Si la lune éclaire nos pas

L'ouvrage:
Fereiba commence par conter son enfance à Kaboul. Puis elle évoque la cassure que fut l'oppression des taliban. C'est ce qui la pousse à quitter l'Afghanistan avec ses enfants.

Critique:
Le roman de Nadia Hashimi est terriblement actuel, surtout à partir du moment où Fereiba décide de quitter l'Afghanistan. L'auteur s'attache à montrer les causes et les conséquences du départ massif de gens qui ne sont plus en sécurité dans leur pays. L'histoire de Fereiba est unique, mais se base sur des éléments vécus par d'autres. Je me doutais de certaines choses. Par exemple, on sait bien qu'une personne normale aime son pays, ne veut pas le quitter, surtout pour aller vers un inconnu incertain. C'est cette perte de repères qui fait que des gens agissent mal. En outre, si une personne est mauvaise, la souffrance ne la rendra pas raisonnable. Les individus que nous suivons le plus à travers le roman sont simplement des gens qui veulent se faire une petite place, et dans la mesure du possible, ne causer de tort à personne. Salim est mortifié lorsqu'il commence à voler, et même s'il se trouve des excuses, il finit par penser qu'il ne peut pas s'engager là-dedans. Seulement, Nadia Hashimi laisse entrevoir d'autres protagonistes, pas forcément aussi sympathiques. Pour eux, on ressent moins de compassion. Ainsi, l'auteur ne rejette la faute sur personne, sauf, bien sûr, sur la violence qui gouverne certains, qu'ils soient seuls ou en groupe, souhaitant diriger une poignée de gens ou une nation. Quant aux pays qui rejettent les migrants qui arrivent en masse, elle ne juge pas: elle raconte les faits. Des gens qui souffrent, des pays qui ne peuvent pas tous les accueillir...

Le début du roman présente un contraste saisissant avec sa suite. Il nous montre une famille parmi tant d'autres, son histoire. La romancière décrit le caractère de ses personnages, les événements qui jalonnent leur vie et leur manière d'y réagir. Ainsi, ils sont travaillés. Il est facile de s'identifier à eux lorsqu'ils doivent faire face à une réalité à laquelle personne n'est jamais préparé. L'exil leur fera faire des rencontres parfois inattendues, parfois chaleureuses, parfois désagréables...

Il n'y a aucun temps mort. J'aurais quand même souhaité que la fin en dise davantage, que Nadia Hashimi ajoute un ou deux chapitres...

Éditeur: Milady.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Comme d'habitude, jil m'a plu de retrouver Martine Moinat. Je suis contente qu'elle ait prononcé les mots afghans sans affectation. D'autre part, il y a un glossaire concernant justement les mots afghans. La lectrice a choisi de donner la traduction en cours de lecture, à la fin de la phrase où on trouve le mot. Je trouve cela bien mieux que de lire le glossaire à la fin. Elle l'a également fait, mais comme elle a donné la traduction des mots à mesure du texte, cela ne m'a pas gênée. Parfois, elle a même donné la traduction d'un mot rencontré auparavant, et donc déjà traduit. Je trouve que c'est une délicate attention de sa part. En effet, ces mots étant inconnus pour beaucoup de lecteurs, entendre la traduction une seule fois ne fait pas qu'ils sont directement assimilés et reconnus quand on les retrouve plus tard. Je remercie donc la lectrice qui a fait preuve de bon sens.

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