Small great things

L'ouvrage:
Voilà vingt ans que Ruth Jefferson (quarante-quatre ans) est infirmière dans le service néonatal d'un hôpital du Connecticut. Un jour, les Bauer demandent que leur fils soit suivi par une autre infirmière qu'elle. Ils sont blancs, et détestent tous ceux qui ne le sont pas. Ruth est noire.
Les choses se compliquent lorsque le fils des Bauer est pris de difficultés respiratoires alors que Ruth est seule dans la nurserie. Elle n'a pas le droit de toucher l'enfant, mais peut-elle le laisser comme si de rien n'était?

Critique:
Je trouvais que Jodi Picoult s'essoufflait. J'ai été ravie de constater que «Small great things» était au niveau de mes préférés d'elle: «Sing you home», «Handle with care», «À l'intérieur».

Elle aborde avec finesse la question du racisme. Elle montre plusieurs facettes de la chose. Il y a d'abord Turk et Britney Bauer, racistes déclarés, qui ne comprennent pas qu'une personne ne se définit pas par la couleur de sa peau. Mais il y a d'autres formes de racisme plus sournoises: des préjugés fortement ancrés dans l'inconscient de beaucoup de monde. La jurée numéro 12, par exemple, assure qu'elle n'est pas raciste, mais ses réponses et son très bref recul lorsqu'Howard l'interroge inopinément en disent long. Puis il y a le racisme forgé par l'histoire, de mauvaises habitudes... Je suis sûrement très naïve, mais j'ignorais, par exemple, qu'un noir qui fait ses courses sera davantage «surveillé» qu'un blanc. L'auteur donne d'autres exemples, mais je ne vais pas tout dévoiler. Tout est ensuite résumé et décortiqué dans la plaidoirie de Kennedy, qui, à mon avis, serait à étudier dans les collèges et les lycées. Jodi Picoult ne parle pas de la discrimination positive qui, pour moi, est une autre forme de racisme. Pourquoi faire des quotas? Pourquoi ne pas, plutôt, être équitable (comme le souligne Kennedy) avec tous?
Mais il y a aussi des éléments que Ruth prend pour du racisme, et qui n'en sont peut-être pas. Je pense à la scène où elle s'approche d'une inconnue et où celle-ci protège son sac, presque par automatisme. Si un inconnu s'approche de moi, qu'il soit blanc, noir, jaune, qu'il ait une casserole sur la tête, une voix de canard ou très douce, peu m'importe: ce qui compte est que c'est un inconnu, et de ce fait, je protégerai automatiquement mon sac.

Chacun a différentes façons de réagir. L'auteur confronte le point de vue de Ruth et celui de sa soeur, Adissa. Je ne peux toujours pas dire laquelle s'en sort le mieux. Ruth a beau travailler, «jouer le jeu», ce n'est pas assez. J'en veux pour preuve l'attitude de ses collègues au moment du procès.

À un moment, est discutée la question de l'appellation. Faut-il dire «gens de couleur», «afro-américain», «noir»? Pour moi, la question ne se pose pas. On dit «blanc», pourquoi dirait-on autre chose que «noir»? Ruth préfère «de couleur». Il me semble que dire autre chose que «noir» est une manière d'aseptiser l'appellation, et à mon avis, c'est une certaine forme de racisme, parce qu'on ne met pas les blancs et les noirs au même niveau. C'est un peu comme dire «non-voyant» pour «aveugle». Pour moi, utiliser ce terme aseptisé renforce la différence. On me rétorquera que dans la bouche de certains, «jaune» (pour parler d'un Japonais ou d'un Chinois) est péjoratif. C'est vrai, et c'est dommage...

Le roman est traversé de notes humoristiques, notamment lorsque nous avons affaire à la famille de Kennedy. Par exemple, sa fille, Violet (quatre ans) est souvent source de rire. Certaines de ses remarques (celle au serveur indien, celle à Eddison) mettent mal à l'aise, mais montrent aussi comme il est difficile d'expliquer certaines choses à une enfant.

J'ai particulièrement apprécié Kennedy. Elle a une situation très convenable et le sait. Elle croit faire son métier au mieux, et s'aperçoit que ce n'est pas toujours le cas. Lorsque Ruth la rejette violemment, elle se remet en question.

Le livre est assez gros (comme tous les romans de Jodi Picoult), mais il ne traîne pas. Entre les anecdotes de Ruth concernant son travail, celles concernant sa famille, et celles de Kennedy, on se fait une bonne idée des personnages. J'ai moins aimé les flasbacks à propos de Turk, mais eux aussi aident le lecteur à avoir une bonne idée du personnage.

Ce livre soulève beaucoup de questions intéressantes. Heureusement, je suis loin d'avoir abordé tout ce qui y est évoqué.

Lorsqu'on regarde sur Audible, il est précisé que ce roman est le tome 1 d'une série. Je ne vois pas trop quelle suite Picoult pourrait apporter..

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio. La distribution est:
Audra McDonald: Ruth Jefferson
Cassandra Campbell: Kennedy McQuarrie
Ari Fliakos: Turk Bauwer

J'aime beaucoup Cassandra Campbell. Je trouve qu'elle est parfaitement entrée dans la peau du personnage de Kennedy.
Je ne connaissais pas les deux autres lecteurs. J'ai aimé leur interprétation. Je les entendrai à nouveau avec plaisir.