Partie commune

L'ouvrage:
Paul Manin décide de vendre la maison familiale, située à la campagne. Hector l'achète. Il dirige une petite troupe de comédiens, et compte faire de cette maison un théâtre.
Isis, ayant une liaison avec le fils de Paul, se trouve là par hasard. Elle a prétendu être comédienne, Hector lui propose donc de faire partie de sa petite troupe. La jeune femme est à un tournant assez désagréable de sa vie. Désoeuvrée, elle accepte.

Critique:
C'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture fluide et parfois poétique de Camille Bordas. J'ai également aimé l'intrigue et les personnages. Elle a eu l'idée originale de donner la parole à des êtres inanimés, dont la maison. Elle parvient à rendre vraisemblable l'histoire d'une complicité entre une maison et un être humain, développant par là la théorie comme quoi les lieux ont une espèce d'âme. J'aime bien cette idée. Bien sûr, ici, elle est poussée à l'extrême, mais c'est réconfortant de penser que dans une infime mesure, les non-animés gardent une trace de leur histoire.
Accessoirement, j'ai aimé les notes humoristiques dans les interventions des non-animés. Je retiendrai l'exemple de la maison qui essaie d'apprendre le droit, et qui dit qu'elle n'aime pas les «non-lieux». ;-)

Isis est parfois dure à cerner. Elle se débat entre un passé qu'elle juge inutile et son addiction. Son hypersensibilité lui donne accès à certaines vérités, mais la rend aussi impulsive et un peu imprévisible. Je ne sais pas vraiment si je l'apprécie.
J'ai aimé la façon dont elle finit par se débarrasser de ses démons. C'est une belle explication: comme si elle avait trouvé son âme soeur en un lieu donné.

L'auteur parvient à donner de la profondeur à des personnages peu évoqués, ou absents. Par exemple, on ne voit jamais Tilda, et pourtant, on ne pourra que l'apprécier.
Quant à Joseph, il n'est réellement présent qu'au début, mais Camille Bordas en dit assez pour que le lecteur comprenne ses craintes, son besoin d'être aimé et reconnu par sa famille.
C'est un peu la même chose pour Domi. La concernant, outre son deuil qui fera qu'on éprouvera de la compassion pour elle, c'est surtout sa «maladie» qui m'a marquée. Je pense que l'auteur l'a inventée (quoiqu'on ne peut être sûr de rien), mais il n'en reste pas moins qu'elle est fascinante et déconcertante.

Le concept théâtral d'Hector est pour le moins incongru. Je ne sais pas trop quoi en penser. Je crois que j'aurais été déstabilisée si j'avais tenté de faire partie de la troupe. D'un autre côté, tous ces gens un peu paumés, voire névrosés (voir l'histoire des portes), trouvent, grâce à Hector, une façon de s'exprimer, de laisser parler leur inconscient. Cette forme de théâtre est un peu une thérapie, car on y met immanquablement de soi. On me dira que c'est le cas dans toute interprétation théâtrale, mais ici, le jeu devient la personne. Sans une personne donnée, tout serait totalement différent, et l'alchimie de la troupe ne serait certainement pas au rendez-vous. C'est donc un concept original et salutaire, si on prend la peine de s'y investir totalement.

Remarque annexe:
J'ai été amusée qu'Isis et Inès (l'héroïne du précédent roman de Camille Bordas), aient toutes les deux un prénom de quatre lettres commençant par un «i», se terminant par un «s», et se composant de voyelles et consonnes alternées.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Joëlle Losfeld.

Acheter « Partie commune » sur Amazon