Pull me under

L'ouvrage:
Chizuru Akitani a un père japonais et une mère américaine. Elle est harcelée par certains de ses camarades d'école. Un jour, peu de temps après qu'elle a perdu sa mère, Tomoya Yu, le plus acharné, la persécute une fois de trop. Elle voit rouge et lui enfonce un coupe-papier dans le cou. Ayant douze ans, elle purgera sa peine dans un centre de détention pour mineurs. Après cela, elle souhaite tout oublier. La vie en décidera autrement.

Critique:
Dans l'ensemble, ce roman m'a plu. Il y a un moment où j'ai trouvé qu'il traînait un peu, mais c'est contrebalancé par le reste. Il est classé dans les thrillers. Pour moi, ce n'en est pas vraiment un. Si Chizuru revient sur son passé, ce n'est pas pour découvrir quelque chose de palpitant. Bien sûr, elle va mettre au jour quelques faits qui expliqueront l'attitude de certaines personnes à l'époque, mais pour moi, c'est l'histoire d'une lente acceptation de soi. Chizuru tente, pendant de nombreuses années, d'effacer cette partie de sa vie par plusieurs moyens. À un moment, son mari lui dit qu'elle pouvait dire qu'elle avait eu une enfance rude, mais qu'elle n'avait pas besoin de mentir en inventant des anecdotes qu'elle aurait vécues. Il a raison, mais c'est peut-être surtout elle qu'elle essayait de convaincre avec ce passé inventé. J'ai éprouvé de la compassion pour Chizuru, même si elle m'a également agacée à cause de sa manière de refuser, pendant une grande partie du roman, l'aide que son mari pouvait lui apporter. D'un autre côté, sa peur se comprend. Bien sûr, on n'oublie pas son crime, et on doit concilier la sympathie qu'elle nous inspire, celle qu'inspire l'enfant qu'elle était alors, et cet acte terrible. J'avoue que je n'ai pu ressentir de compassion à l'égard de Tomoya.
Bien sûr, Chizuru ne finit pas par tout régler d'un claquement de doigts. Certains éléments ne pourront d'ailleurs jamais avoir une issue positive, mais on sent qu'elle commence à se réconcilier avec elle-même.

Dès que l'héroïne a évoqué Danny (alors qu'elle purgeait sa peine) je n'ai pas apprécié ce personnage. Ce sentiment est allé croissant à mesure de ma lecture. Danny finit par présenter ses excuses, et à l'instar de Chizuru, je la crois sincère, mais à l'époque, elle savait parfaitement ce qu'elle faisait. Voilà pourquoi je ne lui accorde aucune circonstance atténuante. Quelqu'un qui fait de mauvaises choses sans vraiment prendre la mesure de ce qu'il fait, puis qui se repent peut être excusable, mais certainement pas quelqu'un qui agit en connaissance de cause. Pour moi, Danny a toujours agi ainsi. Elle finit par tout raconter parce qu'elle est acculée, et veut grappiller un peu de pitié.

Les parents de Chizuru m'ont semblé difficiles à cerner. Ce n'est pas forcément une faille du roman. Ils sont vus à travers ses yeux d'enfant. On essaie de s'expliquer certains de leurs actes. Son père semble avoir plusieurs facettes...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Amy McFadden pour les éditions Blackstone audio.
C'est le deuxième livre enregistré par cette lectrice que je lis. J'ai apprécié son jeu. Elle a une voix particulière qui fait qu'elle peut lire des romans racontés du point de vue d'une femme ou d'une adolescente. C'est d'ailleurs le cas ici, puisqu'au début, Chizuru a entre douze et vingt ans. D'autre part, elle parvient à modifier sa voix pour certains personnages sans que cela soit affecté. J'ai eu un peu de mal avec l'accent qu'elle donne à Danny, mais je suppose qu'on lui a demandé de le faire, Danny étant néo-zélandaise. Lorsque les Japonais s'expriment en anglais, Amy McFadden n'exagère pas leur accent, ce qui m'a plu.