Pour Clara, prix 2008

L'ouvrage:
Ce prix fut créé en l'honneur de Clara, adolescente passionnée de lecture, qui mourut d'une leucémie à l'âge de treize ans. Depuis 2007, des adolescents concourent: les nouvelles retenues sont regroupées dans un recueil et publiées.

Présentation des nouvelles:
Les enfants de porcelaine, de Lauren Prigent
Sarah est très belle, et un peu solitaire. Un jour, après le lycée, elle est enlevée par d'étranges hommes. Elle est conduite dans un bâtiment où des tas d'enfants sont réunis. On leur fait subir des examens, on les brime... et Sarah fait de curieux rêves.

Djembé, de Juliette Porte
Deux frères jumeaux sont doués dans différents domaines. Ils sont inséparables. L'un d'entre eux, Djembé, est muet. Seul, son frère peut transcrire ses sentiments.

La maladie des mots, d'Éloïse Gasteuil
Êve est adolescente. Elle est un peu jalouse de sa petite soeur, Avril. Elle s'évade et s'exprime par l'écriture.

Un vaste complexe spatio-néopsycho-absurde, de Pierre-François Gimenez
Il y a un bon dieu, un mauvais dieu, un narrateur, un héros, une prêtresse, et l'auteur, bien sûr. Tout ce petit monde se débat entre le pouvoir et... le café.

Continue sans moi, d'Hélène Carantino
Le père de Juliette est mort. Sa mère, Alice, s'est remariée avec Dimitri. Ils vont bientôt avoir une petite fille. Dimitri a déjà un fils, Alexandre. Tout est nouveau pour Juliette qui ne trouve pas sa place.

Le chien, de Garance Colcombet-Cazenave
Il est tard. Elle arpente les rues avec son chien. C'est alors qu'elle rencontre un homme.

Critique:
Une fois encore, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ces nouvelles.
«Les enfants de porcelaine» est très bien pensée. L'auteur a su planter un décor, et distiller une atmosphère pesante et effrayante. L'endroit où sont enfermés les enfants, sous la surveillance d'«infirmiers», évoque singulièrement une espèce de camp-hôpital. L'histoire est cohérente.
l'auteur a réussi à me piéger: j'essayais d'assembler les pièces du puzzle sans y parvenir, car je m'étais enferrée dans un mauvais raisonnement. Le lecteur est tenu en haleine jusqu'à la fin.
Les personnages sont bien campés.

J'ai moins aimé «Djembé». Si l'auteur décrit assez bien la relation des deux frères, j'ai trouvé que tout était un peu cliché. Bien sûr, on ne peut pas indéfiniment faire du jamais vu, mais là, je n'ai pas trouvé la touche personnelle qui ferait que l'histoire serait unique.

Dans «La maladie des mots», l'auteur a su nous montrer une adolescente et ses doutes. Êve s'affirme surtout dans ce qu'elle écrit: elle ne parvient pas à affronter certaines choses. Elle se sent coupable, et tente de l'oublier en se confrontant à certaines expériences. Il est intéressant de voir l'évolution de cette jeune fille. J'ai apprécié cette nouvelle qui sonne très vrai.

«Un vaste complexe spatio-néopsycho-absurde» est ma nouvelle préférée. C'est un délire organisé, une débauche d'humour absurde. L'auteur se livre ici à la parodie échevelée d'une histoire de combat. Entre péripéties loufoques, répliques amusantes, et situations rocambolesques, le lecteur ne s'ennuiera pas. N'oublions pas les interventions fantaisistes des personnages qui discutent entre eux pour éliminer le narrateur, et prennent l'auteur à parti... Le «délire» est maîtrisé, le style est agréable, l'intrigue est sympathique.

J'ai été séduite par la nouvelle d'Hélène Carantino. Certains pourront dire que l'auteur exagère quant à la façon dont la mère de l'héroïne la traite. Pourtant, cette façon d'agir est malheureusement vraisemblable. À voir certains comportements de parents, on ne peut s'étonner qu'Alice (la mère dans la nouvelle) soit si détestable.
L'histoire est peut-être un peu rapide, mais c'est une nouvelle: l'auteur a donc dû créer des personnages et une intrigue en peu de pages. Pour moi, le charme de l'intrigue et l'intégrité un peu ingénue, mais si touchante, des personnages principaux ont été plus importants que les petits défauts de la nouvelle.

Je n'ai pas trop aimé «Le chien». D'abord parce que le titre semble choisi au hasard. Le chien n'est pas très important, dans l'histoire, même s'il est toujours en arrière-plan. À la fin, alors qu'on pense qu'il aura un rôle décisif, il reste en arrière... Qu'il soit là ou pas, la nouvelle aurait été la même.
Ensuite, il y a des incohérences, notamment à la fin. Je ne peux pas dire lesquelles, car je dévoilerais la chute.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Acheter « Pour Clara, prix 2008 » sur Amazon