Un bébé, non merci!

L'ouvrage:
Ben et Claudia ont commencé à sortir ensemble après s'être découvert l'envie commune de ne pas avoir d'enfants. Mais après quelques années de mariage, Ben change d'avis. Claudia se sent trahie.

Critique:
Globalement, ce livre est sympathique. J'ai été un peu déçue parce qu'à cause du sujet, je m'attendais à quelque chose d'un peu plus sérieux. Pourtant, l'auteur parvient à rester légère sans tomber dans le beaucoup trop facile. Cela m'a donc satisfaite, même si j'aurais aimé un roman davantage creusé.

À travers les désirs de ses personnages, Emily Giffin montre l'éventail des possibilités qui existent quant à cette difficile question d'avoir un enfant. Claudia n'en veut pas; Daphné en veut, mais n'y arrive pas; Jess en veut, mais ne trouve pas la bonne personne; Maura en a, et en est heureuse, mais son mari la trompe... J'ai apprécié le fait que l'auteur tente de montrer tous les points de vue, et analyse le ressenti de ses personnages, dont certains ne parviennent pas à rester objectifs.
Les personnages ne sont pas forcément très épais, mais cela ne m'a pas trop gênée, car j'étais surtout intéressée par le sujet et la façon de l'aborder. Et puis, les protagonistes ne sont pas fades: ce sont des messieurs et mesdames Tout le monde, dont certains abritent une pointe de superficialité.

J'ai été très attentive aux arguments de Claudia pour voir si j'y retrouverais les miens. Pour moi, l'un d'entre eux a été sous-entendu, mais pas assez mis en avant: le fait de ne pas vouloir élever un enfant. Certains exemples qu'elle donne tendraient à le prouver, mais l'accent n'est pas assez mis dessus.
Quant à ses autres arguments, j'ai trouvé qu'elle n'avait pas l'air très convaincu en les énonçant. Il y en a quand même un qui m'a bien plu: celui où elle pense que ce n'est pas la peine d'avoir un enfant si c'est pour engager une nounou. Je sais bien que la plupart des parents ne peuvent pas faire autrement, mais j'aurais tendance à penser comme elle. Cependant, je sais que l'amour et l'éducation qu'on reçoit ne dépendent pas du fait que les parents travaillent ou non.
J'ai bien ri quand elle explique qu'elle ne peut pas louer un bébé pour montrer à Ben comme c'est pénible. C'est un argument que j'ai souvent ressorti à ceux qui croient tout savoir et me débitent des fadaises comme: «Tu verras, comme ce sera le tien, ce sera différent.» Ces personnes refusent d'être objectives et empathiques, et je leur dis souvent que je ne pourrai pas rapporter l'enfant au magasin une fois que j'aurai constaté que j'avais raison.
Il est assez amusant, mais aussi exaspérant, de voir que Claudia doit subir tous les arguments (qui montrent bien l'incapacité des gens à l'empathie) que j'ai maintes fois entendus.

L'auteur n'échappe pas à quelques situations téléphonées. Par exemple, l'enfant de Ray et Annie est extrêmement sage. J'ai aussi trouvé que l'histoire d'amour de Jess était un peu rapide, alors qu'elle en aimait un autre peu de temps avant... Et bien sûr, elle reprend une ficelle plus que clichée quant à ce qui se passe avec Tucker.
Mais elle évite aussi certains écueils. Si Daphné menace de devenir comme Zoé, elle bifurque, et évolue positivement. Moi qui suis très vite agacée par les gens qui font une obsession du fait d'avoir un enfant, j'ai commencé par soupirer en lisant ce qui avait trait à Daphné, et puis, je l'ai finalement trouvée très positive.

L'auteur reste légère, mais évoque quand même certains aspects sensibles, comme par exemple, le bébé sur mesure... J'ai apprécié le combat d'arguments de chacun, et là encore, je pense que chaque partie aurait pu aller plus loin.

Il n'était pas facile de faire une fin satisfaisante avec un sujet si épineux. J'avais peur que l'auteur cède à la facilité que souhaitera, je le pense, la majorité des lecteurs. Cependant, elle parvient à contenter tout le monde, même les irascibles comme moi!

Un roman sympathique, qui aborde un fait de société en tentant de rester dans le politiquement correct, le léger, et le vraisemblable.

Remarque annexe:
Je ne connaissais pas le principe de l'adoption ouverte. J'aime bien l'idée.

Note: Je pense qu'un auteur serait capable d'écrire là-dessus en explorant sérieusement et méthodiquement le ressenti d'une femme qui ne voudrait pas avoir d'enfants. J'espère qu'elle le fera un jour.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'INCA

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