Rapt de nuit

L'ouvrage:
La famille Degraf fait du camping, cet été-là. Jake, le fils aîné de seize ans, doit partager la tente de ses deux jeunes soeurs: Phoebe, treize ans, et Tess, neuf ans. Ce soir-là, Jake est plus préoccupé par la fête à laquelle il a été invité par d'autres adolescents. Il laisse donc ses petites soeurs seules. C'est alors qu'un homme, armé d'un couteau, déchire le sac de couchage du côté de Phoebe, et enlève l'enfant. Tess voudrait donner l'alerte, mais il la terrorise en lui assurant que si elle crie, il tuera Phoebe.

Le cadavre de Phoebe sera rettrouvé, la description que Tess fournit de son agresseur permet d'arrêter et d'inculper Lazarus Abott. Celui-ci est exécuté peu après, ayant été reconnu coupable, surtout grâce à l'identification formelle qu'a faite Tess.
Vingt ans après cet effroyable été, la mère de Lazarus, qui a toujours clamé l'innocence de son fils, obtient que des analyses ADN soient réalisées. C'est ainsi que tout bascule: Lazarus Abott n'est pas le violeur et l'assassin de Phoebe.

Critique:
C'est un roman de Patricia Macdonald, donc, ça ne vole qu'un tout petit peu plus haut que Mary Higgins Clark. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je peux lire un Macdonald, je m'en réjouis, espérant sans doute qu'elle s'améliorera... Ici, elle est égale à elle-même.
On retrouve des trames récurrentes: la jeune femme célibataire qui rencontre l'homme qui l'aimera et la comprendra. C'est même lui qui contribuera à son sauvetage. Bon, ici, il n'y contribuera pas beaucoup, mais il terrassera le «méchant»...

A un moment, j'ai cru que l'auteur allait nous sortir un vrai rebondissement de sa manche. C'était quand Tess apprend que l'ADN qu'elle a fait analyser correspondrait à celle de l'assassin. J'ai pensé: «Tiens, on connaît déjà le coupable, et elle va réussir à maintenir le suspense autrement. Très bien!» Hélas, ce n'était qu'une ficelle éculée: l'auteur nous jette un coupable en pâture pour en sortir un autre ensuite. D'ailleurs, elle traîne un peu avec son histoire d'ADN: c'est lui, c'est pas lui, c'est presque lui... Bien sûr, elle rend tout cela vraisemblable lorsque Ben explique à Tess que certains marqueurs correspondent parce que... (je n'en dévoile pas trop), mais tout de même, on dirait qu'elle s'embrouille un peu.

D'autre part, il y a beaucoup de longueurs. Outre le «j'accuse Machin pour ensuite vous sortir Truc, puis Bidule», il y a le «je m'étale sur des pages et des pages à propos de ce que ressent Tess dans telle situation», et le «mon héroïne est un peu longue à la comprenette sur certains points». Sur ce dernier point, c'est Ernie qui souffle une théorie à Tess, théorie que le lecteur a devinée depuis belle lurette; c'est Nelson qui, sans le vouloir, souffle à Tess un prétexte pour sa visite, prétexte que le lecteur la pressait d'invoquer en pensée...
En outre, on aimerait bien avoir l'explication du phénomène qui fait qu'une voiture dont la portière est bloquée s'ouvrira alors qu'elle est remplie d'eau à ras bord. Je ne dis pas que l'auteur a inventé cela, mais que le commun des lecteurs ne connaît pas forcément ce principe physique qui semble si évident pour Patricia Macdonald.

Les personnages ne sont pas très épais. Jake est peut-être un peu plus creusé, mais il est assez prompt à l'énervement, comme un sale gamin.
Les «méchants» sont très méchants, le «très très méchant» a, bien sûr, été abusé dans son enfance. Je ne dis pas que c'est banal, mais il faut faire attention à ce que cela ne devienne pas caricatural, et ici, cela le devient.
Enfin, il y a une incohérence. Il est dit qu'Ernie ne peut pas appeler Dawn «grand-mère», ce qui se comprend, étant donné le passé du petit garçon. Et à un moment, à la fin, il le fait. On me dira que non, l'auteur n'est pas incohérente, qu'elle a fait évoluer Ernie, que blablabla. Si c'est ça, ce n'est pas une bonne chose, car le lecteur comprenait tout à fait que Dawn ne remplace pas sa grand-mère, même s'ils s'aiment profondément.

Bref, finalement, je ne regrette plus de n'avoir pu lire «J'ai épousé un inconnu». Je bavais devant depuis sa sortie audio, mais je ne pourrai jamais lire la version sortie dans le commerce. Eh bien, ce n'est pas si grave, en fin de compte.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat pour les éditions Audiolib.
Au début, la lectrice a l'air de trop «lire» et de ne pas assez «jouer». Petit à petit, son interprétation devient plus fluide. Cependant, j'ai été agacée par sa propension à faire une pause après un prénom. Je ne m'explique pas cette étrangeté. Je dois lui accorder les circonstances atténuantes, car elle prononce les noms anglophones sans faire l'accent... sauf Mary-Ann, allez savoir pourquoi, et Phoebe, sûrement à cause de toutes ces séries (dont «Charmed» et «Friends» que je n'aime pas) où ils le prononcent à l'anglaise.

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