Point cardinal

L'ouvrage:
Depuis son enfance, Laurent Dutillac ressent un mal être qu'il ne s'explique pas. Aujourd'hui, il est marié et a deux enfants de seize et treize ans. Il aime profondément sa famille. Peu à peu, il comprend d'où vient son problème: moralement, il est une femme.

Critique:
Au départ, je pensais ne pas chroniquer ce roman, parce qu'il ne m'a pas autant plu que ce à quoi je m'attendais. Mais après tout, pourquoi ne pas donner mon point de vue quand même?

Certains de mes reproches se sont atténués à la fin, parce que l'auteur donne une explication qui me satisfait. Je trouvais que Laurent était excessif lorsqu'il se travestissait en Mathilda, même s je comprenais confusément que cela venait justement du fait qu'il ne pouvait être une femme physiquement: lorsqu'on n'a pas quelque chose qu'on souhaite ardemment, on en fait forcément trop. Laurent lui-même le reconnaît plus tard. J'ai aussi râlé que le personnage principal s'attache aux signes de féminité selon la société, caricaturant la femme. La femme se maquille, porte des dessous en dentelle, des robes, des chaussures à talons, a les cheveux longs... Je me disais que s'il était une femme moralement, il n'était pas obligé de souhaiter avoir absolument tout cela. Ce reproche est normal venant de moi qui n'aime pas les clichés, et qui, en plus, dédaigne la plupart de ces soi-disant signes de féminité. Tout en râlant, je comprenais que là aussi, le personnage en faisait trop parce qu'il ne pouvait avoir tout cela.

J'ai aussi tiqué lorsqu'il explique qu'étant enfant, il n'aimait pas le foot et la brutalité de ceux de son âge qui s'y adonnaient. Ne pas aimer le foot n'est pas une caractéristique féminine. Être sensible non plus. C'est la société qui veut que les femmes soient sensibles et que les hommes ne le soient pas. L'auteur ne dit pas que cette aversion de Laurent explique forcément sa féminité morale, mais elle le sous-entend. Cela m'a gênée.

Ensuite, j'ai trouvé que la romancière en faisait trop concernant Thomas, le fils de Laurent. Pourtant, les réactions excessives de ce genre existent sûrement. Bien sûr, Leonor de Recondo montre d'autres réactions. Solange, la femme du héros, fait un long chemin avant de faire la part des choses. Malgré son refus, puis ses réticences, elle se remet en question. Ses actes sont compréhensibles, même si le lecteur ne les approuve pas toujours. Claire, la fille de Laurent, a un cheminement moins tortueux, et malgré sa peur et ses incertitudes, comprend beaucoup de choses en allant à la source de ce qui l'effraie, et en se mettant à la place de tout le monde.

La romancière montre un éventail de réactions dues au vécu des gens, à leur intolérance, ou parfois à un sentiment qu'ils ont davantage de mal à expliquer. En cela, le livre est bien pensé. Pourtant, je lui préfère le témoignage d'Andréa Colliaux ou même «Royaume interdit», de Rose Tremain. J'ai oublié beaucoup d'éléments de ces livres, mais j'en garde un bon souvenir, et il me semble que je n'ai pas eu de reproches à leur adresser. Ma perplexité est renforcée quant à ce roman parce que je sais que beaucoup de mes reproches ne sont pas vraiment fondés. Peut-être cela a-t-il à voir avec le style de l'auteur? Peut-être est-il, à mes yeux, trop dépouillé pour cette histoire... J'aurais peut-être préféré qu'un auteur comme Jodi Picoult s'empare du sujet, et en fasse un pavé où toutes les réactions seraient analysées en long, en large, et en travers, où certains personnages seraient davantage nuancés... En conclusion, je conseille ce livre, car malgré mes reproches, je pense que c'est un bon roman.

Éditeur: Sabine Wespieser.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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