Rose

L'ouvrage:
Paris, fin des années 1860.
Le préfet veut moderniser la ville. Mais cela passe par la destruction de maisons, dont celle de Rose Baselet. Cette veuve de presque soixante ans ne veut pas que l'habitation qui abrite ses souvenirs et ceux de la famille de son mari soit détruite. Elle se battra.
C'est à son mari défunt, Armand, qu'elle raconte son combat dans une sorte de journal intime. Elle en profite pour lui confier des choses sur elle qu'il n'a jamais sues.

Critique:
Ayant été envoûtée par «Moka», «Boomerang», et «Le voisin», j'attendais peut-être trop de Tatiana de Rosnay. Si «Rose» est un livre sympathique, je n'ai pas retrouvé la magie des trois livres sus-cités. À certains moments, je me suis même crue dans un roman de Christian Signol, ce qui, à mes yeux, n'est pas vraiment un compliment.

Pourtant, l'auteur plante bien le décor. Elle parsème intelligemment son roman d'anecdotes touchant à la modernisation de Paris. Le lecteur se retrouvera transporté dans la ville, auprès de ses habitants, et ne restera pas indifférent à la détresse de Rose et à celle de ses concitoyens. D'autant que les deux points de vue sont bien présentés et expliqués. Il est vrai que la ville avait besoin de modernisation, ne serait-ce, comme le dit Alexandrine, que pour des questions d'hygiène. Mais comment blâmer les gens comme Rose qui perdront leurs repères? Ces gens trop attachés à ce qu'ils ont toujours connu, ne voyant pas la nécessité de tels changements, se sentant dépossédés, sacrifiés par des personnes qui ne prennent même pas la peine de les écouter.
J'ai apprécié la lettre que Rose envoie au préfet. Elle n'est ni pleurnicharde, ni revendicatrice, elle est sans acrimonie. Elle demande juste qu'on prenne ses arguments en compte. Rose fait partie des dommages collatéraux...

Quant au passé de notre héroïne, l'auteur ne nous présente pas une famille caricaturale, puisque les relations entre Rose et sa belle-mère sont excellentes, alors que Rose et sa fille ne se comprennent pas. En outre, il est plaisant de lire qu'un amour sincère et inaltérable exista entre les deux époux. J'en ai assez de lire des romans où les couples mariés ne s'entendent pas.
L'auteur a également créé des personnages attachants, comme Alexandrine (qui est ouverte, a un esprit critique, et se fiche du regard des autres), Armand, et même Violette. À ce sujet, le lecteur cerne bien que rien n'est manichéen, mais peut-être le personnage de Violette aurait-il pu être davantage approfondi.
J'ai retrouvé quelques échos de ce qui a fait le charme de certains romans de Tatiana de Rosnay, notamment en Alexandrine et Gilbert.

Il y a certains moments sympathiques, comme des parenthèses entre les drames de la vie: l'amitié entre Rose et ses «locataires», le goût tardif de notre héroïne pour la lecture...

Malgré cela, je n'ai pas été immergée, comme ce fut le cas pour d'autres romans de cet auteur.
D'abord, elle navigue entre le présent et le passé de Rose. C'est normal. D'une manière générale, je n'aime pas trop les retours en arrière. Ici, ce qui m'a réellement gênée, c'est qu'ils ne sont pas chronologiques. Rose parle d'un moment de sa vie, puis d'un moment antérieur, puis d'un moment ultérieur, puis d'un autre, antérieur au premier... Cette espèce de yoyo, donnant un effet décousu au récit, m'a agacée. On peut voir ça comme un puzzle que le lecteur se plairait à reconstruire. On y arrive d'ailleurs très bien. Il est même plus intéressant d'avoir certaines révélations plus tard. Il n'en reste pas moins que cette structure m'a déplu.
Elle engendre un autre inconvénient: Rose parle de quelque chose, puis ensuite, elle raconte cette chose. Cela donne un effet de lenteur, car le lecteur sait déjà ce qui s'est passé.
En outre, il est assez difficile de rendre vivants des faits écrits après coup. Dans les retours en arrière, il y a peu de dialogues, l'héroïne a davantage d'épaisseur que les autres personnages...

Quant au cauchemar récurrent de notre héroïne, le lecteur sait très vite qu'il est dû à un événement traumatisant qui lui est arrivé. Comme elle ne peut se résoudre à le raconter qu'à la fin, et qu'elle y fait allusion tout au long du roman, cela provoque également un effet de lenteur.
Il est également dommage que le lecteur connaisse la fin très rapidement. Il ne peut en être sûr à 100%, mais il sait, au fond, que l'héroïne ne changera pas sa ligne de conduite. Même ce qui se passe au tout dernier moment ne m'a pas vraiment surprise.

J'avoue avoir été agacée par l'amour inconditionnel que l'héroïne éprouve pour son fils, ce qui, elle le reconnaît elle-même, contribuera sûrement à l'éloigner de sa fille.

Remarque annexe:
Parmi les voisins de Rose, on trouve (si j'ai bien entendu), les Barou... J'aime bien ce clin d'oeil de l'auteur

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nathalie Hons.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio aujourd'hui, le 16 mars.

Je ne peux pas dire que la lectrice ait mal interprété ce roman, mais j'ai trouvé qu'elle en faisait trop. Peut-être cela a-t-il contribué au fait que je suis restée plus distante que lorsque j'ai lu d'autres romans de Tatiana de Rosnay.
Quant à la musique, elle est trop présente. (Mais c'est l'avis d'une personne peu favorable à la musique dans les ouvrages audio.)
À certains moments, les protagonistes écrivent des lettres. À l'instant où la lectrice prononce la signature de la lettre, on entend un bruit de signature tracée. Je trouve cela peu pertinent: il me semble que soit on devrait entendre la personne écrire tout au long de la lettre (ce qui risque d'être vite lassant pour l'auditeur), soit on ne devrait rien entendre du tout.

Je trouve dommage qu'il n'y ais pas d'entretien avec l'auteur en fin d'ouvrage. Il y en a peut-être eu un dans «Elle s'appelait Sarah» (je ne sais pas, je ne l'ai pas lu). Si c'est le cas, à moi de me procurer l'ouvrage afin d'écouter l'entretien.
Néanmoins, il aurait été intéressant que l'auteur évoque «Rose» pour les auditeurs.

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