Sing you home

Note: À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Max et Zoé Baxter sont mariés depuis neuf ans. Ils ont essayé plusieurs fois d'avoir un enfant, en vain. Tous les deux ont des «problèmes de fertilité». Ils finissent par avoir recours à la fécondation in vitro. Après plusieurs tentatives, Zoé porte un enfant jusqu'à vingt-huit semaines. C'est là qu'elle accouche en catastrophe, d'un bébé mort-né.
Zoé veut tenter à nouveau sa chance, mais Max ne veut plus vivre cela.

Critique:
Il n'y a qu'un auteur comme Jodi Picoult qui pouvait prendre le temps d'écrire ce genre de livres. Comme elle le fait souvent, elle expose tous les points de vue, les analyse, les confronte, sans oublier de montrer que ce qui compte, d'abord, ce sont les sentiments des personnages. Ceux-ci manquent de se faire broyer par la société, par d'autres, par l'incompréhension et la bêtise, par les événements...
Ce livre est à lire. Il expose à merveille certains points importants. Comme elle le fait souvent, l'auteur écrit sur un fait de société, un sujet délicat: l'homosexualité. Malheureusement, je sais qu'elle n'exagère pas lorsqu'elle explique toute l'intolérance (qui, pour moi est signe de bêtise), que subissent les homosexuels. La majorité des gens ne les accepte pas, et ils ne savent même pas pourquoi ils trouvent cela mal. Comme le dit Vanessa (l'un des personnages du roman), il n'y a pas de problèmes lorsqu'un couple hétéro se donne en spectacle, s'embrassant fougueusement en public, mais que deux femmes se tiennent la main dans la rue, et on crie au scandale. Certains ont peur que ce soit contagieux! ;-)

Ensuite, l'auteur expose le point de vue de l'église. Je le connaissais, mais lire cela sous la plume de la romancière m'a quand même fait frémir. J'aime beaucoup tous ces gens sûrs d'eux qui affirment que l'homosexualité est un péché, et qui disent qu'ils ne jugent jamais personne, alors qu'ils frétillent à l'idée de ramener les pauvres pêcheurs dans le droit chemin. À mes yeux, un péché (même si je ne l'appelle pas comme ça), est quelque chose qui nuira à une ou à plusieurs personnes. C'est ici qu'est, je pense, l'erreur de l'église. Elle place l'homosexualité au rang de péché. À qui donc nuisent les homosexuels? L'un des arguments est qu'ils essaient de convertir le monde à l'homosexualité. À travers cet argument et d'autres, tous fallacieux, l'église applique ce qu'elle reproche aux homosexuels. C'est en effet elle qui tente d'endoctriner les gens, de gommer leurs différences, de les convertir à son dogme.
En général, quand il y a discussion sur un sujet, les deux points de vue se défendent, et chaque parti apporte des arguments. Ici, ce n'est pas le cas, car l'église fait le contraire de ce qu'elle prône. En outre, elle refuse d'accepter qu'on puisse penser différemment.
On me dira que tous les croyants ne sont pas tous comme le pasteur Lincoln, Pauline, etc, c'est vrai, du moins, je l'espère, car j'avoue n'avoir rencontré que des croyants intolérants à ce sujet. Mais je veux croire (justement) qu'ils ne sont pas tous ainsi, sinon, je ferais une généralité, j'appliquerais moi-même une forme d'intolérance. Ce n'est pas parce que je n'ai pas eu de chance, et que je n'ai rencontré que des pratiquants intolérants que toute personne croyante est ainsi.
Malheureusement, ce sont ceux qui ressemblent à ces personnages qui sont à la tête des églises, et qui essaient d'endoctriner les gens... comme dit Max, en les tuant en douceur. Je sais que la romancière n'exagère absolument pas, car j'ai moi-même été victime de tentatives d'endoctrinement en douceur.

J'ai bien aimé la lecture de la bible par Angéla Moretti, au procès. Elle décrédibilise ceux qui disent que l'homosexualité est considérée comme un péché par Dieu et la Bible.
À un moment du procès (comme dans beaucoup de romans de Picoult, il y a un procès), est abordée la question de la génétique. L'homosexualité est-elle inscrite dans les gènes? Si elle ne l'est pas,,, cela ne donnerait, à mon avis, aucun droit de rejeter une personne homosexuelle. Et si elle l'est (ce qui, apparemment, est le cas), cela réduit à néant un autre argument de l'église, comme quoi c'est un choix. Comme le dit Vanessa, dans le roman, pourquoi choisir d'avoir une vie beaucoup plus difficile? Pourquoi choisir d'être hué, montré du doigt, mis plus bas que terre? Pourquoi choisir de se mettre en danger d'être battu à mort?

J'aime beaucoup Vanessa. D'abord, la personnalité que lui a créée l'auteur me plaît. Ensuite, c'est elle qui exprime le mieux ce que je pense concernant la bêtise des réactions négatives quant à l'homosexualité. Elle fait surtout cela dans le premier passage où elle intervient, et lorsqu'elle suit Wade dans les toilettes des hommes.

Zoé décrit les différences qui existent entre ses deux mariages. Je n'ai pas trop aimé le fait que ce soit différent parce que la première fois, elle était avec un homme, et la seconde avec une femme. Elle explique, par exemple, que dans son mariage avec Vanessa, il n'y a pas de tâches prédéfinies pour telle ou telle: elles font ceci ou cela l'une ou l'autre. Elle dit aussi qu'elles discutent beaucoup, etc. Or, j'aurais aimé qu'elle dise que cela n'est pas inhérent au fait qu'elle soit mariée à une autre femme, mais que cela tient au caractère de Vanessa, et que ce qui se passait avant tenait à celui de Max. Ce n'est pas parce que les femmes sont plus enclines à discuter, et que la société les destine plutôt à certaines tâches, que cela est fait ainsi dans tous les couples hétérosexuels. Il y a des couples hétérosexuels où on fait les choses à deux ou indifféremment, où on en discute, etc. Et je suppose qu'il y a des couples homosexuels où les choses ne se font pas comme le décrit Zoé.

Zoé m'a d'ailleurs quelque peu agacée. Il y a d'abord une raison totalement subjective à cela: elle est obsédée par le fait d'avoir un enfant. Après son «accouchement», elle aurait été prête à recommencer, alors qu'elle courait un danger. Je comprends qu'on souhaite une chose ardemment, et qu'on veuille tout faire pour l'obtenir? Mais cela doit-il se faire au péril de sa propre vie? Lorsque Max refuse de continuer et expose ses raisons, Zoé l'accuse d'être jaloux sans se remettre en question.
Et puis, elle est trop parfaite, cette Zoé. Tout le monde l'aime, elle est gentille, elle veut aider les autres... je la trouve un peu niaise, parfois. Je pense que Vanessa et Dara ont davantage de personnalité, même si Dara est parfois un peu excentrique.

Le personnage de Max est très bien imaginé. Son but, dans la vie, c'est d'être aimé. Comme on ne l'aime pas pour ce qu'il est, il se perd dans l'alcool, et plus tard, se laisse très facilement endoctriner par le pasteur. Il est la proie idéale pour un orateur comme le pasteur Lincoln. On ne pourra qu'éprouver de la compassion pour Max. On ne pourra, tout au long du livre, qu'espérer qu'il finira par laisser son esprit critique (qui, parfois, pointe timidement le bout de son nez), prendre le dessus. Et on souhaite surtout qu'il finisse par trouver sa place, qu'il soit aimé pour lui, et pas parce qu'il s'efforce d'être comme certains le veulent.
J'ai très bien compris son sentiment lorsque Zoé a voulu tenter à nouveau d'avoir un enfant, principalement parce que Max voulait cela pour faire plaisir à celle qu'il aimait. Pour lui, ce n'était pas à ce point important. Ensuite parce qu'à mon avis, il avait raison quant à l'obsession de Zoé.

J'ai apprécié Lucy. J'ai très bien compris ses actes. J'avoue avoir admiré sa résistance quant à la thérapie de Zoé. Je trouve d'ailleurs que celle-ci a compliqué les choses. Lucy n'avait pas besoin de thérapie, elle avait besoin d'être aimée pour elle-même. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle est si en colère, lorsque Zoé recadre les choses.

Malgré l'épaisseur du livre, il n'y a pas de temps morts. En outre, le retournement de situation (il y en a même plusieurs qui s'enchaînent), n'est pas incongru. En revanche, c'est le fait que Vanessa et Zoé se soient mises ensemble assez vite qui peut paraître un peu bancal. On peut y trouver des explications satisfaisantes, mais c'est quand même un peu gros. De plus, à la toute fin, il y a quelques petits détails que le lecteur ignore... Bien sûr, ces détails ne pouvaient pas être rapportés par le personnage qui raconte la fin. Cependant, j'en ai été un peu frustrée.

Zoé exerce la thérapie par la musique. Je suis d'accord avec elle quant à ses vertus.
Dans la version audio du roman, il y a un plus. L'auteur et son amie (Ellen Wilber) ont écrit des chansons qui sont disséminées dans le roman. La version audio propose ces chansons chantées par Ellen Wilber. J'avoue ne pas les avoir appréciées, mais je trouve bien que l'auditeur puisse les entendre exactement comme les deux auteurs les ont créées et voulues.

Remarque annexe:
Vanessa et Zoé se demandent par quelle formule pourrait se terminer leur cérémonie de mariage. Ça ne peut pas être «Je vous déclare mari et femme», certes. Mais je ne comprends pas pourquoi elles cherchent sans rien trouver de satisfaisant, alors qu'il était possible de dire: «Je vous déclare mariées.», ou «married» en anglais.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. La distribution est:
Therese Plummer: Zoé Baxter
Brian Hutchinson: Max Baxter
Mia Barron: Vanessa Shaw
Michele O'medlin: Samantha
Encore une fois, l'éditeur audio a choisi de remarquables comédiens, qui ont lu ce livre avec sensibilité et talent. D'autre part, Therese Plummer et Mia Barron chantent très bien. Bon, j'ai trouvé que Therese Plummer en faisait parfois un peu trop, et il m'a semblé que Mia Barron prenait certaines chansons trop bas. Mais ce ne sont que des détails.

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