Somewhere out there

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
1980. Jennifer Walker, vingt ans, vit dans sa voiture avec ses deux filles: Brooke (quatre ans) et Natalie (six mois). Elle mendie et vole pour assurer leur subsistance. Un soir, elle se fait prendre une fois de trop à voler dans un magasin et est condamnée à de la prison. L'une des charges retenues contre elle est «mise en danger d'enfants». Gina, une assistante sociale à qui elle a déjà eu affaire, la convainc de céder ses droits parentaux afin que ses filles puissent être adoptées par des familles qui peuvent s'en occuper.

2015. Natalie Clark souhaite en savoir plus sur sa mère biologique. Elle entreprend donc des recherches.

Critique:
Amy Hatvany aborde certains thèmes avec finesse. Par exemple, elle montre qu'un être qui a souffert aura du mal à mener une vie normale. On sait cela, et parfois, on a envie de secouer certaines personnes, parce que chacun a des soucis dans la vie. Bien sûr, certains plus que d'autres. L'auteur donne un autre paramètre qu'il faut prendre en compte: le caractère de la personne. Ici, j'ai mis en regard les situations et l'attitude de Brooke et de Jennifer. J'ai souvent été agacée par Jennifer au cours de ma lecture. Elle vit des épreuves, mais il semble qu'elle ne sache jamais les gérer. Au début, elle mendie et vole, mais ne parle jamais de chercher un travail, ce qu'elle aurait dû faire dès qu'elle a été mise dehors par son compagnon. Ensuite, elle n'apprend pas vraiment de ses erreurs, puisqu'après que sa mère lui a donné un peu d'argent, elle passe quatre ou cinq jours à l'hôtel à déprimer. On me dira que je suis injuste, car Jennifer se sent rejetée de toutes parts, à ce moment-là, et ne peut même pas espérer revoir ses enfants... Je comprends cet argument, mais ce n'est pas en se lamentant dans son coin qu'on obtient quelque chose. On me dira que la jeune femme n'avait pas la force de se prendre en main, mais c'est justement ce qui la tire vers le bas... J'ai été agacée que tout au long de sa vie, elle ne veuille pas comprendre cela. Même après ce qu'elle a vécu, même à cinquante-cinq ans, on a l'impression qu'elle ne sait que s'enfermer dans une bulle de faux équilibre. Je ne suis pas d'accord avec celui qui lui dit qu'elle est forte, ayant réussi à construire sa vie, malgré les choses terribles par lesquelles elle est passée. J'éprouvais de la compassion pour elle, mais j'avais aussi envie de la secouer. Il ne faut d'ailleurs pas perdre de vue qu'elle a construit son équilibre précaire grâce à la chance que lui a donnée Randy. C'est une bonne chose, certes, mais justement, tout le monde devrait pouvoir y avoir droit. Après, c'est à la personne de saisir cette chance ou pas. Parfois, je pensais (injustement, me dira-t-on) que Jennifer n'avait pas mérité cette chance.

À côté de cela, Brooke a vécu des choses assez dures, et n'a pas eu grand-monde pour l'aider. Elle s'est battue pour avoir une vie qui lui plaît, et n'a pas eu la chance de sa mère. Parfois, son attitude est pénible (voire détestable), mais je l'ai toujours excusée. Lorsqu'elle était enfant, personne ne lui a vraiment expliqué, personne n'a véritablement essayé de communiquer avec elle. Gina, l'assistante sociale, était plutôt sympathique, mais ne tentait pas de comprendre Brooke et de lui faire dire concrètement pourquoi elle agissait ainsi. Elle a dû se débrouiller seule. Même lorsqu'elle agit (que ce soit enfant ou adulte) d'une manière qui ne m'a pas forcément plu, je la comprenais et l'excusais, car les paramètres n'étaient pas les mêmes que ceux de Jennifer.

L'auteur explique très bien les motivations de ses personnages, ce qui fait qu'on les comprend, même si on n'est pas d'accord avec eux. Outre Jennifer, la mère (adoptive) de Natalie m'a agacée. Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir que ses actes auraient de telles répercussions, et elle était dans le ressenti davantage que dans le rationnel, mais je n'ai pas réussi à excuser son égoïsme. Je sais que je suis sévère envers elle et Jennifer, et qu'en plus, ces situations sont de celles dont on est incapable de dire comment on y ferait face. Mais je ne peux m'empêcher de désapprouver ces deux personnages.

Bien sûr, s'il en est une qui a encore moins d'excuses, et qu'il n'est pas facile de comprendre, même avec beaucoup d'ouverture d'esprit, c'est la mère de Jennifer. Il est intéressant de voir comme l'auteur montre différentes mères et leurs actes selon les situations dans lesquelles elles se trouvent et leur caractère.

J'aurais aimé un épilogue qui aurait précisé certaines choses. On se doute de la manière dont cela va tourner, mais il est au moins une chose dont j'aurais voulu avoir la certitude...

Ce livre m'a un peu rappelé «What was mine», d'Helen Klein Ross. On y parle d'enfants et de parents qui se cherchent, mais surtout, les deux romans ont été enregistrés à plusieurs voix. Dans les deux, on retrouve Cassandra Campbell et Rebekkah Ross. Enfin, dans «What was mine», avant d'être enlevée, Mia s'appelait Natalie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Simon and Schuster Audio.
Cassandra Campbell lit les chapitres narrés par Jennifer. Candace Thaxton lit ceux racontés du point de vue de Brooke, et Rebekkah Ross ceux du point de vue de Natalie.