The language of secrets

L'ouvrage:
Justin et Amy sont mariés, ils ont un enfant. Amy est très proche de ses parents. Elle souhaite que Justin reprenne contact avec ses propres parents, qu'il n'a pas vus depuis longtemps. Lorsqu'il se rend chez eux, il découvre qu'ils sont morts. Ses soeurs ne l'avaient averti de rien. Il se rend chez sa soeur, Lyssa, qui ne le reconnaît pas, et lui claque la porte au nez. Il va alors au cimetière. Près des tombes de ses parents, il découvre... la sienne. Il serait mort à l'âge de trois ans.

Critique:
Dianne Dixon a fait un pari risqué: elle attire le lecteur avec cet énigmatique début, il faut absolument que le reste soit à la hauteur. Pour moi, il l'est, même s'il y a peut-être des choses un peu grosses.

Petit à petit, l'énigme est dévoilée. Pendant ma lecture, je pensais que certaines choses ne pouvaient pas s'expliquer, que la romancière allait fatalement être prise en défaut, tomber dans le piège créé par son début prometteur. Pourtant, à mesure de ma lecture, je trouvais qu'elle emboîtait bien les pièces de son puzzle. Quant à ce qui pourrait être discutable... il est un peu étrange que les souvenirs les plus prégnants de Justin soient ceux datant de l'époque où il avait trois ans. Cependant, l'auteur explique très bien cela en exposant la psychologie de Justin et par les moyens dont il disposait pour préserver cette part de lui-même. En outre, il n'a gardé que des souvenirs très généraux. Ce qui est un peu plus difficile à concevoir, c'est que Justin ait totalement oublié des pans entiers de sa vie. C'est expliqué, mais là, je n'arrive pas à savoir si c'est possible ou si l'auteur exagère. Je pense que cela pourrait être possible dans une certaine mesure, mais à ce point...
D'autre part, je suis un peu dubitative quant au fait qu'on puisse adopter un enfant si rapidement... Bien sûr, je ne sais pas ce qu'était la loi à l'époque, et je suppose que Dianne Dixon s'est documentée.

Je regrette que les protagonistes finissent par ne pas tout savoir. Le lecteur sait tout, mais j'aurais bien voulu que certains (surtout Justin et ses soeurs) sachent tout.

Je me doutais de ce qu'on apprend à la toute fin, mais mon doute a été renforcé au moment où Robert se remémore sa rencontre avec Mitch. Ce paramètre serait, lui aussi, sujet à discussion sur ce qui a fait agir les personnages en général et en particulier ce jour-là...

La romancière a usé d'une structure que je n'aime pas trop mais qui, ici, est pertinente. Elle alterne le présent de Justin et son passé. Bien sûr, cela a pour effet de faire durer le suspense, mais ce livre ne souffrant pas de temps morts, ce n'est pas important. Par ailleurs, je pense que les choses arrivent à point nommé à chaque fois. Je n'ai pas eu l'impression que l'auteur retardait certaines révélations à dessein, ce qui veut dire qu'elle a construit intelligemment son roman. Nous découvrons donc ce qui est arrivé dans la vie de Caroline et Robert Fisher, les parents de Justin. Et là, les choses se compliquent. Il n'est pas aimé au lecteur de dire qu'untel ou unetelle a davantage de circonstances atténuantes, etc. Pour ma part, je pense qu'au départ, Robert et Caroline ont fait de mauvais choix. Ensuite, l'un d'eux s'est laissé entraîner à l'inconséquence, ce qui a été le début de leur calvaire. Mais par la suite, j'ai trouvé que plus ils agissaient, plus ils se trompaient. Pour moi, toutes leurs décisions ont été mauvaises. Caroline tente de se dédouaner en disant qu'elle n'avait pas d'autres solutions et en s'apitoyant sur son sort. Il est vrai qu'il est impossible de vivre avec ce qu'elle a subi, mais il n'était pas vraiment intelligent de choisir ce qu'elle a choisi. Certes, je suis dure parce que je sais ce qu'elle aurait dû avoir le culot de faire. La question est: l'aurais-je eu à sa place? Elle a tout de même jeté une bouteille à la mer, mais là encore, elle aurait dû savoir qu'elle n'atteindrait peut-être pas son but. Ma réprobation quant à Caroline se teinte d'un peu de compassion, car outre qu'il fallait du courage pour faire ce que j'aurais souhaité qu'elle fasse, nous étions à une époque (même si elle n'est pas si lointaine) où les choses n'étaient pas si simples qu'elles l'auraient été maintenant.

Quant à Robert, il ne sait que se plaindre et faire payer ses mauvais choix à sa femme. À l'instar de Caroline, il n'a pas eu le courage d'agir autrement, et de garder sa liberté, et il ne l'assume pas. C'est renforcé par ce qui arrive ensuite. Et là, Robert s'enferre dans une spirale. Bien sûr, lui aussi souffre, mais je n'ai pas vraiment eu de compassion pour lui.

Au sujet de Robert et Caroline, il n'y a pas une seule façon de voir. Je pense que certains lecteurs seront moins sévères que moi, car tel ou tel aspect de la situation comptera davantage à leurs yeux.

Au long du roman, il m'a semblé qu'Amy n'était pas toujours compréhensive. Bien sûr, elle réfléchit, et finit par comprendre certaines choses, mais il semble qu'elle ne mesure pas la portée du séisme qui secoue la vie de son mari. La communication entre Justin et Amy finit quand même par être plus aisée qu'entre les parents de Justin. J'ai bien aimé ce qu'Amy dit, vers la fin. En substance, on peut regretter ce qui n'a pas été et ce qui a été à la place, mais on ne sait pas comment les choses se seraient passées si elles étaient restées telles qu'on l'aurait voulu. Ce n'est pas toujours vrai, mais dans le cas de Justin, ça l'est. Même avec les paramètres qu'il a (il ne sait pas tout), il peut penser que sa vie n'aurait peut-être pas été si heureuse si on ne la lui avait pas arrachée. Je pense notamment à un personnage qui aurait pu finir par le persécuter...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.