La chambre silencieuse

L'ouvrage:
Le péril est parti pour un temps. Tora pense que tout ira mieux, maintenant. Mais il y a des conséquences à ce départ. D'abord, Ingrid se drape dans une dignité offensée, et décide de ne plus voir sa soeur. Et puis, Tora ne peut oublier le péril...

Critique:
Le tome 2 commence juste où s'arrête le tome 1. On retrouve les personnages et le style si particulier, si prenant d'Herbjørg Wassmo avec plaisir, malgré toute la douleur exprimée dans ces pages.

Quelques lueurs d'espoir jalonnent le roman. Le lecteur veut croire que Tora aura assez de force morale pour s'en sortir. Il veut croire que grâce au soutien de personnages comme Rakel et Simon (la dispute ne dure pas, grâce à Rakel). En outre, Tora prend quelque peu confiance en elle. Elle parvient à endiguer l'angoisse du péril. Elle fait des choses de son âge... Elle fait face, au même titre que les autres, à la tempête qui balaie l'île. Elle arrive même à exprimer sa révolte lorsqu'elle apprend que le péril va revenir. Bien sûr, elle a trop honte, trop mal pour raconter son secret, mais elle ne se résigne pas, elle tente de se battre.
Mais on dirait que la vie s'acharne contre elle. Même lorsqu'une échappatoire lui est présentée, même lorsque c'est elle qui a la possibilité de fuir le péril, il la poursuivra, trouvant le moyen de la souiller, de la blesser, de l'humilier, avant son départ, et de la marquer encore plus sûrement qu'avant.
Le schéma se reproduit après le départ de Tora.

Lorsque Tora va étudier à Briland, il est intéressant de voir comment elle s'intègre à ses camarades. Le contraste entre Tora et ses camarades, entre les aspirations de ceux-ci et le quotidien de celle-là est déroutant. Tora, doublement marquée par une vie pauvre et une blessure indicible, est si différente à cause de ce qu'elle a vécu et de la mentalité de sa mère.
Ce deuxième tome conduit Tora plus loin dans l'horreur, la force à grandir encore plus vite, à assumer quelque chose qui la dépasse, à se brider...

Là encore, certains actes ne pourraient être compris sans que le lecteur connût la pensée de Tora. L'acte le plus ironique est celui qui arrive à l'église après que le pasteur l'a sommée de sortir. Le lecteur ne peut s'empêcher de rire après, lorsque Tora fait pipi dans...

Cette scène, la bigoterie ridicule d'Élisife, la bêtise du pasteur, et d'autres choses, montrent un mépris profond de l'auteur pour la religion créée par les hommes.

Rakel, autre fort personnage du roman, évolue également. Elle aussi doit faire face à un coup du destin. Le lecteur ne peut que la plaindre et la comprendre, d'autant que cette épreuve l'éloigne de Simon qui l'assume et la comprend mal.
D'une manière générale, Herbjørg Wassmo est un auteur sombre. Outre cette histoire où les personnages doivent sans cesse lutter, certaines pensées de Tora quant à la justice sont impitoyables, et malheureusement, si vraies. On déplore le cynisme d'Herbjørg Wassmo, surtout appliqué à une enfant aussi jeune que Tora, mais force nous est de reconnaître qu'elle a raison.

Habituellement, je n'aime pas ces romans trop sombres, où l'espoir est ténu voire impossible, où on ne s'en sort pas. Mais outre la si belle écriture de l'auteur, ses personnages sont admirables. Ils se battent, ne renoncent pas, et parfois, obtiennent de minuscules victoires.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Là encore, Martine Moinat a très bien interprété ce roman.

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