Reine de beauté

L'ouvrage:
Wrenton, Nouvelle-Angleterre. Jenny Kennedy, treize ans, a été assassinée. Son corps a été retrouvé dans les bois. Elle était vêtue d'une nuisette. Pour la police, il ne fait aucun doute que le coupable, c'est Benjy. Celui-ci fréquentait tous les concours de beauté auxquels participait l'adolescente, et il a été arrêté lors du dernier après que Linda (la mère de Jenny) l'a trouvé dans un cagibi avec sa fille. Cependant, Virginia, la demi-soeur de Jenny, ne croit pas à cette théorie. Elle pousse alors l'inspecteur chargé de l'enquête à la laisser parler à Benjy...

Critique:
Ce roman m'a plu. Je ne m'attendais pas à ce qu'il soit si dur psychologiquement. En effet, dès le premier chapitre, Virginia apprend au lecteur qu'elle n'est pas en bons termes avec son père et sa belle-mère. Plus le roman avance, plus le lecteur s'enfonce dans des eaux troubles. Certains personnages sont louches, et certains actes sont définitifs. Il sera impossible à leurs victimes de les digérer.

Les chapitres alternent le point de vue de Virginia (à la première personne) et celui de Jenny (à la troisième personne). Bien sûr, les chapitres «Jenny» se passent avant la mort de cette dernière, et expliquent, peu à peu, comment les événements se sont enchaînés. Les deux narratrices m'ont été sympathiques.
Au long du roman, Virginia s'analyse, et finit par se juger sévèrement. On trouvera peut-être étrange qu'elle m'ait été sympathique, entre la tonne de casseroles qu'elle traîne et autre chose. Certes, mais je me suis, comme je fais toujours, demandé comment j'aurais agi à sa place. La vie de Virginia est en miettes. Elle le sait. Cette lucidité ne la met pas à l'abri de mal agir sur un coup de tête... J'espère que concernant un élément, j'aurais agi différemment, mais qui sait? D'autre part, il est un point (ce qu'aurait dû faire Calvin, plus de vingt ans auparavant) sur lequel je partage totalement l'opinion de Virginia.
Je pensais quand même qu'à la fin, elle ferait une certaine chose que, me semble-t-il, elle souhaitait faire, et qui lui aurait apporté un peu d'apaisement. Malheureusement, elle préfère continuer à se complaire à ressasser certains éléments douloureux de sa vie...

Quant à Jenny, entre un père absent et une mère que ses souffrances empêchent de comprendre sa fille, je l'ai trouvée assez mature pour son âge.

De multiples manières, Amy K. Green aborde le thème du paraître. Linda voulait que sa fille soit la plus belle, d'autres souhaitaient avoir l'air de ce qu'ils n'étaient pas, afin de ne pas être jugés par la société. Dans le lycée de Jenny, certaines filles se battent pour être les plus populaires, et s'en prennent à Jenny qui ne cherche pas à l'être.

Quant à l'énigme, la romancière parvient à ne pas trop la faire traîner. Elle se retrouve bien, à un moment, à nous présenter plusieurs suspects, mais je lui pardonne cette ficelle parce qu'elle fait partie des incontournables, et que, par ailleurs, le roman ne traîne pas.

Après avoir fini ce livre, je suis allée lire les quelques chroniques à son sujet sur Audible.fr. J'ai été choquée de la manière dont une personne a exprimé sa dépréciation. Elle commence par énumérer les mauvais côtés. Pour moi, elle a beaucoup simplifié. Par exemple, elle parle de triangles amoureux. Or, je pense que c'est bien plus compliqué. Elle dit aussi qu'elle préfère les vraies enquêtes. J'ai trouvé son point de vue très subjectif. Peut-être cette personne préfère-t-elle les romans du genre «cozy» qui sont plus tranquilles. En tout cas, il aurait mieux valu qu'elle précisât le genre qu'elle préférait, car «vraies enquêtes», cela veut juste dire que l'enquête policière de «Reine de beauté» est fausse. ;-) ;-) ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache (lisant les chapitres narrés par Virginia) et Sonia Erhard (lisant les chapitres contés du point de vue de Jenny) pour les éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Encore une fois, j'ai retrouvé Camille Lamache avec plaisir. Outre son ton toujours adéquat, elle fait partie de ceux qui savent jouer un personnage en train de pleurer. Ayant eu envie de massacrer certains comédiens (j'ai des noms!) parce qu'ils surjouaient les pleurs, je me devais de souligner que Camille Lamache ne cabotine pas dans ce cas.

C'est le premier livre où j'entends Sonia Erhard. Je craignais un peu de l'écouter, car sur l'extrait d'un autre livre, j'avais trouvé qu'elle en faisait trop. Cela ne devait pas être mon jour quand j'ai écouté cet extrait, car dans «Reine de beauté», le jeu de cette comédienne m'a plu. Elle a joué les sentiments des personnages sans excès, et n'a pas modifié sa voix à outrance pour les rôles masculins. Elle a trouvé le ton juste lorsqu'il s'est agi de faire s'exprimer Christine et Malory, les pestes du lycée.

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