Toute la beauté du monde n'a pas disparu

L'ouvrage:
Ingrid, environ dix-sept ans, doit passer trois semaines en camp de vacances, cet été-là. Cela ne l'enchante guère, mais sa mère y tient. La voilà donc embarquée dans un groupe d'adolescents ayant vécu quelque chose de douloureux, voire de traumatisant. Encadrés par deux moniteurs, les jeunes gens doivent faire de la randonnée, apprendre à se débrouiller dans la nature, et exprimer leur mal-être lorsque quelque chose ne va pas. Si Ingrid écoute les autres, elle ne tient pas à se dévoiler.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Danielle Younge-Ullman alterne les chapitres racontant le présent d'Ingrid et ceux narrant son passé. En général, je n'aime pas trop cette structure, mais ici, elle ne m'a pas du tout gênée. Je me rends compte que je dis cela dans de plus en plus de chroniques: je vais peut-être finir par apprécier ce procédé, à force de tomber sur des auteurs qui l'emploient correctement.

Ingrid a très vite attiré ma compassion. D'abord, elle est ici contre son gré. On dirait que c'est une punition. Ensuite, elle a vécu des moments difficiles. D'un autre côté, je n'ai pas apprécié sa mère, Margot-Sophia. J'ai compris qu'elle ne souhaite pas revenir sur le malheur qui l'a frappée, et qu'elle refuse de tenter d'améliorer les choses, de peur d'espérer pour rien. Cependant, je l'ai trouvée injuste envers Ingrid et Andreas, et également trop prompte à s'apitoyer sur son sort. Elle n'a jamais été une vraie mère pour sa fille. Celle-ci a dû, très jeune, s'occuper d'elle-même et de Margot-Sophia... Si la narratrice tarde à se dévoiler à ses camarades (et encore, seul Tavic connaîtra une partie de son histoire), le lecteur obtient des éléments à mesure de l'avancée du récit. Moi qui me demande toujours ce que j'aurais fait dans telle situation à la place du personnage principal, je n'ai pas souvent désapprouvé Ingrid. Il y a juste un point sur lequel elle m'a paru trop dure, mais sa réaction était compréhensible.

J'ai bien aimé ceux qui font partie du groupe de campeurs, sauf une personne. En outre, les deux moniteurs m'ont parfois agacée... Ils semblaient trop formatés par la «mission» du camp. Certes, ils avaient des raisons d'agir comme ils le faisaient... À leur décharge, tous les deux sont à la hauteur lorsque les choses prennent une vilaine tournure.

Mélissa, l'une des adolescents, est très discrète. Au début, elle est même effacée. Ensuite, elle a le courage de faire ce qu'il faut (lors de la vilaine tournure des choses dont je parle ci-dessus), et a la force de reconnaître ce qui la tourmente le plus, et ce dont elle a peur de ne pas pouvoir se débarrasser. Elle parle peu, mais tout ce qu'elle dit est très intéressant.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. Ingrid nous conte tout d'une plume alerte et caustique. En effet, elle n'oublie pas l'humour. Parfois, elle nous fait même rire à ses dépens, par exemple, lorsqu'elle compte les moustiques écrasés, puis cesse tant il y en a, ou qu'elle explique que le repas des campeurs se compose... d'insectes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.
Je connais peu Phoebe Strole, mais j'apprécie beaucoup son jeu. Son intonation est toujours adéquate. Qu'il s'agisse d'humour grinçant, de colère, de désarroi, de peur, la comédienne fait preuve d'un grand talent. En outre, elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les rôles masculins. J'ai été un peu déçue qu'elle prenne un accent pour Andreas, mais elle n'en fait pas trop, donc cela n'est pas gênant.

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