Pourquoi j'ai construit une maison carrée

L'ouvrage:
Huitième millénaire avant notre ère.
Cando habite sur l'île aux pierres vertes avec sa femme et ses trois enfants. Les enfants demandent souvent à leur père de leur raconter des histoires. Ils aimeraient aussi qu'il leur dise ce qu'il faisait quand il avait leur âge. Cando est réticent: certains souvenirs sont heureux, mais d'autres sont douloureux. C'est normal.
Un jour, il se résout à raconter: la communauté dans laquelle il vivait, ses parents, le chef, le vieux Golluk qui refuse l'évolution, et qui ponctue ses phrases de «arcacum«.

Critique:
A ceux qui critiqueraient l'auteur et diraient qu'il a fait un livre fourmillant d'anachronismes, je répondrais que Jean Guilaine explique dans l'avant-propos qu'il l'a fait exprès. Son but était d'écrire un roman historique qui serait avant tout un divertissement, donc agréable à lire, et non truffé de jargon savant. En outre, l'humour est souvent de mise. L'auteur explique que si on veut, on peut le prendre autrement, mais que lui a écrit ce livre sur un ton humoristique. Effectivement, certaines situations sont amusantes: le mystère du blé qui disparaît, la façon de Golluk de tout ramener aux ancêtres et de dire «arcacum», la façon dont Ménil s'obstine à chercher comment obtenir des récipients en argile qui ne se craquellent pas, la façon dont les cousins se moquent de la communauté de Cando qui s'habille à l'ancienne, la fois où Cando se met à apprécier les ancêtres car ils sont favorables à son mariage, l'ambition d'Aladin quant à «son« mariage, etc.
Mais ces passages humoristiques sont l'illustration de ce que l'évolution entraîne. On sourit (sans mauvais jeu de mots) lorsque les habitants de la communauté sont confrontés au mystère du blé qui disparaît, mais l'élucidation de l'énigme montre une effroyable réalité cause de cette évolution. On trouve amusante la façon de Golluk de râler après l'évolution, de dire que "c'était mieux avant", mais l'attitude de Golluk est compréhensible: il pense que les choses sont bien comme ça, pourquoi les changer? Cet humour cache donc une certaine gravité. A un moment, Cando regarde ce qu'a fait le changement. Il en voit les côtés négatifs et les côtés positifs. Il se demande alors si le changement est positif ou négatif. Il en arrive à la conclusion que certaines choses sont bénéfiques et d'autres non. C'est le propre de beaucoup de situation. Le lecteur pressent tout cela, mais le fait que Cando y réfléchisse remet les choses en place.

Les attitudes décrites sont terriblement modernes. Certains sont pour le changement, d'autres sont pour rester comme avant, d'autres veulent le pouvoir, il y a des guerres de religion, à vouloir maîtriser la nature, on se fait rappeler à l'ordre par cette même nature.

J'ai été un peu déçue par quelque chose à la fin. Les choses évoluent, et la communauté de Cando ne va pas forcément vers le positif. L'un des personnages est désabusé, désappointé. J'aurais aimé que ce personnage partît avec Cando. J'aurais trouvé cela logique. Pourquoi Cando ne le lui a-t-il pas proposé?

C'est un livre agréable à lire, même si on s'ennuie un peu à certains moments. Il fais rire, fait réfléchir. Les personnages sont attachants, même si certains sont un peu caricaturaux: le conservateur, le progressiste, celui qui veut le pouvoir... Malgré ces clichés, le contraste entre Ménil et Golluk est intéressant.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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