Par amour

L'ouvrage:
Valérie Tong Cuong crée une famille unie à qui elle fait traverser la deuxième guerre mondiale.

Critique:
Moi qui suis souvent agacée par les auteurs qui se jettent sur le thème de la deuxième guerre mondiale et l'exploitent à outrance, j'ai voulu voir ce qu'en ferait Valérie Tong Cuong, dont j'ai lu cinq livres, parmi lesquels trois m'ont plu.
Pour moi, elle a su raconter les faits tout en décrivant habilement les sentiments de ses protagonistes. Les éléments historiques prennent vie sous sa plume. Je souligne cela parce que je fais partie des rares (Y en eut-il seulement?) qui sont restés hermétiques à la lecture (je n'ai lu que le début) de «Elle s'appelait Sarah». J'avais l'impression que l'auteur tentait de faire naître l'émotion avec des clichés sans cesse remâchés. Ici, cela n'a pas été le cas. Mêlant l'Histoire à la vie de ses personnages, la romancière les mène au bout d'eux-mêmes. Leurs réactions et leurs actes sont réalistes, compte tenu de leur caractère. À travers eux, sont montrées les différentes réactions de la population quant aux coups qu'infligea la guerre. Par exemple, l'armistice de 1940 en a réjoui certains qui pensaient que tout valait mieux que cette guerre. Mais d'autres ont tout de suite poussé le raisonnement plus loin, et envisagé ce que serait l'occupation. Il est logique que Muguette, que le lecteur sent tout de suite plus insouciante qu'Émélie, commence par être soulagée par cet armistice. Cela ne fait pas d'elle une lâche ou une mauvaise personne.

Les personnages sont tous attachants. Chacun veut protéger les siens. Chacun le fera à plus ou moins grande échelle. Par exemple, Joseph tente de plaisanter de beaucoup de choses...
Certains choisiront de préserver les autres à coups de mensonges, prenant le risque d'être méprisés par ceux qu'ils aiment. À ce sujet, je pense toujours que la vérité vaut mieux que le mensonge, mais que serait-il advenu si Émélie avait dit la vérité à sa soeur? Qu'aurions-nous fait à sa place?
D'autres personnages se sentent inutiles. Lucie, par exemple, s'en veut de ne pas être assez courageuse.

J'ai trouvé certaines choses un peu moins bien amenées dans l'avant-dernier chapitre. Par exemple, Jean, sachant qu'il peut être un handicap pour sa famille (la suite me donnera d'ailleurs raison), n'aurait pas dû insister pour rester au coeur de l'action (si j'ose dire). En outre, lorsque son père cède, Jean est très content. L'auteur a voulu montrer un adolescent qui souhaite aider sa famille dans un moment pénible; j''ai plutôt trouvé la réaction du personnage peu mature. Ensuite, l'événement le plus marquant du chapitre m'a semblé être là par souci de crédibilité, afin que le livre ne se termine pas trop bien pour la famille, comme si l'auteur avait pensé: «Bon, il faut que je leur inflige un coup plus dur que ceux qui les ont frappés jusque-là.». De ce fait, j'ai trouvé cela un peu artificiel. Certains diront que je me suis imaginé cela parce que, justement, ce coup dur ne m'a pas plu. C'est possible.

Service presse des éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Lucie et Émélie: Kelly Marot
Muguette et Marline: Émilie Vidal Subias
Joseph et Thuriau: Olivier Martinaud
Jean et Joffre: Benjamin Jungers

Je connaissais déjà Kelly Marot. Je me rends compte que je ne la connais que dans des rôles sérieux, voire graves. Elle prend donc une intonation grave, ce qui va bien à ce roman, mais je finis par me demander si elle pourrait lire des livres drôles. Elle prend une voix un peu plus aiguë pour Lucie, ce qui se comprend, puisque c'est une adolescente.

Je ne connaissais pas Émilie Vidal Subias. J'ai apprécié sa voix et son jeu naturel. Au long du roman, Muguette chantonne quelques airs. La comédienne a joué le jeu, et a fredonné sans cabotiner. Cela m'a plu, surtout que dans d'autres productions audio, certains comédiens ne le font pas. Je me souviens en avoir voulu à Marianne Épin pour n'avoir pas chanté «Joyeux anniversaire».

Je ne connaissais pas non plus Olivier Martinaud. J'ai apprécié sa voix et son jeu. Il avait deux rôles, mais n'a pas tenté de modifier sa voix (ou à peine), ce que je trouve préférable.

Je connaissais à peine Benjamin Jungers pour l'avoir entendu en passant devant le bureau de mon mari qui lisait «Tom petit Tom, tout petit homme, Tom». J'avais un a priori négatif parce que je trouvais qu'il en faisait trop. Ici, il m'a également semblé qu'il en faisait trop, mais pas beaucoup trop. Il a peut-être eu du mal à trouver sa voix pour chacun des rôles... Pour moi, il accentue un peu trop le côté «dramatique» de ce que vivent les personnages. Je sais aussi que cette remarque vient de quelqu'un de sévère, et qu'une personne normale ne trouvera rien à redire au jeu du comédien, car cette accentuation que j'ai remarquée est très subtile.

L'éditeur audio n'a pas respecté la structure du livre. Beaucoup de chapitres sont coupés en deux.

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