Sentinelle de la pluies

L'ouvrage:
2018.
Ce week-end-là, les membres de la famille Malgarde se réunissent à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, Paul. Celui-ci et sa femme (Lauren) arrivent de leur maison de la Drôme. Linden, leur fils aîné, part de San Francisco. Quant à Tilia, la cadette, elle vient de Londres. Ces retrouvailles ne se passeront pas aussi bien que ce à quoi on pourrait s'attendre: les eaux de la Seine montent dangereusement. De plus, certaines blessures familiales mal digérées refont surface.

Critique:
Ayant aimé trois romans de Tatiana de Rosnay, mais ayant été déçue par «Rose», j'ai hésité avant de tenter «Sentinelle de la pluie». Je me suis finalement décidée parce que j'aime beaucoup Stéphane Ronchewski (le lecteur), et parce que certaines chroniques disaient que ce livre était aussi bon que ceux que j'ai aimés. Après cette lecture, mon sentiment est mitigé, mais cet ouvrage m'a davantage plu que «Rose».

L'histoire est racontée du point de vue de Linden. Il est très sympathique. À travers ce qu'il vit à ce moment et le passé qui lui revient, on le découvre ainsi que sa famille. Ce personnage sensible, très attaché aux siens, qui a reçu un coup de la part de sa mère quelques années auparavant, éveillera forcément la compassion du lecteur.

Je n'ai pas apprécié Lauren. D'abord, il y a ce fameux coup qu'elle porte à son fils. Lors du week-end parisien, elle s'explique, et montre qu'elle aime Linden. Cela la rachète un peu, mais je n'ai pas réussi à lui pardonner, sûrement à cause du reste. Je ne comprends pas vraiment l'autre pan de sa vie, celui que Linden surprend, et qu'elle explique par une impossibilité de communiquer avec Paul. Ici, j'ai l'impression que la romancière n'a pas bien pensé ses personnages. Tout ce qu'on voit de Paul (surtout à travers les souvenirs de Linden) le montre comme quelqu'un d'aimant et d'attentionné. Pourquoi, soudain, Lauren a-t-elle à se plaindre? Certes, Paul est surtout passionné par son métier, mais rien chez lui ne montre du désintérêt pour sa famille, exceptées les paroles par lesquelles Lauren se justifie.

Tilia aussi m'a été sympathique. Victime de certains de ses choix, mais aussi d'un coup bas de la vie, elle tente d'avancer en s'accommodant de ce qui ne va pas. J'ai quand même trouvé que l'auteur en faisait trop concernant son traumatisme. Elle nous le narre, puis quelques chapitres plus tard, c'est Tilia qui le raconte. Il aurait peut-être mieux valu que Tatiana de Rosnay n'en parle pas lorsqu'elle passait en revue les souvenirs de Linden, ou qu'elle en parle moins, pour que le lecteur puisse découvrir toute l'horreur de la chose à travers le récit de Tilia. Là, j'avais l'impression d'une rediffusion.

Grâce aux souvenirs de Linden, nous rencontrons aussi Candice, la soeur de Lauren. C'est encore un personnage que j'ai apprécié. Ouverte, compréhensive, elle était, pour moi, plus posée et mûre que sa soeur. Cependant, à son sujet aussi, j'ai trouvé que la romancière en avait trop fait. Je ne blâme pas Candice, mais l'écrivain qui l'a rendue à ce point vulnérable, qui a décidé qu'elle ne serait pas capable d'envoyer promener JG, et ne pourrait qu'en souffrir. Pourquoi, après avoir créé un personnage si positif, l'a-t-elle entaché? On me dira que chacun remferme ses contradictions, et que quelqu'un qui agit souvent avec intelligence et discernement ne le fera pas toujours, et se trompera surtout en ce qui le concerne. Certes, mais le contraste entre Candice et ce qu'elle a fini par faire m'a paru trop important pour être réaliste.

J'ai beaucoup aimé Mistral. Elle semble apporter la vie avec elle. Elle dispense généreusement réconfort, douceur, bonne humeur, joie de vivre, ouverture d'esprit...

Lorsque Lauren fait son mea culpa, l'auteur met l'accent sur la bêtise dont peuvent faire preuve les gens. Lauren explique qu'elle donne une certaine information à ceux qui lui demandent quelque chose de précis concernant Linden, puis elle parle de leur réaction. Ici, il m'a plu que, par l'intermédiaire de cette mère qui se rend compte que ce qui importe le plus, c'est son amour pour son fils, l'écrivain insiste sur la nuisance de l'intolérance. Elle fait cela très bien.

Le roman est divisé en six parties. Chacune commence par un très court prologue dans lequel quelqu'un raconte un épisode de sa petite enfance. J'ai rapidement deviné qui c'était. Je n'ai pas compris pourquoi cela n'a pas été davantage exploité. L'un des personnages finit par souhaiter que cela le soit, mais sa terrible créatrice lui met des bâtons dans les roues. Bien sûr, on me dira que c'est la vie, que la romancière a imaginé une intrigue qui se tient, que les choses auraient pu arriver ainsi dans la réalité. Certes. Je pense que j'en ai surtout voulu à l'auteur de ne pas mettre ce personnage (celui qui souhaite exploiter le récit narré dans les prologues) davantage sur le devant de la scène. Il m'a été très sympathique, et j'aurais, sans hésiter, évincé un autre protagoniste à son profit.

Généralement, je suis assez souple s'agissant du style d'un auteur. Il me semble ne m'être jamais plainte de celui de Tatiana de Rosnay. Ici, j'ai remarqué quelque chose qui ma énormément déplu. Assez souvent, au lieu d'écrire des dialogues, elle rapporte les paroles des personnages au discours indirect libre. Je n'aime pas que cette façon de faire se retrouve souvent dans le même écrit. Je trouve que des dialogues seront davantage fluides et vivants. Ici, mon agacement a été renforcé à cause de ce que cela a obligé le comédien à faire. Par exemple, lorsque Colin (le mari de Tilia) s'exprime, l'auteur fait du discours indirect libre. Le comédien le transcrit en jouant comme si le personnage parlait. Quelqu'un qui s'énerve pendant un bon moment au discours indirect libre, c'est exaspérant à entendre! Dans le cas de Colin, c'était encore plus laborieux pour moi parce que Stéphane Ronchewski a pris un petit accent anglophone, le personnage étant anglais. Il ne me semble pas qu'il soit dit qu'il a un accent, mais même s'il est précisé qu'il en a un, je trouve pénible que les comédiens prennent un accent étranger lorsque le personnage qui parle n'est pas français. (Je réagis de la même manière lorsque je lis en anglais: je déteste qu'un personnage non anglophone soit joué avec un accent. C'est d'ailleurs ce qui a fait que je n'ai pas pu lire «The women in the castle», de Jessica Shattuck, enregistré par une lectrice dont j'aime beaucoup le jeu, mais qui faisait des accents étrangers à tout-va.) Imaginez ma fureur lorsque j'ai dû entendre ces passages réunissant ces deux éléments: le discours indirect libre avec un accent étranger!

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Stéphane Ronchewski.

Je connais surtout ce comédien pour ses doublages. Il a déjà enregistré des livres, mais malheureusement pour moi, aucun ne m'a tentée. Si j'ai été déçue qu'il fasse un accent à Colin, j'ai beaucoup apprécié son jeu, à part cela. Il a très bien su faire passer les divers sentiments des protagonistes. D'ailleurs, à côté de l'accent de Colin, le comédien jouait également ce que ressentait le personnage, et cela était très bien fait. Pour moi, le jeu de Stéphane Ronchewski démontre son talent: il n'a été ni trop sobre ni cabotin, a interprété avec sensibilité et sans affectation, n'a pas exagéré les voix féminines... J'espère qu'il enregistrera d'autres livres qui me tenteront!

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: certains chapitres sont coupés en plusieurs pistes.

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