Et je t'emmène

L'ouvrage:
La famille de Pietro Moroni n'est pas facile: son père est alcoolique et a la main leste; sa mère est en dépression; son grand frère (Mimo) voudrait gagner de l'argent sans travailler... Pietro fait de son mieux en classe.
Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il est accosté par la bande de durs de sa classe...

Critique:
Niccolo Ammaniti raconte quelques mois dans la vie de Pietro et de certains personnages qui gravitent autour de lui. Cette histoire pourrait être banale, voire misérabiliste, si l'humour ne la sortait pas du lot. Le comique vient d'abord du langage employé par l'auteur. En une langue truculente, parfois crue, toujours imagée, Niccolo Ammaniti raconte la vie de ses personnages. Sous cette plume alerte et vive, cela prend tout de suite des allures d'aventures. Certains combats entre adolescents ressemblent à des guerres picrocholines, et on hésite souvent entre le rire (dû au style) et l'émotion (due à ce qui est conté). Le comique atteint même certaines scènes où le père de Pietro s'en prend à sa famille...

Si l'humour est omniprésent, il ne tourne pas en dérision les événements graves du roman. Il met même leur gravité en évidence. Certains personnages évoluent, et découvrent douloureusement que leurs semblables peuvent être méchants, égoïstes et injustes. À un moment, l'auteur explique que l'un de ses personnages fait une erreur, et récapitule toutes ses erreurs passées. Il en profite pour expliquer que pour certaines personnes, l'adage comme quoi on tire des leçons de ses erreurs ne s'appliquent pas. Il a raison. Combien connaissons-nous de personnes qui ne se remettent pas en question, n'apprennent pas de leurs erreurs, et n'ont même pas conscience qu'elles en font? Ici, Niccolo Ammaniti crée un personnage dont les erreurs finiront par être nuisibles...

Les événements du roman sont une espèce de parcours initiatique pour Pietro. Lui aussi fait des erreurs, mais il finit par tirer une leçon, et par comprendre comment tirer le positif d'une situation négative.

Flora éveillera la compassion du lecteur pour plusieurs raisons que vous découvrirez en lisant le roman. Elle finit par être bénéfique (au moins à deux personnages) de plusieurs manières... C'est elle qui énonce une phrase assez dure, mais qui, malheureusement, s'applique à bien plus de situations qu'il ne le faudrait (et pas seulement à la sienne et à celle de Pietro): «Les promesses sont faites pour ne pas être tenues.»

Un roman à la fois grave et drôle, dur et tendre, profond sous une légèreté apparente.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice. La connaissant sur des livres plutôt sobres, j'ai eu peur qu'elle ne parvienne pas à s'adapter à la truculence de Niccolo Ammaniti. Mes craintes ont vite été dissipées. Elle met le ton approprié, sa lecture est vivante sans surjeu... Je n'aurais pas dû m'inquiéter, sachant qu'elle a enregistré des livres écrits dans des styles parfois étranges (par exemple, «Liberté dans la montagne», de Marc Graciano, que je n'ai pas pu finir) et qu'elle s'en est toujours très bien sortie.

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