Say what you will

L'ouvrage:
Amy a dix-sept ans. Elle est hémiplégique depuis qu'elle a un jour. Au lycée, elle est aidée par des adultes. Cette année, elle souhaite avoir une vie sociale: par exemple, pouvoir déjeuner à la cantine. Pour cela, elle imagine payer ceux qui l'aideront. Elle a une autre idée derrière la tête: elle désire que Matthew (un élève qui, un jour, n'a pas hésité à lui dire la vérité sur un sujet délicat) fasse partie de ceux qui seront «engagés».

Critique:
Cammie McGovern aborde avec justesse certains thèmes. Par exemple, Amy est admise à l'université de Stanford, mais on peut se demander s'ils n'auraient pas mieux fait de la refuser, étant donné ses conditions de vie là-bas. Bien sûr, cela aurait pu provoquer des plaintes, car le dossier de l'adolescente était excellent, ce qui voudrait dire que le refus n'aurait été dû qu'à son handicap...

À un moment, une histoire arrivée plusieurs années auparavant refait surface: celle d'un professeur de sciences ayant refusé qu'Amy aille à une remise de prix, son projet ayant été sélectionné. Au départ, on pense le professeur injuste, mais il a un argument massue dont la pertinence ne sera avérée que des années plus tard.

La mère d'Amy est assez complexe... Elle a conscience que sa fille devra toujours faire aussi bien, voire mieux que les autres pour s'en sortir, et elle veut lui donner toutes les chances de réussir. De ce fait, elle s'englue parfois dans de très mauvais raisonnements. Les épreuves l'ont rendue rigide, persuadée que sa manière de voir est la meilleure. Je l'ai très souvent détestée au cours de ma lecture, tout en me rendant bien compte qu'outre la difficulté de voir son enfant grandir, elle devait composer avec les embûches dues au handicap. J'avais beau la trouver hautaine, égoïste, bornée, je me demandais comment j'aurais réagi à sa place. J'avais beau la vouer aux gémonies parce qu'elle était incapable de voir au-delà des apparences, faisant justement ce qu'elle ne voulait pas qu'on fasse à Amy, je ne perdais pas de vue que c'était une mère qui savait que la vie ne ferait pas de cadeaux à sa fille.

L'auteur met en regard deux formes de handicap très différentes: celui d'Amy se voit, et celui de Matthew (qui n'est pas vraiment répertorié comme un handicap, mais qui, en pratique, en est un) ne se voit pas tout de suite, ou n'est pas considéré comme quelque chose qui le dessert. Parfois, j'ai ri de certaines réflexions de Matthew, comme par exemple, telle chose va l'obliger à se doucher pendant une semaine, voire pendant un an! Mais bien sûr, je savais que pour lui, c'était traumatisant.

À un moment, Amy explique qu'elle est heureuse de ne pas avoir à se préoccuper de la mode. Ce qu'elle dit quant à ceux et celles qui le font m'a semblé juste, mais les propos de l'adolescente sont à nuancer. Elle sait que se lamenter sur son sort ne servirait à rien, donc elle prend le positif où elle peut le trouver. Je suis d'accord avec cette façon de penser.

Certains aspects de l'intrigue peuvent paraître un peu niais, mais ils s'insèrent bien dans le contexte. De plus, Cammie McGovern a su créer des personnages attachants, et parler de manière réaliste de soucis dus à des handicaps donnés.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Harper Audio.