Quitter le monde

L'ouvrage:
Le soir de ses treize ans, alors que ses parents se disputent pour la énième fois, Jane annonce solennellement qu'elle ne se mariera jamais, et n'aura jamais d'enfants. Ce sera l'un des tournants de sa vie. Le lendemain, son père, prenant prétexte de sa phrase, quitte sa mère pour tenter d'être plus heureux ailleurs. La mère de Jane lui reprochera cette phrase tout le reste de sa vie.

Critique:
J'ai trouvé ce roman très réussi. C'est d'abord une étude sociale, ethnologique: relations compliquées entre parents et enfants, entre mari et femme, corruption (même si c'est simplement au sein d'une université), puis, à plus grande échelle, Douglas Kennedy décrit le comportements d'autres personnes, les traders, et d'une manière générale, de groupes de gens mis en présence... A travers la vie de Jane, il nous montre une palette de comportements fascinants, effrayants, différents, et cela sonne terriblement juste.

Tout comme dans «Les charmes discrets de la vie conjugale», la mère et la fille ont une relation conflictuelle. Le personnage de la mère n'évolue pas. Elle reste engluée dans sa petite vie médiocre, et garde son esprit étroit. Elle refuse de se remettre en question, et accuse Jane de tous les maux. Comment peut-on, lorsqu'on est adulte et lucide, reprocher à sa fille une phrase qu'elle a eue à treize ans, et qui n'était que le résultat de ce qu'elle observait: ses parents en train de se déchirer?

Le personnage de Jane est admirable. Entre ses parents (son père n'est pas triste non plus, vous verrez ça), ses échecs dus à son intégrité et à sa trop grande gentillesse, et les coups durs qui s'acharnent sur elle, comment Jane n'a-t-elle pas mal tourné? Ca me fait penser à certaines personnes qui excusent des comportements odieux d'enfants en disant: «Le pauvre, il a eu une enfance difficile.» Soit, mais les gens comme Jane existent, et comme ils ne se font pas remarquer, comme ils essaient d'avancer malgré tout en gardant leur intégrité, on ne les plaint pas. Jane est un personnage épais, creusé, complexe, courageux. Elle se relève toujours, tente toujours de faire quelque chose d'utile et de constructif. Et malgré ce qu'elle fait après l'accident, elle a toujours des réactions saines, positives, et tente de se construire. Elle s'adapte à tout un tas de situations et de gens.
Ce roman est très riche, car des groupes et des personnages y sont analysés avec justesse, et aussi parce que Jane a une vie très riche en événements et en situations différentes. En outre, le personnage de Jane fait ressortir les défauts des groupes ou individus montrés par l'auteur.
Tous les autres personnages et les situations sont passionnants, je ne peux donc pas donner d'exemples.

Le livre est assez long (plus de 19h en audio), et pourtant, il ne souffre pas de longueurs. L'auteur parvient à merveille à planter le décor des différentes vies de Jane, à nous plonger dans l'ambiance dans laquelle elle évolue, à nous faire ressentir ce que Jane ressent. Tout comme dans «Les charmes discrets de la vie conjugale», L'auteur sait parfaitement entrer dans la peau d'une femme. Cette capacité à nous faire ressentir les émotions d'une femme est l'une des facettes du talent de cet écrivain.
Ce roman est donc à lire. Ceux qui aiment Douglas Kennedy, et n'ont pas aimé la fin de «La femme du cinquième» ne seront pas déçus.

Il y a deux incohérences:
La femme de David Henry s'appelle Polly. Pourtant, la première fois que Jane l'évoque, elle dit Beth.
Après avoir raconté le départ de son père, et avant de dérouler le fil de sa vie, Jane explique que sur son lit de mort, sa mère lui avait dit: «Peut-être que si tu n'avais rien dit, ton père serait resté.» Ensuite, bien plus tard, Jane nous raconte la scène plus en détails. A ce moment, sa mère ne lui dit pas la même chose. Elle lui dit que son ex mari va revenir, et qu'il lui a affirmé que c'était bien à cause de la phrase de Jane qu'il était parti, et qu'il le regrettait, etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Miller pour les éditions Audiolib.
Tout comme j'avais aimé sa prestation dans «Les âmes vagabondes», j'ai trouvé qu'Isabelle Miller avait bien interprété ce roman. En plus, elle s'est améliorée, à mon avis, car elle n'a pas fait de voix bizarres pour les hommes, comme elle l'avait fait pour l'un d'entre eux dans «Les âmes vagabondes». J'ai quand même été déçue de sa prononciation de «Henry», à l'anglophone. En outre, je n'ai pas compris pourquoi elle annonçait les chapitres: «Chapitre... un» d'un ton appuyé, et avec un blanc entre les deux mots.

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