L'ouvrage:
27 décembre au soir. Rose (adolescente) quitte Las Vegas pour San Diego. Peu de temps après son départ, sa voiture s'arrête, et ne veut plus redémarrer. Alors qu'elle se demande quoi faire, elle entend, à la radio, le dernier message que son amie, Gabby, a laissé sur son répondeur, un an auparavant. Rose veut comprendre ce phénomène. Dans le village où l'a arrêtée sa voiture, elle rencontre d'abord une étrange jeune fille. Elle apprend rapidement qu'elle n'a pas échoué ici par hasard.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Au départ, j'ai eu un peu de mal à concilier le réalisme de ce dont souffre Rose et les raisons pour lesquelles elle en souffre avec l'aspect fantastique du roman. Je me disais que l'autrice allait s'emmêler dans son intrigue. Heureusement, elle n'en a rien fait, et les deux aspects cohabitent. L'important est que Rebecca Mahoney soit parvenue à mener la narratrice vers la compréhension et l'acceptation d'elle-même. Plusieurs livres évoquent des personnes en deuil culpabilisant, et en voulant à d'autres qu'elles considèrent comme responsables. En général, les auteurs expriment bien cette douleur et ses conséquences. Rebecca Mahoney le fait bien, elle aussi, et apporte une autre dimension à cela. Elle creuse les choses, explore le ressenti de Rose, tout en le confrontant à celui d'habitants du village. J'ai apprécié ce que l'héroïne finit par comprendre, car c'est une image très parlante à laquelle chacun pourra penser dans cette situation. En expliquant cela ainsi, Rebecca Mahoney va plus loin que ceux qui disent qu'il faut profiter des bonnes choses et ne pas s'attarder sur les mauvaises. Elle montre comment cela peut faire mal. Bien sûr, cela n'en rend pas le travail sur soi moins difficile, mais peut-être que cela permet un accompagnement plus concret. Paradoxalement, j'ai trouvé que l'aspect fantastique aidait à mieux percevoir les choses, et à rendre l'image plu précise et forte. Pourtant, au début, je peinais à accepter ce côté.

Les personnages sont attachants. Ceux qui agissent étrangement ou se montrent hostiles ne m'ont pas déplu, parce qu'ils s'expliquent, et sont complexes.

Certaines professions souffrent malheureusement d'idées reçues qui sont colportées, notamment à travers les livres. J'ai donc été ravie que Rebecca Mahoney s'écarte ostensiblement de ce chemin concernant Maurice, le psychologue de Rose. Malheureusement, dans beaucoup de romans, on voit des psychologues ou des psychiatres qui font n'importe quoi. Maurice n'est pas du tout comme ça. Son écoute, ses conseils, le fait qu'il ne s'enferme pas dans une tour d'ivoire, tout cela aide l'adolescente.

Mention spéciale à Sammy qu'on voit peu, mais qui, avec ses rires et sa gentillesse, fait partie de ceux qui aident l'héroïne à avancer.

Comme souvent, j'aurais aimé un ou deux chapitres supplémentaires. Je sais que Rose va parler à sa mère, à Maurice (elle précise même qu'elle aura beaucoup à dire), peut-être aussi à Flora. Je sais également en grande partie ce qu'elle va dire. Cependant, j'aurais aimé lire certaines choses à ce sujet... Peut-être n'avais-je pas envie de quitter les personnages.

Rebecca Mahoney n'oublie pas l'humour. Dans ce contexte tendu, elle parvient très bien à en insérer de petites pincées. Il y a une partie du coup de fil de la jeune fille chez elle, coup de fil lors duquel elle parle à Sammy. Autre exemple: Alex et Félix. Ils sont souvent synonymes de détente, même s'ils sont autant touchés que les autres par ce qui arrive au village.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Phoebe Strole pour les éditions Listening Library.

Comme je m'y attendais, Phoebe Strole n'a pas démérité. Son jeu est toujours aussi bon: ni exagéré ni trop sobre.