Quand reviendras-tu?

L'ouvrage:
Le révérend O'Brian écoute une étrange femme en confession. Elle explique qu'un meurtre va être commis, qu'elle est complice, et ne peut plus arrêter la machine. Puis elle s'enfuit.

Zan Morland est décoratrice d'intérieurs. À présent, elle est en compétition pour la décoration d'une série d'appartements avec son ancien patron, Barclay Lange. Elle espère bien remporter le marché.
Zan souffre d'une blessure datant de bientôt deux ans: la disparition de Mathiew, son enfant de trois ans, enlevé dans le parc, tandis que sa baby-sitter, Tiffany, s'était assoupie. Alors que l'anniversaire du petit garçon approche, un rebondissement inattendu survient. Un touriste a photographié la scène de l'enlèvement de l'enfant. On voit une femme le sortant de sa poussette. Cette femme, c'est... Zan.

Critique:
Il y a longtemps que je fuis Mary Higgins Clark, trouvant ses romans insipides. Cependant, la présentation de «Quand reviendras-tu?» parlait de vol d'identité. Ayant apprécié (en grande partie) «Talk talk», j'ai voulu savoir comment Mary Higgins Clark aborderait ce sujet. Je me suis même laissée aller à penser qu'elle s'était peut-être renouvelée.

Il n'y a pas vraiment de renouveau. D'abord, le livre fourmille de lenteurs, surtout exprimées par des choses ressassées. Par exemple, Zan larmoie beaucoup quant à la disparition de son fils, et quant au fait qu'on l'accuse, au mieux d'être folle. En général, dans ce genre de situations, le lecteur ne pourra que compatir et partager la peine de l'héroïne. Cela a été mon cas, mais j'ai trouvé que l'auteur s'appesantissait beaucoup trop là-dessus. On voyait bien qu'elle faisait du remplissage.
D'autre part, le «méchant» répète plusieurs fois ses plans. Il les modifie en fonction de ce qui arrive, mais ses répétitions m'ont également fait trouver le livre poussif.

En outre, l'auteur utilise toujours les mêmes ficelles afin de retarder la révélation d'un indice.
D'abord, un personnage est agacé par un détail qui ne colle pas, mais qu'il n'arrive pas à faire émerger de son inconscient. Ici, c'est le révérend. J'ai d'ailleurs trouvé étrange qu'il ne tique pas quant à la voix, puisqu'il a tiqué concernant les mains.
Ensuite, un autre personnage pense détenir quelque chose, mais soit il se dit qu'il se fait des films, soit la personne à qui il veut en parler est exaspéré par lui, et l'envoie balader, même gentiment. Ici, cela arrive avec l'ancien alcoolique travaillant pour Kevin, puis lorsque Penny veut raconter quelque chose à Alvira, et que celle-ci demande à Willy d'aller sonner à la porte afin de lui fournir un prétexte pour qu'elle raccroche.
Tous ces indices éclatés, retardés, dilués, c'est assez agaçant, car on voit bien les gros sabots de la romancière.

Il y a, bien sûr, les fausses pistes. D'habitude, Mary Higgins Clark se donne la peine d'embrouiller le lecteur en envisageant plusieurs coupables, ou, si elle n'en présente qu'un, plusieurs autres sont possibles. Ici, elle pointe le coupable du doigt... en effet, il n'y a pas 36000 possibilités, et comme elle nous dit d'en soupçonner un, on va soupçonner l'autre. On pourra même imaginer son mobile.

Les personnages n'ont rien de spécial. J'avoue quand même m'être attachée à Mathiew, un peu à Zan, et un peu au révérend. Sans oublier Penny, qui, malgré le fait qu'on trouve des personnages de ce genre dans d'autres romans, et qu'ici, rien ne la démarque de ces protagonistes, ne manquera pas de faire rire et d'attendrir le lecteur. Et puis, Bernie et Penny, ça m'a fait rire. ;-)
J'ai eu un peu peur, au début, lorsque je suis tombée sur Alvira Meehan. Je ne l'aime pas. Elle m'exaspère. C'est une espèce d'épigone de miss Marple, et elle n'est pas du tout crédible. Heureusement pour moi, elle n'est pas le personnage central du roman, et est moins pénible que dans ceux que j'ai lus.

J'ai trouvé très gros que Glory parvienne à ce point à se faire passer pour Zan. (Rassurez-vous, je ne vous apprends rien, car on sait cela assez vite.) L'auteur explique certaines choses pour rendre le tout vraisemblable, mais je trouve que cela l'est peu.

La police ne se démarque pas vraiment. Comme dans beaucoup de romans, elle suit les indices qui crèvent les yeux, et ne cherche pas à en savoir plus.

Même si l'auteur renoue avec un topos de ses romans (l'histoire d'amour entre l'héroïne et un gentil jeune homme parfait), ici, c'est un peu moins téléphoné.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 6 juillet.

Je me souviens que mon appréciation de Juliette Croizat dans «Rapt de nuit» était plutôt tiède. Eh bien, après l'avoir entendue dans «Quand reviendras-tu?», je n'ai qu'une chose à dire: j'espère que ses lectures audio seront plus fréquentes! Sa lecture n'est plus du tout hachée, et ne semble plus forcée. Elle parvient à «pleurer» naturellement, ce qui n'est vraiment pas facile. Elle rend également très bien la colère, et là encore, je ne peux que l'applaudir, car je suis sûre qu'il est très facile de cabotiner quand on veut jouer un personnage furieux. Enfin, j'adore son interprétation de Mélissa, ainsi que celle de Penny. Rien que pour le jeu de la comédienne, je ne regrette pas de m'être laissée tenter, même si le livre m'a déçue.

Acheter « Quand reviendras-tu? » sur Amazon

Acheter « Quand reviendras-tu? » en audio sur Amazon