Seras-tu là ? L'ouvrage:
2006.
Elliott Cooper, brillant chirurgien, a soixante ans. Depuis quelques années, il travaille avec la Croix Rouge, et fait des séjours dans des pays défavorisés pour essayer de sauver des vies.
Un jour, il diffère son départ d'Afrique, afin d'opérer un enfant ayant un bec de lièvre. Un vieux cambodgien, la seule famille qu'ait cet enfant, lui en est infiniment reconnaissant. Il lui demande ce qu'il aimerait en remerciement. Elliott s'en tire par une boutade: ce qu'il demande est ce qu'il aimerait le plus au monde, mais il sait bien que le vieux cambodgien ne pourra le lui donner. Il aimerait revoir Ilena, l'amour de sa vie. Elle est morte il y a trente ans.
Le vieux cambodgien réfléchit un instant, puis confie à Elliott un flacon de pilules...

Critique:
Guillaume Musso s'attaque ici à une trame dangereuse: la possibilité de revenir dans le passé, et de pouvoir parler à son moi d'avant. Le Elliott de soixante ans rencontre le Elliott de trente ans. La trame n'est pas nouvelle. On ne peut s'empêcher de penser à d'autres auteurs ou à des metteurs en scène qui l'ont exploitée, et de comparer les idées de Guillaume Musso avec les leur. J'ai pensé, entre autres, au film "Fréquence interdite" et aux livres "Le temps n'est rien", d'Audrey Niffenegger, et "Le voyageur imprudent" de René Barjavel. D'ailleurs, Guillaume Musso fait une allusion très claire à ce dernier roman, et cite sa source.
Le scénario est quelque peu prévisible. Elliott tente de changer quelque chose dans son passé, mais cela l'oblige à prendre certaines décisions qui font qu'autre chose de terrible se passe. C'est ce qui arrive dans "Fréquence interdite". Il essaie donc de redresser la barre, etc.

L'auteur évite certains clichés. Je voyais des choses venir avec de gros sabots... elles ne sont pas venues. Par exemple, je pensais qu'Elliott sauverait Ilena, qu'ils vivraient ensemble, et qu'ils auraient des enfants, comme Ilena le souhaitait. Au début, lorsqu'Elliott a trente ans, il refuse d'avoir des enfants. Je me disais qu'après avoir sauvé Ilena, il changerait d'avis. Mais la question n'a pas pu se poser, car le récit ne s'est pas déroulé tout à fait comme je le pensais.
Il y a, malgré tout, un topos du genre: les rites du voyage dans le temps. Lorsqu'Elliott remonte le temps, c'est toujours pendant son sommeil. L'approche de son retour dans son présent est signalée par des tremblements et un saignement de nez. Ce genre de rite est un peu spectaculaire.

Autre chose est un peu gros: lorsque certaines personnes sont au courant de la vérité, et qu'autre chose se passe dans leur passé, leurs souvenirs de ce qui s'est anciennement passé ne s'effacent pas. Cela permet à l'auteur de finir son histoire comme il le veut, mais c'est un peu incohérent. Cela se comprend en ce qui concerne Elliott, mais moins en ce qui concerne Matt, (qui, entre parenthèses, est français, et a un nom anglophone), c'est un peu plus gros.

On retrouve les ravages de la cigarette. Là aussi, j'ai pensé au film "Fréquence interdite". Guillaume Musso arrive à nous surprendre un peu. On ne peut s'empêcher de penser que le Elliott de soixante ans va interdire au Elliott de trente ans de fumer. Ce qui se passe est quand même un peu plus recherché.

La fin nous montre que l'auteur a voulu rester vraisemblable, tout en essayant de faire plaisir au lecteur. Je suis mitigée quant à cette fin. On sent bien que l'auteur essaie de contenter tout le monde. Je regrette quand même les trente ans de brouille entre Elliott et son meilleur ami.

Tout en étant un produit commercial, le livre n'est quand même pas une espèce de soupe insipide où tout est rose et incroyable. On change quelque chose dans son destin, mais ce n'est pas pour cela que tout sera rose. A tout prendre, j'aurais peut-être choisi la "première" vie d'Elliott, la cigarette en moins.

A l'instar de "Et après?" et de "Sauve-moi", "Seras-tu là?" se lit très vite. Il ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais on a envie de continuer à lire pour savoir comment l'auteur va gérer ses personnages. C'est un livre de vacances, on n'a pas trop besoin de réfléchir en le lisant. On ne se pose pas de questions quant aux motivations des personnages, on ne reste pas très marqué par cette lecture. C'est un livre léger qu'il faut lire si on a envie de se reposer le cerveau.

A part ça, il y a un point positif que je voudrais souligner.
A un moment, Ilena est seule, et elle pense aux animaux dont elle est la soigneuse. Elle explique que le fait de séparer deux membres d'une même famille d'orques est contre nature. Mais les hommes n'en n'ont cure. Elle se dit également que c'est les assujettir, leur rogner les ailes que de les garder en captivité. Ce genre de sujets est probablement souvent évoqué parmi les gens qui s'occupent d'animaux en captivité, et qui les aiment. Je trouve cela très bien qu'un auteur grand public, un auteur lu par beaucoup de gens nous le rappelle.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Lavigne et Véronique Groux de Mieri pour les éditions VDB.

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