l'épaisseur: ça n'a pas vraiment pris avec moi.

En outre, la psychologie des personnages ne m'a pas l'air très creusée. Certains sont absolument détestables, d'autres (notamment Hiromi) m'ont paru fades et peu dignes de compassion. Ayané est davantage fouillée que les autres.
J'ai trouvé facile (voire indigne d'un auteur que j'apprécie) de faire en sorte que l'un des policiers soit aveuglé par les sentiments qu'une personne éveille en lui. D'ailleurs, cette espèce de semi-coup de foudre est invraisemblable, et fait dangereusement pencher le livre vers les mauvais romans à l'eau de rose.

Plus tard, le romancier tente de créer un peu de suspense. C'est lorsque Yukawa pose des questions auxquelles le lecteur (à l'instar de Kaoru) ne doit rien comprendre, puis qu'il explique qu'il ne veut rien dévoiler pour ne pas donner d'a priori. Il en dévoile tant qu'il aurait tout aussi bien fait de la dire, son astuce impossible.

Enfin, si on pinaille, on peut penser que la fameuse astuce n'était pas infaillible, notamment parce que le café aurait pu être préparé en présence d'Hiromi, et qu'elle aussi aurait pu en mourir.
L'idée est intéressante, mais trop diluée.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Madame Bratschi n'a pas aimé ce roman. Cela ne se sent pas du tout à sa lecture. Elle a eu beaucoup de mérite à le lire en entier sans montrer son déplaisir.

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