Purgatoire des innocents

L'ouvrage:
Raphaël, William, Fred, et Christelle braquent une bijouterie. Les choses tournent mal. Ils s'enfuient avec le butin, mais William est blessé. Ils s'arrêtent dans un petit village et contactent une vétérinaire qu'ils contraignent à soigner le blessé. Les choses ne font que commencer.

Critique:
Karine Giébel a l'art de faire monter la tension. Ce roman en est exclusivement constitué. Son épaisseur pourrait faire craindre des lenteurs, or, il n'y en a pas. Changer de chapitre ne signifie pas (comme chez certains autres) laisser le lecteur dans un suspense insoutenable pour développer une partie plus calme, plus lente. Ici, chaque chapitre accroît suspense et tension. Karine Giébel précipite ses personnages dans une partie d'échecs dont elle maîtrise parfaitement chaque coup.

À un moment, j'ai cru à un procédé malhonnête. J'ai pensé qu'à l'instar de certains auteurs de romans policiers, la romancière mélangeait les époques sans en avoir averti le lecteur. Mais ce procédé qui me déplaît souverainement (parce que j'ai l'impression que ceux qui l'utilisent se jouent de moi), elle ne s'abaisse pas à l'employer.
J'ai été également déçue de deviner quelque chose, pensant que cela serait révélé bien plus tard, comme c'est le cas chez certains auteurs. Ma découverte était juste, mais elle a été révélée très peu de temps après que je l'ai faite.

La romancière parsème son roman de brefs retours en arrière qui, sans fioritures, racontent la vie des personnages avant le braquage. Ces flashbacks ne sont pas un prétexte pour s'attarder et remplir des pages, ils expliquent comment certains en sont arrivés à ce qu'ils sont. Bien sûr, on pourrait penser qu'il est facile pour les personnages de prendre prétexte de leurs souffrances passées pour s'octroyer le droit d'être hors-la-loi. On pourrait dire que c'est facile de montrer une enfance abîmée (à divers degrés) pour expliquer les choses. Néanmoins, c'est très réaliste. Cela n'excuse rien, mais cela explique les choses. D'autre part, l'auteur insiste bien sur le fait que chacun est responsable de ses actes.

Malgré la puissance de ce roman et la très bonne description du calvaire physique et psychologique qu'endurent les personnages, certaines choses sont quelque peu discutables.
Il est un peu étrange qu'après avoir supporté tant de souffrances physiques tout en étant affaibli par le manque de sommeil et de mauvaises conditions de vie, on soit encore capable de porter des estocades à son bourreau. Cela peut s'expliquer par le fait qu'aux moments où ils agissent, les personnages sont animés par l'énergie du désespoir, mais c'est quand même discutable.
Par ailleurs, il est illogique que le bourreau (je ne dévoile pas son nom sciemment) n'ait pas pensé que ses prisonniers avaient pu comploter. Il a bien dû voir que par moments, des messes basses étaient échangées. On peut trouver une explication en supposant qu'il n'était pas devant ses écrans à ce moment-là...

Généralement, je n'aime pas les romans trop durs psychologiquement. Cependant, j'apprécie la façon dont Karine Giébel construit ses romans. Suspense, frayeur, bonne psychologie des personnages... Sachant que cette romancière est très pessimiste (c'est le troisième roman d'elle que je lis), je me suis préparée psychologiquement, et suis restée plus distante que d'habitude, quant au sort des personnages. J'y ai partiellement réussi. Bientôt, je serai prête à lire «Meurtres pour rédemption», dont on m'a dit que c'était le plus noir. ;-)

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA
La lectrice n'est pas tombée dans le surjeu, ce qui aurait tout gâché. Elle a lu ce roman avec la distance nécessaire. Heureusement, elle n'a pas non plus été trop sobre. Je pense que ce genre de livres ne doit pas être simple à lire à voix haute, et elle s'en est bien sortie. Je regrette seulement qu'elle ait laissé ses erreurs de lecture.

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