Sauveur & Fils

L'ouvrage:
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien à Orléans. C'est ainsi que le lecteur rencontre quelques-uns de ses patients: l'adolescente souffrant de phobie scolaire, celle qui se scarifie, celui qui a des problèmes pour être remarqué des filles, la famille dont les membres acceptent mal la recomposition... Une porte sépare le cabinet de consultation de la maison de Sauveur. Le soir, il retrouve Lazare, son fils de huit ans. Mais tout serait trop simple si sa vie privée et sa vie professionnelle ne finissaient par se rencontrer.

Critique:
Ayant lu les quatre tomes de la série les uns à la suite des autres en deux jours, j'ai décidé de trahir l'un de mes grands principes, et de faire une chronique globale. En effet, ces livres pourraient être réunis en un seul volume, sans précisions concernant le passage d'un tome à un autre, même si plusieurs mois s'écoulent entre le 1 et le 2.

Cette série m'a beaucoup plu. Je connais Marie-Aude Murail depuis mon enfance: j'adorais les aventures de Serge et de sa petite bande qu'elle publiait dans Je Bouquine. Au début, j'ai un peu grogné: arf, une adolescente qui se scarifie, une autre qui souffre de phobie scolaire, ça va encore être de la faute de l'école, etc. Heureusement, l'autrice n'a pas du tout fait cela. Ella, celle qui a une phobie scolaire, révèle très vite que ce mal n'est que la conséquence de plusieurs autres éléments qui la minent. J'ai beaucoup apprécié que Marie-Aude Murail aborde intelligemment certains thèmes à travers cette adolescente. Au départ, quand la jeune fille a commencé à se dévoiler, j'ai eu peur que la romancière y aille avec d'énormes sabots, ou pire, tente de montrer qu'Ella déraisonnait, mais heureusement, il n'en est rien. Au contraire, elle expose le mal être de celle qui se sait différente, et ne peut pas vivre si on n'accepte pas cette différence. En outre, j'ai apprécié qu'Ella tisse un lien assez fort (et absolument pas malsain) avec Sauveur. Elle sait qu'à lui, elle peut se confier, qu'il lui donnera de bons conseils, qu'il la comprendra. Le contraste entre Sauveur et le docteur Pincé (le nom va bien au caractère) est peut-être un peu caricatural, mais à mon avis, il est réaliste.

Pour chaque patient que le lecteur côtoie, la romancière s'efforce de ne pas faire de généralités, de ne pas catégoriser... On me dira que certaines situations (celle de Margot, celle de Cyril) sont peut-être un peu clichées. Malheureusement, on les rencontre dans la vie de tous les jours, et souvent, il n'y a pas de personnes comme Sauveur pour les débloquer.

J'exagère peut-être un peu quand je dis que la vie privée et la vie professionnelle du psychologue se rencontrent, mais lorsque Gabin se met à prendre de la place, qu'on se rend compte qu'Alice a un rapport avec une patiente de Sauveur, quand celui-ci va à un certain concert à la fin du tome 3, comment ne pas voir que la frontière entre les deux est franchie?

J'ai aussi beaucoup apprécié que l'autrice ait voulu bien faire comprendre ce qu'était réellement le racisme. Piétinant l'hypocrisie des nombreuses personnes qui proclament: «Moi, je ne suis pas raciste, mais...», elle s'attache à montrer qu'une pensée ou un acte que celui qui s'en rend coupable croit anodin sont, en réalité, des preuves de son racisme. Il va de soi que si on apprécie ou pas quelqu'un, ce sera grâce ou à cause de sa personnalité, et non parce qu'il n'a pas la même couleur de peau, ou la même culture, ou les mêmes goûts vestimentaires que soi. En effet, les préjugés envers une culture ou une façon de s'habiller s'apparentent à du racisme.

J'ai aussi apprécié que l'écrivain nous présente un bon psychologue. En effet, beaucoup de gens ont des préjugés (encore...) concernant ceux qui exercent cette profession. Je ne nie pas que certains sont mauvais, mais dans tout corps de métier, il y a des gens qui exercent bien et d'autres mal. On me dira que la romancière n'allait pas s'amuser à nous présenter un mauvais praticien. Soit, mais son livre rappelle les préjugés quant à cette profession, et indique que, comme pour tout, il ne faut pas en avoir.

J'ai aimé la plupart des personnages récurrents de cette série. Je m'interroge quand même parce que je n'ai pas réussi à vraiment apprécier... Louise. Pourtant, elle est sympathique. Ce qui m'a le plus agacée, c'est qu'elle revendique une place en voulant chasser certains personnages. Bien sûr, je dis cela de manière un peu rude, et en plus, il est normal qu'elle souhaite que ses enfants puissent être accueillis chez l'homme qu'elle aime, mais cela m'a cassé les pieds. Quant à ces deux idiotes de copines, en voilà des clichés du genre! J'aurais cru que Louise (qui semble en avoir dans la cervelle) aurait des amies plus futées que cela!

Certains seront peut-être surpris que j'aie des réserves quant à Louise, et que je ne dise rien concernant Alice. Certes, celle-ci n'est pas toujours appréciable, mais elle s'en rend compte, et apparemment, est perdue. Ensuite, il y a des personnages dont l'antipathie ne fait pas de doute. Nul besoin de les évoquer.

N'oublions pas que l'humour est omniprésent. Malgré beaucoup de situations délicates, Marie-Aude Murail le distille avec à propos. Pour ne donner qu'un exemple (mais ce n'est qu'un parmi tant d'autres), l'ex belle-mère de Louise s'exclame: «Qu'il est beau!» en voyant Sauveur, et celui-ci regarde autour de lui pour voir qui est la personne dont elle parle.

Je suis très loin d'avoir indiqué tout ce qui fait la pertinence de cette série, tout ce qui fait qu'on s'y attache. Personnages et situations complexes, événements qui parleront forcément à la plupart d'entre nous, appel à la tolérance (pas seulement en mettant à bas le racisme), bonne humeur... Je ne peux que conseiller cette lecture à tous!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par plusieurs personnes pour deux bibliothèques sonores. Le tome 1 est lu par Cécile Guérin pour l'association Valentin Haüy, le tome 2 est lu par Danielle Jacoby pour la Ligue Braille, le tome 3 est lu par Marie-Rose Fischweiler pour la Ligue Braille, et le tome 4 est lu par Michelle Noiret pour la Ligue Braille.

J'ai pioché dans deux bibliothèques sonores différentes parce que j'ai des préférences pour certaines lectrices. Le jeu de celle qui a lu le tome 1 pour la Ligue Braille me plaît, mais je préfère celui de la lectrice de l'AVH. Quant aux tomes 2, 3, et 4, je ne connaissais qu'une des lectrices de l'AVH (dont je n'aime pas la façon de lire), et je connaissais, depuis plusieurs années, deux des lectrices de la Ligue Braille: Marie-Rose Fischweiler et Danielle Jacoby. J'apprécie beaucoup leur façon de lire, même si je trouve que Danielle Jacoby fait un peu trop de blancs. Quant au tome 4, je ne connaissais aucune des deux lectrices. Après écoute des deux, j'ai préféré Michelle Noiret, mais la lectrice de l'AVH ne m'a pas déplu.

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