Personne ne le saura

L'ouvrage:
Alice habite à Paris. Elle est seule. Elle n'a pas d'amis. Sa mère lui pourrit la vie. Elle se sent elle-même auprès de ses élèves, ceux à qui elle donne des cours de piano, le mercredi.

Morgane est insatisfaite. Mariée au maire de sa ville, en Bretagne, baignant dans le luxe, elle ne parvient pas à communiquer avec son entourage, alors, elle dissimule. Cette situation la ronge: elle se console en se noyant dans l'alcool qui l'apaise. Elle doit aussi prendre tout un tas de médicaments en tous genre censés l'aider à garder son équilibre.

Ces deux femmes n'ont, a priori, rien à voir l'une avec l'autre. Pourtant, une rencontre fortuite va leur démontrer le contraire.

Critique:
Je ne connaissais Mathilda May qu'en tant qu'actrice, et encore... je ne suis pas trop acteurs, plutôt comédiens de doublage.
Je n'avais pas un très bon a priori sur ce livre. Mes doutes ont été balayés.

Les personnages sont attachants.
Alice a la tristesse joyeuse. Hé oui! Elle est désabusée, blasée, n'attend rien de la vie, se trouve nulle, et exprime tout cela de manière vivante, dynamique, et avec verve. Elle touche le fond, mais quelque part en elle, quelque chose veut s'en tirer. Elle force l'admiration du lecteur par son caractère. Elle joue les aigries, mais ne l'est pas, car elle cherche désespérément à communiquer. C'est cristallisé dans la scène à la fois hilarante et émouvante (le lecteur compatit) où Alice rencontre l'aveugle qui lui demande de l'aider à traverser la rue.

J'aime moins Morgane, mais elle est sympathique et complexe. Elle est minée de l'intérieur, mais cherche également à se sortir de l'engrenage. Après qu'on lui redonne confiance en elle, elle finit par montrer sa volonté.

Quant à Carlos, il est également intéressant: un peu mystérieux, tentant de corriger ses erreurs ou d'en commettre moins. Il est juste un peu gros qu'il ressente aussi bien les gens, et également qu'il devine certaines choses malgré sa cécité. C'est un peu agaçant que les auteurs tentent toujours de montrer les aveugles avec des dons exceptionnels. Bon, ça vaut toujours mieux que de montrer des aveugles boulets. ;-)
Globalement, les personnages ont été blessés par la vie, mais tentent de se relever, ce qui est une belle leçon de courage.

L'intrigue est bien menée, il n'y a aucun temps mort. Il y a même certains passages où on croit surprendre l'auteur en flagrant délit d'indices erronés, alors qu'elle maîtrise très bien son intrigue.
Mathilda May parvient à entremêler savamment le rire et les larmes. Outre la scène que j'ai citée, une autre représente bien cela: celle où Morgane s'arrête dans un bar, et rencontre un alcoolique qui s'assume, et lui balance ses quatre vérités à la figure. Cette scène est à la fois drôle et triste.
L'auteur a un style frais, vigoureux, enlevé.

La fin va très bien avec le reste du roman. Étant donnés le ton et l'ambiance, elle n'aurait pu être autre. Je pense qu'une autre fin aurait gâché le roman. Certains indices ont préparé la résolution de l'énigme. Quant à la toute fin, elle est, elle aussi, annoncée, si on réfléchit bien.
Cependant, il y a quelques incohérences. Je les note ici, car j'aimerais savoir ce qu'en ont pensé ceux qui ont lu le roman. Donc, si vous ne l'avez pas lu, changez de paragraphe.
Au début du roman, Alice a trente-trois ans. Dix ans plus tard, elle a donc quarante-trois ans. Il est un peu étrange que son mari souhaite qu'elle soit enceinte à cet âge-là. Il est d'autant plus étrange qu'elle tombe enceinte de Carlos, et qu'ils n'évoquent pas d'éventuelles complications.
Il est également incohérent que Morgane ait des souvenirs d'enfance. Son inconscient les a peut-être fabriqués, mais c'est un peu gros.

Remarque annexe:
S'il est sympathique de trouver des clins d'oeil à de vieilles séries («Columbo», etc), il aurait peut-être été plus judicieux que Mathilda May mélange références à d'anciennes séries et à des séries plus récentes. Mais peut-être a-t-elle fait cela à dessein. Ou peut-être déteste-t-elle les séries actuelles. ;-)

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sibylle Blanc pour la Bibliothèque Braille Romande.
J'ai déjà dit que Sibylle Blanc était une lectrice talentueuse. Son interprétation de ce roman est remarquable. Elle est toujours très naturelle, et parvient à prendre la voix d'un adolescent qui parle le djeunse, d'un homme saoul, etc. En outre, elle est dynamique et pétillante. Sa façon de lire ne peut que conquérir les auditeurs! J'espère qu'elle enregistrera encore beaucoup de livres!

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