Sans même un adieu

L'ouvrage:
Londres, septembre 1923. Geoffrey Staddon découvre, dans le journal, que Consuela Caswell est accusée d'avoir empoisonné sa nièce et son mari, Victor, ce dernier en ayant réchappé de justesse. C'est un choc pour Geoffrey qui connaît les membres de cette famille. Il a réalisé les plans de leur maison (Clouds Frome), et a eu une liaison passionnée avec Consuela, qu'il a abandonnée douze ans plus tôt, alors qu'il avait juré de la sauver de son mariage arrangé. Persuadé que la jeune femme ne peut avoir commis un tel acte, l'architecte va tenter de prouver son innocence.

Critique:
Ce livre se lit assez facilement. Il est épais, et en général, les thrillers de cette grosseur traînent. Robert Goddard a bien placé quelques longueurs, mais elles restent acceptables. Concernant les rebondissements, on en voit forcément certains venir. Pour ma part, je ne les ai pas tous devinés, je suis donc contente que l'auteur ait réussi à me surprendre. Cependant, ces découvertes n'ont pas été d'énormes révélations.
L'ensemble est cohérent. L'auteur ne tente pas d'envoyer son lecteur sur diverses pistes pour les réfuter tout de suite après. Pendant une grande partie du roman, Geoffrey imagine que tel personnage est coupable. Cependant, certaines objections faites par ceux à qui il confie sa théorie sont plausibles.

Les personnages ne sont pas vraiment creusés, sauf Geoffrey qui se débat entre ses remords et son impulsivité. Si on le blâme pour ce qu'il a fait par le passé, si on soupire (en tout cas, cela a été mon cas) lorsqu'il se précipite pour confondre celui qu'il croit coupable alors qu'il n'a aucune preuve, on se demande aussi ce qu'on aurait fait à sa place.
Imery aussi m'a paru travaillé. Il ressent de l'empathie, ses émotions et ses sentiments ne paraissent pas décrits à la va-vite, il a un passé...

Deux choses m'ont vraiment déplu. L'une sera jugée secondaire par certains. Elle se passe quand Geoffrey et Rodrigo s'introduisent frauduleusement dans Clouds Frome. Cette cruauté gratuite était inutile et aurait pu être contournée.
D'autre part, je n'ai pas aimé ce qui arrive à la toute fin. Ce n'est ni bâclé ni incohérent, mais dans ce genre de thrillers, on s'attend à ce que certaines conventions non-écrites soient respectées. Même moi qui n'aime pas ce qui est formaté...

J'ai aimé lire ce roman sur le moment, mais en tapant cette chronique, je m'aperçois que je l'ai trouvé tiède. Il est parfait pour se vider la tête et ne pas trop réfléchir.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Julien Chatelet fait partie des comédiens que je retrouve toujours avec plaisir. En plus d'être très sympathique, il lit de manière vivante sans affectation. Par exemple, il ne prend pas une voix aiguë pour les rôles féminins, ce qui serait ridicule. Ici, il n'a pas démérité, mais un autre aspect de son interprétation m'a un peu déçue: il prononce presque tous les noms anglophones avec un accent. En fait, c'est surtout le «r» anglophone et le «h» marqué en début de mots que je ne trouve pas naturels là-dedans, probablement parce qu'ils n'existent pas en français. Je comprends que l'éditeur et le comédien aient trouvé incongru de prononcer «sir» comme «soeur» (personnellement, cela ne m'aurait pas dérangée), mais qu'y aurait-il eu de si perturbant à prononcer «Rosemary» à la française? Et Windrush sans le «r» anglophone? Et Henry à la française? Pour ce dernier mot, on me dira que collé à «sir», cela pouvait paraître étrange de le franciser. Peut-être, mais cela m'a écorché les oreilles, tout comme d'autres noms anglophones dont je ne ferai pas le catalogue. Étrangement, lorsque le comédien a dû prendre des accents portugais et italien pour des personnages, cela ne m'a pas beaucoup gênée. Bien sûr, il n'aurait pas fallu que cela dure trop longtemps.

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée.

Je trouve dommage que l'éditeur n'ait pas demandé au comédien d'indiquer le titre original du roman, comme cela avait été fait pour «À sa place», d'Ann Morgan.

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