Standard deviation

L'ouvrage:
Voilà treize ans que Graham Cavanaugh a divorcé d'Elspeth pour épouser Audra, bien plus jeune que lui. Audra est très sociable, spontanée, veut toujours aider les autres... Elle souhaite même être amie avec Elspeth...

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Katherine Heiny nous montre que tout est toujours en mouvement. Une situation n'est jamais acquise. Avec ses personnages (surtout avec Audra), rien n'arrive comme on pourrait le penser.

Matthew, le fils de Graham et Audra (dix ans) a une forme d'Asperger. Il a une sorte d'obsession pour l'origami. Les membres du club auquel il est inscrit font rire. Clayton est sûrement celui que Graham a le plus de mal à supporter. Il semble n'exister que pour l'origami.
D'autre part, Graham développe (surtout pour le lecteur) une théorie selon laquelle les parents des Asperger ont eux-mêmes ce syndrome, mais à plus petite échelle. C'est assez cocasse.

Beaucoup d'autres moments amusants (parfois improbables) sont exposés. Par exemple, le petit ami d'Elspeth qui met cinq minutes à prononcer une courte phrase parce que son accent anglais est exagérément traînant, ou encore Olilia (la secrétaire de Graham) qui ne connaît pas grand-chose à la vie, et qui, émerveillée, découvre qu'il existe un appareil pour faire cuire le riz, que les valises excédant vingt-cinq kilos sont taxées, et beaucoup d'autres choses.

Au milieu de ces loufoqueries, Graham passe par plusiurs stades, dont certains le dépriment. Il m'a semblé que l'auteur décrivait habilement cet état où on voit la vie continuer, les autres s'agiter autour de soi, où on se sent mal, et où on parvient quand même à donner le change. Katherine Heiny maîtrise autant la drôlerie que la gravité.

Ce livre a de très nombreuses qualités, comme je l'ai dit ci-dessus. Heureusement, car l'un des personnages principaux m'a exaspérée. C'est Audra. Je ne sais toujours pas ce que Graham lui trouve. Son pire défaut est sûrement sa fausse sollicitude envers les gens. Certes, elle est très sociable et est capable de proposer à de parfaits inconnus de venir dormir ou manger chez elle s'ils semblent en avoir besoin, mais tout ce qu'elle fait, elle le fait par intérêt. Elle reproche à Graham de ne pas être sociable avec les voisins, arguant que par sa faute, il lui est plus difficile, ensuite, de leur demander de l'aide pour ceci ou cela. Elle se met en avant, ne cesse de parler, souvent pour raconter d'extravagantes anecdotes, pour se mettre en scène, être regardée... Elle évoque sa meilleure amie, Lorelei, devant des inconnus sans leur dire qui c'est. À un moment, un ami de Matthew doit venir passer quelques jours chez les Cavanaugh avec son grand-père. Audra s'inquiète tout de suite: et s'il arrivait quelque chose au grand-père pendant le séjour? Elle ne veut surtout pas avoir à l'emmener à l'hôpital, ou à le supporter plusieurs mois chez elle, invalide... C'est compréhensible, mais elle le tourne de manière à ce qu'on ne voie pas qu'elle éprouverait de la compassion dans l'éventualité où il arriverait quelque chose.
Lorsque Matthew se réjouit d'aller à un week-end où il rencontrera des origamistes reconnus, Audra rechigne à y aller, arguant qu'elle va s'ennuyer. L'intérêt de son fils devrait passer avant tout, surtout que ce n'est qu'un week-end, et qu'à côté de cela, elle veut inviter tout un tas de gens qui ne lui sont rien à fêter Thanksgiving.
Certaines choses sont censées faire rire chez Audra, par exemple, le fait qu'elle peut dire absolument n'importe quoi sans être gênée. À un moment, Graham et elle vont à un mariage, et elle explique (assez fort pour que ceux qui sont près d'elle l'entendent) qu'elle ne sait pas grand-chose de la mariée, sauf qu'elle mouille beaucoup pendant l'amour...
J'ai compris ce qu'a voulu faire la romancière avec ce personnage haut en couleur, mais je n'ai pas adhéré. J'attendais que la vie donne une bonne leçon à Audra, mais est-elle capable d'évoluer? Je connais des adolescents de quatorze ans plus matures qu'elle...

Cette aversion pour Audra n'a absolument pas gâché ma lecture. C'est un tour de force de l'auteur, car lorsqu'un personnage principal m'énerve, ma lecture est gâchée. Je pense même que ce roman (même s'il a une fin) appelle une suite. Je suis sûre qu'il y a de la matière. Peut-être que dans la suite, Audra serait enfin réellement remise à sa place... plusieurs fois...! ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Penguin Random House Audio.
Cassandra Campbell a très bien interprété ce roman. Il aurait été facile de surjouer en beaucoup d'occasions, ce qu'elle n'a pas fait. Elle a modifié sa voix pour Audra: je pense que c'était pertinent. Il fallait une voix qui aille à ce personnage tapageur. En revanche, je n'ai pas compris pourquoi elle faisait une voix presque identique à Matthew (qui a dix ans) et à Graham.