Quand sort la recluse

L'ouvrage:
Adamsberg serait bien resté en Islande, mais un meurtre (une femme écrasée par une voiture) le rappelle à Paris. Alors qu'il y travaille, il tombe sur un fait d'apparence insignifiante pour la police: des personnes âgées meurent après des piqûres d'araignées. Sans bien comprendre pourquoi, il commence à creuser de ce côté.

Critique:
Après avoir été très déçue par Gilles Legardinier, j'avais un peu peur que le sort s'acharne, et que Fred Vargas (que j'aime tant) s'essouffle. Heureusement, il n'en est rien.

J'ai d'abord retrouvé ce pourquoi je la lis en priorité: sa causticité, ses conversations entre absurde et bon sens, ses personnages si particuliers. J'ai aimé me replonger dans les manies de chacun: l'hypersomnie de Mercadet, les cafés parfaits d'Estalère, les vers de Veyrenc, les réserves de nourriture de Froissy...
J'ai adoré que les policiers fassent tout ce qu'ils peuvent pour le bien-être des merles qui nichent dans la cour de la brigade. Et bien sûr, il m'a plu de retrouver leur attention envers la Boule. Ces gens un peu étranges, hors du commun, montrent, encore et toujours, leur générosité et leur sensibilité.

Parmi les situations cocasses, je n'en citerai que deux. (Comme toujours, il ne faut pas trop en dire, mais appâter le lecteur.) Adamsberg ne fume pas, mais il lui plaît de fumer des cigarettes volées à son fils, Zerk. Le jeune homme étant resté en Islande, le commissaire n'a bientôt plus rien à lui dérober. Il trouve la solution: il achète un paquet de cigarettes pour Zerk et en chipe de temps en temps. ;-)
Au fil de ses recherches, Adamsberg est tracassé par des détails qui semblent importants. Comme ils sont infimes et qu'il n'arrive pas toujours à les faire sortir de son inconscient, il les appelle les bulles gazeuses. Le psychiatre qu'il consulte à l'occasion de l'affaire des recluses les appelle les proto-pensées. J'aime bien ces deux images.

Comme souvent, l'histoire démarre lentement et tout met du temps à être résolu. Comme d'habitude, ce qui m'agace chez beaucoup m'a enchantée ici. Pour moi, rien ne traîne. Les éléments secondaires (l'un d'eux aurait pu devenir un problème si Adamsberg n'y avait remédié) sont une occasion d'en découvrir davantage sur certains, mais ils donnent également de la vraisemblance au tout. Une brigade n'est jamais fixée sur une seule affaire.

L'enquête est bien menée. Comme souvent, l'horreur fait intrusion dans ce petit monde sympathique. Le contraste entre l'insouciance de certains passages et les atrocités peu à peu révélées par les investigations est saisissant. C'est une autre force des romans de Fred Vargas: ses personnages font de leur mieux pour que la vie leur soit douce, mais ils sont rattrapés par la barbarie dont sont capables leurs semblables. Comment ne pas les approuver lorsque, dans ce cas précis, ils n'hésitent pas (certains en paroles et Adamsberg dans les faits) à franchir une certaine ligne? Qui ne l'aurait pas franchie à leur place?

J'ai été contente que la romancière «me pigeonne» (comme le dirait Adamsberg) tout au long de l'intrigue. J'ai quand même su avant le commissaire qui était coupable, mais ce détail n'a en rien gêné ma lecture.

Outre les découvertes dues à l'énigme des recluses, la brigade vit son drame personnel. Quelqu'un dérape. Ce n'est pas la première fois, mais on peut se demander si tout pourra redevenir comme avant par la suite. L'attitude des protagonistes semble dire que oui, mais une fois les événements passés, cela sera-t-il si simple?

Le titre du livre est une très bonne trouvaille.

Remarque annexe:
Je songe à relire tous les romans de Fred Vargas et à noter tous les passages cocasses, les expressions qu'elle a créées, etc. J'envisage même de publier ce florilège sur mon blog. Je suppose que cela a déjà été fait, mais je me dis qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, et que maniaque comme je suis, cela ne m'ira pas. L'ennui, c'est que je ne sais pas quand je vais m'y mettre... Dans pas trop longtemps, j'espère...

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Janssen.

Le comédien est égal à lui-même. Il parvient à adopter un ton un peu rêveur lorsque le commissaire s'exprime, à prendre différentes voix sans que cela soit affecté... Je les marquerais sûrement moins, mais ce n'est pas désagréable.

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