Série Z

L'ouvrage:
Félix vit depuis trois ans avec Sophie. Il est scénariste... raté. En effet, il ne finit pas ses scénarios, et donc, aucun d'eux n'est porté à l'écran.
Mais aujourd'hui, la chance va lui sourire: il a rendez-vous avec Isidore Boudini, un producteur. Il va lui proposer un scénario achevé: «L'hospice de l'angoisse». L'histoire se passe dans une maison de retraite pour acteurs où ont lieu de mystérieuses disparitions.
Les choses se gâtent lorsqu'après avoir lu le scénario, Isidore Boudini convoque Félix pour lui apprendre que l'hospice existe vraiment, et que les disparitions ont bien eu lieu.

Critique:
Le maître mot de ce roman est très certainement «humour». Il est exprimé de diverses façons: les situations, les personnages, le style de l'auteur, certaines répliques... C'est un livre déjanté, mais le lecteur ne sera pas perdu, car il y a une intrigue solide et logique.
Il y a longtemps qu'un livre ne m'avait pas tant amusée. J'ai eu plusieurs fois le fou rire, ainsi que la personne qui m'a enregistré ce roman.

J'avais peur que l'humour soit un prétexte pour créer une intrigue policière très grosse. Finalement, la solution se tient, et n'est pas tirée par les cheveux.
En outre, l'amateur de thrillers appréciera la parodie d'enquête à laquelle se livrent, avec ardeur et zèle, l'inspecteur Ernest Galachu et son fils, Virgile. Tous les codes du polar sont détournés, et mal exploités par nos deux détectives manqués. Ernest s'occupe plus de ses statistiques que de l'enquête, et Virgile interprète si bien les indices qu'il croit repérer!!!
Par ailleurs, les «rebondissages» et le «questionnage» (comme dirait Virgile), sont au rendez-vous. Le lecteur se doute bien de quelque chose, mais il ne met pas vraiment le doigt dessus. Et pourtant, la solution est évidente, une fois qu'on la connaît. Et puis, le lecteur n'a pas trop le temps de réfléchir: il est bien trop occupé avec la vie de l'hospice où l'on fornique, joue de sales tours à ses pairs, mais aussi avec la façon d'investiguer des policiers, l'apparition rocambolesque du triplé chez Félix, les réflexions de monsieur Hubert C., l'infiltration de l'hospice par deux femmes prêtes à tout... Et puis, le lecteur se forge une culture du cinéma bis. Tout cela assaisonné d'une louche d'humour qu'il soit noir, grinçant, ou suscite une franche rigolade.

Les personnages sont attachants.
Félix, le faible, l'éternel adolescent amateur de cinéma bis, et qui ne supporte pas l'évocation du malheur quelle qu'elle soit (ça le fait tourner de l'oeil).
Sophie, l'intégriste... euh pardon, l'écologiste convaincue, qui pose un oeil à la fois amusé, bienveillant, et agacé sur Félix. J'avoue que Sophie m'a parfois agacée.
Sans oublier Zoé, l'enfant terrible! Zoé qui, à un an, terrorise les autres enfants, prononce des mots que ses parents n'ont jamais dit en sa présence, ramène des cadeaux inattendus à la maison, et sait maîtriser un homme très en colère muni d'une arme à feu. Comment ne pas la trouver exquise?
Tous les autres personnages sont attachants à leur manière. Certains le sont parce qu'on se moque d'eux, comme les policiers...

On me dira que ces personnages sont invraisemblables. Pourtant, tout est si gros (tant leurs personnalités que ce qui leur arrive), que le lecteur en redemande. En tout cas, c'est mon cas. Je vais me précipiter sur les autres romans de J. M. Erre, en espérant qu'ils sont tous aussi déjantés et aussi bien construits.

Quant à la fin (la solution de l'énigme), elle va bien avec le roman, tout en étant plus grave. Ce qu'elle exprime est si vrai, si simple...
Si le livre est déjanté, il fait également réfléchir. Pour moi, c'est une réussite, un coup de coeur.

Je ne peux achever cette critique sans vous livrer l'une des réflexions de monsieur Hubert C.: «Lecture sans répit: martyre de la vessie.»

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Buchet-Chastel dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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