Tokyo

L'ouvrage:
Gray débarque à Tokyo. Voilà plus de neuf ans qu'elle cherche une réponse. Le livre et le film qui tombèrent un jour entre ses mains, les a-t-elle rêvés? On le lui a si souvent répété qu'elle ne sait plus quoi penser. Elle sait qui peut lui dire la vérité. Ce livre et ce film évoquaient les horreurs que les japonais firent aux habitants de la ville de Nanking, en 1937.

Critique:
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Il me semblait qu'il était un peu lent à démarrer. Cependant, maintenant que je l'ai terminé, je pense que ce que je trouvais lent était nécessaire. L'auteur prend quelque peu son temps, au début, mais cela permet au lecteur de découvrir Gray. Sous son air perdu, malgré la façon pitoyable dont on l'a élevée, la jeune fille brave la vie, et veut désespérément croire en elle-même. Elle fléchit, mais ne se brise pas. Parfois, elle se fourvoie, baisse sa garde, tente de prendre une autre direction... Outre le charisme de Gray, c'est un personnage cohérent. Persévérante, passionnée, et attachante, elle forcera l'admiration du lecteur. Ce n'est vraiment qu'à la fin qu'on comprend toute l'importance de sa quête, et de cette phrase qu'elle répète sans cesse, à laquelle elle se raccroche comme si son équilibre mental en dépendait.
Les autres personnages créés par la romancière ne laisseront pas le lecteur indifférent. Qu'on les apprécie ou pas, qu'on les comprenne ou pas, leur excessivité (qu'elle soit bénéfique ou destructrice) touchera le lecteur.

Comme d'habitude, l'intrigue est parfaitement maîtrisée. Elle alterne le journal du professeur chinois et le récit de Gray. J'ai aimé cette polyphonie qui aide le lecteur à mieux comprendre les personnages. D'autre part, un changement de point de vue donne davantage de rythme. La romancière pousse le perfectionnisme jusqu'à faire correspondre les deux époques: les deux histoires se passent en hiver, ce qui accentue le jeu de miroir dont sont «victimes» Gray et le professeur. Entremêlant superstitions et rationalité en un inextricable écheveau dont lecteurs et protagonistes ne sortiront pas indemnes (on louvoie entre horreur et amour), Mo Hayder déploie une palette d'émotions à un rythme effréné (surtout après le premier tiers du roman).

Ce roman est un rappel de ce qui se passa en 1937, à Nanking. L'écrivain s'est documentée, et à partir de ce qu'elle a lu, a créé une fiction autour de faits qui auraient eu leur place dans les horreurs qui furent perpétrées. Je n'avais aucune idée de l'existence de ce pan de l'histoire. J'ai du mal à comprendre comment l'homme peut se montrer d'une telle barbarie envers son semblable. La griserie du pouvoir est sûrement à l'origine de ce genre d'atrocités.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Pierre Schamber pour l'association Valentin Haüy.
Encore une fois, j'ai été ravie d'entendre ce lecteur à la lecture fluide et exempte de surjeu.

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