The Year

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ville d'Angelle, petit village de Louisiane, 1957.
Vivian Leigh Dubois (qui tient son prénom de l'identité de l'actrice qui interpréta Scarlett O'Hara), est une fillette curieuse, avide de lecture, voulant toujours comprendre ce qui se passe autour d'elle. Cette année-là, elle sera confrontée à la remise en question de sa petite vie tranquille. D'abord, la soeur de sa mère, DC, est enceinte, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle, puisqu'elle a déjà trois enfants, et n'est pas très jeune.
Ensuite, à partir de la rentrée de septembre, les cours de l'école catholique Holly Rosary (où vont Vivian Leigh et sa petite soeur, Mavis), seront dispensés par des nones noires.

Critique:
Ce livre est un coup de coeur. Je n'ai rien à lui reprocher.
D'abord, Jacqueline Guidry montre, par des remarques des protagonistes, comment c'était, à l'époque. Le racisme n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. À l'époque, on l'était sans le savoir, on croyait réellement qu'il y avait une séparation due à la couleur. Il est intéressant de voir comment des gens qui réfléchissent prennent cela. Hazel, la mère de Vivian Leigh, est plus encline à prôner la tolérance, mais elle aussi a ses limites. Par exemple, elle ne souhaite pas mettre de barrières entre Aussie (la bonne noire) et elle, mais les événements et les remarques butées de Floyd (son mari), font qu'elle suit parfois la route que lui trace la société.

Vivian Leigh est une passerelle. Elle réfléchit, et même si elle est naturellement pour les séparations, on voit bien qu'elle ne fait que répéter ce qu'elle entend. Au début, elle n'y réfléchit pas trop: les adultes disent ceci, elle l'assimile et le répète. Mais l'enseignement qu'elle reçoit, allié à sa réflexion, et au choc qu'est pour elle la découverte des verres jaunes et de ce que cela implique (vous verrez cela en lisant le roman), font qu'elle n'est plus très sûre. Elle se débat entre les dires parfois contradictoires de ses parents et ses propres observations. Elle comprend confusément que la société dicte quelque chose qui n'est pas forcément vrai, et qui, en outre, est un flagrant manque de respect de l'autre, et de tolérance. Les événements la forcent à reconsidérer certaines choses, à se poser des questions compliquées.
L'auteur réussit un tour de force, car il est inévitable que le lecteur s'attache à la primesautière Vivian Leigh, mais il a du mal à accepter ses remarques racistes. À travers ce personnage intelligent et avide de connaissance, on comprend mieux comment un esprit peut se fourvoyer dans un raisonnement erroné.

Mavis fait longtemps fi de toutes ces considérations. Malgré les objurgations de son père, elle ne voit en Marydale (la fille d'Aussie) que sa meilleure amie. Elle ne voit que le bonheur qu'elle a à bien s'entendre et à jouer avec un autre être humain. Heureusement, il y a des gens qui pensent comme Mavis, des gens qui comprennent qu'être ami ou pas dépend de l'entente et non de la couleur de peau. Mais ce n'est qu'une enfant, et comme le souligne Vivian Leigh, «quand on est enfant, être courageux est presque impossible alors que personne d'autre ne l'est».

Jacqueline Guidry parvient à merveille à entrer dans la peau d'une enfant. À la fois précoce et candide, passionnée et parfois tranchée, pleine de gaieté et fine observatrice, Vivian Leigh nous entraîne dans l'histoire de sa famille et dans celle des États-Unis. Cette année est le parcours initiatique de la fillette.
Pour bien apprécier cette histoire, il faut impérativement entrer dans la famille Dubois. En effet, si l'Histoire est omniprésente, on est très souvent centré sur la vie de cette famille. Cela m'a beaucoup plu, mais ceux qui ne chercheraient que l'Histoire seraient déçus. Étant complètement entrée dans la famille, j'ai adoré, par exemple, lire les scènes anodines de disputes entre Mavis et Vivian Leigh: les deux enfants ayant de la repartie, leurs dialogues sont savoureux. J'ai également aimé les confrontations des différents points de vue de Floyd et Hazel, que ce soit à propos de la couleur de la peau ou du comportement d'Everett, le mari de DC. J'ai respiré au rythme des lectures de notre héroïne, appréciant ses avis assez abrupts, mais non dénués de pertinence, et surtout son adoration un peu naïve pour «Jane Eyre».
Cette histoire sur fond d'Histoire rappelle «Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur», que je n'ai justement pas pu finir parce que je n'arrivais pas à entrer dans l'intrigue. Les personnages et leur vie n'ont pas su m'attirer et me charmer comme le fit le récit de Vivian Leigh. Comme le roman d'Harper Lee, celui-ci est raconté du point de vue d'une enfant qui évoque beaucoup sa vie familiale. Il y a sûrement un clin d'oeil plus terre-à-terre: les deux héroïnes ayant un prénom composé, et celui de de Vivian Leigh rappelant le nom de Harper Lee: la prononciation étant la même en dépit de l'orthographe.

Je regrette un peu que l'épilogue ne soit pas plus détaillé. J'aurais aimé que la narratrice en dise davantage sur sa famille, sur ce qui leur arriva ensuite.

Si Floyd semble être un raciste primaire, on ne peut vraiment lui en vouloir. Malheureusement, il ne fait que suivre l'air du temps. Il devait y avoir beaucoup de gens comme ça... L'auteur parvient même à faire rire du racisme de Floyd lors du pari qu'il fait avec sa femme, et dont la narratrice sera l'arbitre. Cette scène est à la fois grave et drôle. Nombre de scènes de ce livre sont intéressantes, faisant passer beaucoup de choses à travers la vie de la famille et les remarques des uns et des autres.

Je trouve extrêmement regrettable que cet ouvrage n'ait pas été traduit en français.

Remarque annexe:
C'est en août 1957 qu'arrivent les événements de Little Rock. La famille Dubois en parle donc. J'ai dû aller rechercher mes cours d'histoire américaine, car je ne m'en souvenais que très vaguement. Même si on comprend certaines choses grâce aux explications de notre héroïne, l'auteur aurait peut-être dû trouver un moyen pour rappeler brièvement ce qui s'est passé. Je ne suis pas vraiment sûre que tout le monde sache tout de suite de quoi il s'agit, même si cela marqua l'Histoire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.
Il n'est pas aisé d'interpréter ce roman en prenant des voix et des accents différents pour chaque protagonistes. C'est la porte ouverte au surjeu. Comme d'habitude, Julia Gibson montre tout son talent en prenant voix et accents sans que cela fasse affecté. Cela renforce même l'image qu'on se fait des personnages. Son interprétation est donc positive, comme d'habitude.